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SANDY, Utah – Ne vous fiez pas aux apparences.

André Tourigny est surnommé « Bear » (l’ours) non pas parce qu’il est un imposant grognon, mais parce qu’il a déjà fait un « bear hug » (la prise de l’ours) à une personne, et tout le monde a commencé à l’appeler ainsi. Et pour les anglophones, c’est beaucoup plus facile à prononcer.

Parce qu’une des choses qui ont frappé les gens de l’Utah lorsqu’ils ont découvert Tourigny à son arrivée à Salt Lake City comme entraîneur de la nouvelle équipe de hockey en avril 2024, c’est son fort accent québécois. Mais en l’écoutant attentivement, c’est la psychologie qu’il a développée grâce à des séances de perfectionnement pour entraîneurs et à ses nombreuses et diverses lectures qui retient bien davantage l’attention.

Au centre d’entraînement du Mammoth l’autre jour, il expliquait comment son équipe doit jouer contre les Golden Knights de Vegas au premier tour dans l'Association de l’Ouest : conservateur, mais pas trop. Agressif, mais patient.

« Cet entre-deux, c’est là que se trouve ton rendement optimal, et tu dois trouver cet équilibre, a-t-il expliqué. On doit avoir du sang-froid avec la rondelle, mais jouer rapidement. On doit prendre notre temps, mais agir vite. »

Des paroles qui rappellent celles du légendaire entraîneur de basketball de UCLA, John Wooden, bien connu pour avoir dit : « Fais ça vite, mais prends ton temps! »

Quand on lui a demandé s’il avait étudié Wooden, Tourigny a répondu qu’il avait lu un de ses livres et mentionné sa « pyramide du succès », un schéma emblématique qui présente les bases de la réussite. Il a aussi étudié d’autres grands entraîneurs comme Bill Belichick, Alex Ferguson, Pep Guardiola et Phil Jackson.

« Je pense que si tu essaies d’être quelqu’un d’autre, ça ne marchera pas, a mentionné Tourigny. Tu es qui tu es, alors je suis ce que je suis. Mais je peux apprendre de beaucoup de gens. »

C’est un élément clé du parcours d’un entraîneur qui a pris les rênes des Coyotes de l’Arizona en 2021 avant de déménager en Utah en avril 2024, quand la LNH a créé une nouvelle concession qui a acquis les actifs hockey de l’Arizona. Tout en développant une équipe remplie de jeunes espoirs, il a contribué à bâtir les bases de l’organisation dans un nouveau marché.

Le Mammoth dispute la première série éliminatoire de son histoire, et il fait maintenant jeu égal 2-2 avec les Golden Knights à l’aube du match no 5 au T-Mobile Arena de Las Vegas mercredi (22 h HE; HBO MAX, Utah16, SCRIPPS, truTV, TNT, TVAS).

« Une partie de la philosophie de Bear comme entraîneur, c’est l’amélioration linéaire, a expliqué le président des opérations hockey de l’Utah Chris Armstrong. C’est immanquable. On échange des citations, des extraits, différentes choses qui influencent notre perspective. Ça fait vraiment partie de ce qu’il est.

« Et comme il l’exige de ses joueurs sur la glace, il se demande lui aussi comment il peut s’améliorer chaque jour, comment peut-il voir les choses différemment, adopter une autre approche, rejoindre les joueurs d’une autre manière? En vieillissant, il faut trouver comment connecter avec les jeunes générations. Je pense qu’il a aussi réussi à le faire. »

Tourigny a passé de nombreuses années comme entraîneur dans le junior majeur et avec Hockey Canada, en plus de trois saisons comme adjoint dans la LNH avec l’Avalanche du Colorado (2013-15) et les Sénateurs d’Ottawa (2015-16) avant de finalement obtenir sa chance au poste d’entraîneur-chef dans la Ligue.

Il a assisté à des séances de perfectionnement pour entraîneurs durant l’été pour apprendre de tout le monde, qu’il s’agisse de Ken Hitchcock ou d’entraîneurs moins expérimentés de niveau junior.

