markov-2015

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette publication met en vedette l’ancien défenseur Andrei Markov, qui a porté l’uniforme bleu-blanc-rouge des Canadiens de Montréal de 2000 à 2017. Le 3 décembre, les Canadiens accueilleront leur timide, mais populaire arrière au Centre Bell pour un match « hommage à Andrei Markov » face aux Jets de Winnipeg (19 h 30 HE, SN, RDS).

MONTRÉAL – Andrei Markov est arrivé au Canada lorsqu’il avait 21 ans. Il a participé à son premier camp d’entraînement de la LNH avec les Canadiens de Montréal sans savoir parler l’anglais ni le français, deux ans après sa sélection au 162e rang du repêchage de 1998.

Mercredi, plus de cinq ans après avoir accroché les patins, l’ancien défenseur de 46 ans natif de Voskrenensk, en Russie, sera de retour sur la glace du Centre Bell pour que son ancienne équipe et ses anciens partisans puissent lui rendre hommage.

Car Markov a marqué, à sa manière, l’histoire du CH. Il a disputé 990 matchs de saison régulière avec l’équipe de 2000 à 2017, puis 89 rencontres de séries éliminatoires. Il a été une force tranquille à la ligne bleue des siens, un leader sur la glace et dans le vestiaire, un mentor qui rendait ses jeunes coéquipiers meilleurs et un quart-arrière qui trouvait les lignes de passe là où personne n’en voyait.

markov-2003

Andrei Markov lors de la saison 2003-04 de la LNH

Markov a quitté la LNH en 2017, alors que la direction des Canadiens refusait de lui accorder un contrat de deux ans – elle lui proposait plutôt un contrat d’une saison. Il a disputé trois saisons en KHL, avec l’Ak Bars Kazan et le Lokomotiv Yaroslavl, prenant sa retraite de hockeyeur de manière définitive en avril 2020.

Sa carrière aura duré un total de 25 ans, de sa campagne 1995-96 avec l’équipe locale de Khmik à sa campagne 2019-20 avec le Lokomotiv.

En plus de ses 1079 matchs dans la LNH et de ses quelque 150 matchs en KHL, Markov a représenté la Russie pendant 76 matchs sur la scène internationale, autant chez les juniors que chez les séniors. Il a aidé son pays à remporter le Championnat mondial de l’IIHF à Québec en 2008 (au terme d’une victoire de 5-4 en prolongation face au Canada en grande finale), puis à obtenir l’argent et le bronze au Championnat mondial junior.

Il a également participé trois fois aux Jeux olympiques et deux fois à la Coupe du monde de hockey, puis remporté deux fois le Championnat de Russie. Son dernier triomphe remonte à 2018, lorsqu’il a soulevé la Coupe Gagarine avec l’Ak Bars Kazan.

Markov aurait sans doute atteint le plateau des 1000 matchs de saison dans la LNH si ce n’était des blessures. Deux déchirures du ligament croisé antérieur du genou droit lui ont fait rater un total de deux années et demie d’activité, notamment.

markov-family

Andrei Markov en vacances à Sotchi en juillet dernier avec sa femme Sonya, ses fils jumeaux Andrei et Mark, sa fille Vasilia et son fils cadet Alexander

Il a terminé sa carrière avec 572 points (119 buts, 453 aides), à égalité au deuxième rang avec Guy Lapointe chez les défenseurs des Canadiens. Seul Larry Robinson (883 points) les devance.

Markov était reconnaissant de recevoir en septembre un courriel du propriétaire des Canadiens, Geoff Molson, qui sondait son intérêt pour un retour à Montréal dans le cadre d’une soirée hommage.

« J’étais surpris et heureux, assure-t-il. Le portrait politique actuel rend difficile la tenue d’une telle soirée chez les Canadiens, mais j’apprécie vraiment qu’ils veuillent quand même aller de l’avant. Il y a cinq ans, quand j’ai pris ma retraite, c’était encore trop tôt pour faire une rétrospective de ma carrière. Mais aujourd’hui, je peux vous dire que mes années passées à Montréal ont été les meilleures de ma vie. J’ai tellement de bons souvenirs de ces années, et je suis heureux d’avoir passé toute ma carrière avec les Canadiens. »

markov-2003-2015

Markov sur la glace en 2003, puis dans un restaurant de Montréal en 2015

Markov a discuté avec LNH.com de ses 16 saisons avec les Canadiens, des émotions qu’il risque de vivre lorsqu’il foulera la glace du Centre Bell, de son style de jeu et de Lane Hutson, le jeune prodige à la défensive des Canadiens qui a remporté, la saison dernière, le trophée Calder de la recrue de l’année.

Lorsqu’un joueur prend sa retraite, il dira souvent qu’il s’ennuie de la camaraderie, de l’esprit familial d’une équipe et de l’énergie qu’apportent les matchs. De quoi vous ennuyez-vous le plus, Andrei?

