Choix de premier tour des Nordiques de Québec au repêchage de 1993, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons et il est aujourd’hui actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il collabore depuis plusieurs années avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.
Si les Sabres de Buffalo connaissent autant de succès présentement, c’est notamment parce que Lindy Ruff a trouvé le moyen de maximiser l’apport de ses deux gardiens de but.
Depuis la pause olympique, c’est catégorique. Alex Lyon est devant le filet pour un match, Ukko-Pekka Luukkonen l’est pour l’autre, ainsi de suite. Leur fiche depuis le début de cette alternance parfaite : 6-0-0 pour Lyon et 5-1-0 pour Luukkonen. Et dans les deux cas, un impressionnant taux d’efficacité de ,931. Les Sabres ne peuvent demander mieux.
Cette stratégie me fait penser à celle adoptée par les Bruins de Boston de 2022 à 2024, lorsque Linus Ullmark et Jeremy Swayman se partageaient le filet de manière presque égale. En 2022-23, le brio des deux gardiens avait mené les Bruins à une saison record de 135 points.
Les Sabres n’établiront pas de records cette saison, mais leur séquence actuelle de 32-6-2 n’est pas sans rappeler le rouleau compresseur qu’était Boston il y a trois ans.
Dans une ligue où le concept de gardien no 1 est si bien ancré, comment se fait-il qu’on ne voie presque plus de portiers obtenir plus de 60 départs dans une même saison? Et qu’aujourd’hui, on voit une équipe comme les Sabres connaître de grands succès sans identifier de no 1?
Je crois surtout qu’on a vu trop d’exemples dans les dernières années d’équipes qui ont dû s’appuyer sur leur no 2 à des moments cruciaux. Pensez aux Golden Knights la première fois qu’ils ont amené Adin Hill dans le feu de l’action lors des séries de 2023, année de leur conquête de la Coupe Stanley. Pensez aussi aux Panthers de cette même année, qui s’étaient qualifiés pour les séries éliminatoires grâce au brio de Lyon dans les dernières semaines de la saison régulière en l’absence de Sergei Bobrovsky, blessé. Bobrovsky, Lyon et les Panthers ont affronté les Golden Knights en finale cette année-là.
Pensez aussi à un Calvin Pickard qui a fini par participer à 10 matchs des Oilers d’Edmonton lors des dernières séries, alors que Stuart Skinner connaissait son lot de difficultés.
Ce dont les Sabres s’assurent en partageant la tâche ainsi entre Luukkonen et Lyon, c’est d’avoir une option toujours fraîche et dispos si l’autre gardien se blesse ou connaît un passage à vide. Jamais, en séries, l’un de leurs gardiens n’aura à chasser la rouille s’il est envoyé dans la gueule du loup. Pour une équipe qui ne mise pas sur un gardien vedette comme Andrei Vasilevskiy ou Connor Hellebuyck, ça vaut de l’or. Et dans l’optique d’un long parcours éliminatoire, c’est un avantage considérable que les Sabres auront sur la majorité de leurs rivaux.


















