Henrik Lundqvist éprouvait de la difficulté à son premier camp d'entraînement avec les Rangers de New York en 2005. Il devait apporter quelques ajustements à son jeu, se calmer, jouer plus près de son demi-cercle, et cesser d'être trop agressif.
Les anciens gardiens auxiliaires des Rangers louangent Lundqvist
Ils offrent un aperçu de l'éthique de travail et de la personnalité du gardien, qui vient de voir la dernière saison de son contrat être rachetée

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Ces problèmes inquiétaient quelques personnes chez les Rangers, et Steve Valiquette raconte avoir reçu un courriel de la part du directeur général adjoint Don Maloney.
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« Il me demandait de revenir de Russie pour accepter un contrat parce que Henrik ne connaissait pas un très bon camp et qu'ils n'étaient pas rassurés à 100 pour cent à son sujet », a expliqué Valiquette, qui a joué avec New York lors de la saison 2003-04 et de 2006 à 2010. « Ils souhaitaient avoir une police d'assurance et avoir un gardien de plus autour de l'équipe. Ils m'auraient probablement utilisé comme adjoint à Kevin Weekes pendant un moment s'ils avaient cru bon que Lundqvist passe du temps dans les mineures. »
Lundqvist a néanmoins amorcé la saison 2005-06 avec les Rangers.
« Et évidemment, dès son deuxième départ, Henrik est spectaculaire… Je me souviens de l'avoir vu réaliser des miracles contre les Devils du] New Jersey », a souligné Valiquette au sujet de Lundqvist, qui a stoppé 20 des 21 tirs dirigés vers lui dans une victoire à domicile de 4-1 le 13 octobre 2005. « Il a explosé à partir de là. »
Les Rangers ont
[racheté la dernière année du contrat de sept ans
d'une valeur de 59,5 millions $ (valeur annuelle moyenne de 8,5 millions $) de Lundqvist, mercredi, ce qui a fait de celui qui a été affectueusement surnommé le « King » au cours de ses 15 saisons passées avec les Rangers un joueur autonome sans compensation pour la première fois de sa carrière.
Lundqvist aura le droit de s'entendre avec l'équipe de son choix lorsque le marché des joueurs autonomes va s'ouvrir le 9 octobre, ce qui marque la fin de l'époque la plus fructueuse pour un gardien dans l'histoire des Rangers.
Le joueur de 38 ans a conservé un dossier de 459-310-96 avec une moyenne de buts alloués de 2,43, un pourcentage d'arrêts de ,918 et 64 blanchissages en saison régulière ainsi qu'une fiche de 61-67 avec une moyenne de 2,30, un pourcentage de ,921 et 10 jeux blancs en séries éliminatoires. Lundqvist, sixième dans l'histoire de la LNH au chapitre des victoires, est le meneur de New York pour les matchs joués (887), les victoires, les blanchissages, les arrêts (23 509) et le temps de jeu (51 816 :19) en saison régulière. Il prend également le premier rang pour les départs (130), les gains, les jeux blancs, les arrêts (3567) et le temps de glace (7935 :25) en séries éliminatoires.
Valiquette, Weekes et Martin Biron, qui ont tous été à un moment ou à un autre l'auxiliaire de Lundqvist à New York, ont discuté avec NHL.com de la carrière légendaire du gardien avec les Rangers.
Une éthique de travail légendaire
Biron a expliqué qu'il pensait avoir entendu assez d'histoires concernant l'éthique de travail de Lundqvist avant d'arriver à New York en 2010 pour savoir à quoi s'attendre. Il avait tort.
« Je suis allé sur la glace et je me suis dit "Oh mon Dieu" c'est 10 fois plus intense que ce à quoi je m'attendais, et mes attentes étaient très élevées », a dit Biron, qui a joué avec les Rangers de 2010 à 2014. « C'était irréel. »
Weekes se souvient de l'intérêt de Lundqvist pour affronter des échappées à l'entraînement. Il explique que la plupart des gardiens se tiennent loin de l'exercice de la fusillade à moins que ce ne soit obligatoire parce qu'ils risquent plus souvent d'avoir l'air fous. Lundqvist était différent.
« Il recherchait ça, il le demandait, a noté Weekes. Pourquoi? Il avait cette volonté… Il souhaitait obtenir ces duels à un contre un. »
Lundqvist est le meneur de tous les temps dans la LNH pour les victoires en fusillade avec 61. Il a joué toute sa carrière avec le règlement des tirs de barrage, qui a été implanté à sa première saison au détriment des verdicts nuls.
« Lorsque nous allions en tirs de barrage et que Hank était devant le filet, j'étais déjà prêt à quitter la glace, je me disais que c'était terminé, a souligné Valiquette. J'avais pu le voir aller pendant 20 minutes la veille à l'entraînement, ainsi que le jour précédent, et il stoppait tout le monde. Il était simplement différent. Lorsque je lui servais de partenaire d'entraînement, je gardais le compte dans les exercices afin que je puisse tenter de l'égaler, mais c'était difficile de simplement s'approcher de lui. »
Une célébrité de premier ordre
Lundqvist est devenu une véritable célébrité à New York, et Biron se souvient de l'avoir vu souper avec John McEnroe et même jouer de la guitare sur scène avec la légende du tennis à une autre occasion.
« Il ne parle pas vraiment de ces choses-là, et il ne fait pas sa propre promotion », a indiqué Biron au sujet du statut de célébrité de son ancien coéquipier. « Il est fait ainsi, et ça fonctionnait pour lui. Il était très à l'aise avec qui il était. »
Lundqvist est également devenu reconnu pour son style vestimentaire hors de la glace. Weekes a mentionné que Lundqvist était en avance sur la mode à son arrivée à New York depuis sa Suède natale en 2005, tant avec ses vêtements, particulièrement les complets étroits, qu'avec sa façon de porter ses jambières.