« De toutes ces choses, oui, mais surtout des partisans. Chaque fois que je foulais la glace du Centre Bell, je me sentais spécial. C’était un sentiment incroyable. Et lorsqu’on gagnait, c’était encore mieux. On n’a pas remporté la Coupe Stanley, mais les matchs à Montréal ont toujours été spéciaux et je les garderai toujours en mémoire. Le retour de Saku Koivu après son combat contre le cancer (le 9 avril 2002) était irréel. Ça reste, à ce jour, l’un de mes plus beaux souvenirs. L’amphithéâtre était plus bruyant que jamais. »

On a fini par vous qualifier de « vol » au repêchage de 1998. Vous étiez à Buffalo. Quels sont vos souvenirs de cet événement?

« J’espérais sortir plus tôt, mais lorsque j’ai compris que ça n’allait pas se produire, je suis allé acheter des cadeaux à mes amis dans une boutique. (rires) Mais je suis revenu à temps pour entendre les Canadiens appeler mon nom et descendre à leur table pour récupérer mon uniforme. »

markov-star

Nommé première étoile d’un match au Centre Bell le 25 mars 2017, Andrei Markov salue la foule

Vous avez déjà décrit votre première fois sur des patins dans votre ville natale de Voskrenensk, à 6 ans, en disant que vous « deviez vous tenir à la bande en tout temps ». Vous sembliez en bien meilleur équilibre lorsque vous avez inscrit votre premier but dans la LNH à votre septième match, le 19 octobre 2000…

« Avantage numérique. À Philadelphie, 5-contre-3. Roman Cechmanek était le gardien. J’ai créé l’égalité 3-3 avec un tir frappé sur réception. C’est bien ça? J’ai encore la rondelle de ce but. »

P.K. Subban a occasionnellement été votre partenaire à la défense. Il était très volubile, coloré, alors que vous étiez un peu plus prudent avec vos mots. Peut-on assumer que vous préfériez laisser votre jeu parler?

« Je crois que oui. Je voulais simplement jouer du mieux que je pouvais et aider mon équipe à gagner. J’aimais beaucoup contrôler le jeu quand j’étais sur la patinoire, sentir la rondelle sur ma palette, faire un beau jeu. »

Pour 50$, pourriez-vous deviner le nombre de coéquipiers que vous avez eu avec les Canadiens, puis le nombre de gardiens que vous avez affronté?

(rires) « Non! »

Pour les curieux : Markov a eu 226 coéquipiers au cours de sa carrière, dont Tomas Plekanec pendant 767 matchs et Carey Price pendant 389 matchs. Il a affronté 175 gardiens, dont l’ancien des Rangers de New York Henrik Lundqvist à 39 reprises.

Essayons ceci : vous avez obtenu 215 punitions mineures dans votre carrière, mais qu’une seule punition majeure. Vous souvenez-vous du seul joueur contre qui vous avez déjà jeté les gants?

« Jason Spezza (le 1er avril 2008)! Mais c’était davantage de la lutte qu’un vrai combat. »

markov-subban

Andrei Markov accepte le flambeau des mains de son partenaire à la défense P.K. Subban lors de l’ouverture locale du CH en 2015-16

Lorsque vous avez quitté les Canadiens en 2017, plusieurs partisans étaient mécontents de vous voir partir avant de disputer un 1000e match. Vous auriez sans doute voulu y parvenir, mais ce n’est pas ce qui s’est produit. Est-ce que ça vous importe d’être passé si proche sans atteindre la marque?

« Vous savez quoi? Avec toutes les années où j’ai joué, j’ai l’impression que les chiffres sont simplement ce qu’ils sont : des chiffres. Il y a la carrière oui, mais le plus important, c’est la famille, les enfants et la santé. Ces 10 matchs qu’il me manquait sont juste un chiffre. »

Cet été, l’ancien défenseur des Canadiens, Serge Savard, a affirmé que selon lui, Lane Hutson était « le joueur le plus talentueux que l’équipe a eu depuis Guy Lafleur ». Vous avez vu Hutson jouer. Quelle est votre opinion de lui?

« Lane est un joueur habile, un bon patineur avec une bonne vision du jeu. Il a un brillant avenir devant lui. Il n’en est qu’à sa deuxième saison, et ça va devenir de plus en plus difficile pour lui parce que les adversaires commencent à connaître sa manière de jouer. Il aura besoin de s’améliorer chaque jour et chaque match. Tant qu’il y arrive, il aura un brillant avenir. Il a besoin de travailler fort et d’écouter ce que l’entraîneur a à lui dire. Lui seul contrôle cela. »

Votre dernier match au Centre Bell remonte au 20 avril 2017, mais vous serez reconnu par les partisans tout au long de la semaine à Montréal, presque neuf ans plus tard. Est-ce que ça vous surprend?

« Les partisans des Canadiens sont incroyablement passionnés par le hockey et par leur équipe. Mais oui, je suis encore surpris de voir que des gens me reconnaissent et veulent me serrer la main. L’amour des partisans est très important pour moi. Je ne les oublierai jamais. »