« C’est un vrai étudiant du jeu, a dit Hitchcock, membre du Temple de la renommée du hockey qui a gagné la Coupe Stanley avec les Stars de Dallas en 1999 et qui est sixième dans l’histoire de la LNH avec 849 victoires. Il pose des questions pleines de bon sens. C’est un entraîneur très pragmatique. »

C’est aussi un étudiant des autres sports.

Racontant qu’il avait lu un livre portant sur les Warriors de Golden State de la NBA, Tourigny a ajouté en riant : « Je ne sais pas si je devrais dire ça! » C’est que les propriétaires du Mammoth, Ryan et Ashley Smith, possèdent aussi le Jazz de l’Utah.

Le directeur général Bill Armstrong a raconté qu’il avait discuté avec Tourigny du livre « The Art of Winning: Lessons from My Life in Football » de Belichick. Et l’objectif n’était pas de copier les stratégies des Patriots de la Nouvelle-Angleterre dans la NFL.

Tourigny a expliqué que si le quart-arrière Tom Brady jouait au hockey, il devrait en même temps jouer à l’attaque, en défensive et sur les unités spéciales en même temps.

« Ça changerait peut-être son cahier de jeux un peu, a lancé Tourigny. C’est la réalité de notre sport, où tu fais un peu de tout, tout le temps, chaque fois que tu es sur la glace. C’est différent.

« Mais il y a toujours des éléments de leadership que tu peux retenir, comme la façon dont ils gèrent certaines situations, que ce soit le repêchage ou la communication à l’extérieur du terrain ou de la glace avec leurs athlètes et comment ils créent de la cohésion. »

Le livre préféré de Tourigny est « The Culture Code: The Secrets of Highly Successful Groups » de Daniel Coyle, qui trace un portrait complet d’organisations comme l’unité SEAL Team Six de la marine américaine ou encore les Spurs de San Antonio dans la NBA.

Un livre qui explique « comment bâtir une culture, comment faire en sorte que tout le monde y adhère, s’y sente impliqué et ait un sentiment d’appartenance », a indiqué le pilote de Nicolet.

Ce n’est pas un hasard si les bureaux du luxueux centre d’entraînement de l’Utah, inauguré cette saison, sont faits de murs de verre et d’espaces collaboratifs. Cette disposition crée ce que Tourigny appelle des « collisions constantes », puisque les gens se croisent naturellement et interagissent. Ça vient directement du livre.

Écoutez comment il a parlé du match no 2, quand le Mammoth a pris les devants 3-2 avec exactement six minutes à jouer en troisième période, est resté calme et a signé sa première victoire en séries, sur la route, dans un environnement hostile.

« Je n’ai rien eu à dire, a-t-il rappelé. Les vétérans sur le banc ont pris le contrôle. Ils se sont levés. Ils n’ont pas célébré comme si on venait de marquer en prolongation. C’était : “OK, on reste calmes. On continue d’attaquer. On continue de faire ce qu’on fait.” Et ils disaient les bonnes choses, ils s’assuraient que tout le monde était connecté, que tout le monde était sur la même longueur d’onde. Quand tes gars savent quoi faire, c’est le meilleur ‘’coaching’’ qui puisse exister. »

De la façon dont Tourigny est décrit par plusieurs, il correspond parfaitement à l’histoire que l’Utah tente d’écrire.

« Je pense qu’il y a beaucoup de rats de bibliothèque dans notre organisation, a dit Armstrong. C’est toujours intéressant de partager nos lecteurs. Je ne dirai pas lequel, mais on a offert un livre au début de la saison à toute l’organisation, qui représentait le parcours qu’on entreprend ensemble. »

Était-ce « L’Alchimiste » de Paulo Coelho, une œuvre inspirante sur la découverte de soi et la poursuite des rêves?

« Peut-être », a répondu Armstrong.

Peu importe, voici la morale de l’histoire :

« Je pense que c’est important de toujours trouver des façons de renforcer les valeurs fondamentales de notre groupe, de différentes manières et constamment, a noté Armstrong. Ça devient le langage de ton équipe. »

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