« Il a innové dans sa façon d'attacher ses jambières, de les porter et dans la manière dont elles étaient faites en fonction de sa façon de jouer et de sa posture, a dit Weekes. Si vous vous mettez debout et que vous tournez vos chevilles vers l'extérieur, c'est à ça que ressemblaient ses pieds si vous étiez derrière lui. Ce n'était pas logique, car normalement, vous voudriez que vos pieds soient droits ou même tournés un peu vers l'intérieur, mais je ne sais pas, c'était tellement différent de ce que j'avais vu et de ce que nous avions tous vu auparavant. »
Valiquette a affirmé que la célébrité de Lundqvist, son style, ses habits, ses cheveux, ses jambières personnalisées et son propre logo avec une couronne ont engendré une mauvaise représentation de qui il est vraiment et de ce à quoi il tient vraiment.
« Les gens peuvent penser qu'il aime trop la mode ou que les distractions prennent trop de place en raison de son statut de célébrité, mais ça n'a jamais été le cas », a assuré Valiquette.

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Valiquette s'est remémoré un souper avec Lundqvist à Pittsburgh, alors que la conversation avait bifurqué vers le hockey, les Rangers et le rôle de gardien. C'est à ce moment-là qu'il a réalisé à quel point Lundqvist aimait le hockey.
« J'ai été stupéfait de ses connaissances quant à ce à quoi notre structure en zone défensive devrait ressembler et à la manière dont il doit voir la rondelle lorsqu'elle est décochée », a raconté Valiquette, analyste des matchs des Rangers au réseau MSG. « Il m'expliquait que, si une passe adverse était faite depuis l'arrière de la ligne des buts, le défenseur devant lui devait foncer sur le tireur adverse pour l'empêcher de décocher un tir vers l'autre côté du filet, de manière à ce qu'il n'ait qu'à protéger le côté rapproché. Il me donnait ses explications en utilisant des serviettes de table et déplaçant la salière. J'ai vraiment réalisé que ce gars-là était obsédé par le hockey et qu'il voulait devenir un joueur dominant. »
Biron a ajouté : « Il était très sévère. Il pensait pouvoir stopper chaque lancer dirigé vers lui, et c'est une qualité que possèdent tous les grands gardiens. Sur certains buts, il se disait : "J'aurais dû l'arrêter." Je le regardais et je lui disais : "Tu sais quoi? Peut-être que Dominik Hasek et toi auriez dû l'arrêter, mais tous les autres vont te dire que c'était un beau but." »
La fin
Weekes a suivi attentivement la façon dont Lundqvist a composé avec la saison, navigant à travers le changement de garde qui s'est opéré lorsque la recrue Igor Shesterkin a été rappelée de Hartford, dans la Ligue américaine de hockey (LAH), par les Rangers le 6 janvier. Lundqvist a entamé quatre des 29 dernières rencontres de New York avant que la saison soit mise en pause, le 12 mars, en raison des inquiétudes entourant le coronavirus. Il a ensuite obtenu le départ et perdu lors des deux premières parties contre les Hurricanes de la Caroline en ronde de qualification de la Coupe Stanley, car Shesterkin n'était pas en mesure de jouer. Les Rangers ont été balayés dans la série trois de cinq.
Weekes a affirmé qu'il s'agit d'une leçon de professionnalisme, même s'il sait que Lundqvist était dévoré de l'intérieur en voyant l'importance de son rôle diminuer.
« Il n'a jamais vécu ce genre d'adversité », a expliqué Weekes, analyste à NHL Network et ancien joueur des Rangers entre 2005 et 2007. « Il n'a jamais eu à se soucier des contrats. Pendant la majeure partie de sa carrière et presque jusqu'à la fin, personne n'a modifié son temps de jeu. L'organisation lui a toujours déroulé le tapis rouge. Je ne peux pas imaginer à quel point les dernières années ont été difficiles pour lui, car soudainement, il n'était plus traité de la même façon.
« La réalité n'est plus la même. La décision n'est plus automatique et on ne lui dit plus : "le filet t'appartient parce que tu es Henrik Lundqvist." Publiquement, il a fait preuve d'une grande classe. Il est un individu de grande qualité, un futur membre du Temple de la renommée, un philanthrope. Mais je suis convaincu que son cœur et son âme sont détruits parce que ç'a été une réalité très différente pour lui. »
La réalité est encore plus différente maintenant que Lundqvist sait qu'il ne sera pas de retour avec les Rangers la saison prochaine.
Il pourrait s'entendre avec une autre équipe et poursuivre sa quête de remporter la Coupe Stanley. Il pourrait se retirer de la LNH, rentrer en Suède et jouer quelques saisons supplémentaires, peut-être même faire équipe avec son frère jumeau, Joel Lundqvist, un joueur de centre avec Frolunda dans la Ligue élite de Suède (SHL). Il pourrait aussi accrocher ses jambières pour de bon.
Peu importe ce qui se produira, les gardiens qui l'ont côtoyé et qui l'ont vu devenir une légende à New York partagent le même point de vue : Lundqvist verra un jour son numéro 30 être retiré au Madison Square Garden.
« Il va quitter le hockey en étant le joueur le plus respecté avec lequel nous avons joué, a lancé Valiquette. Ça en dit long. C'est un héritage. Ce n'est pas un gardien parmi tant d'autres. Il laissera un héritage. »

















