TAMPA – On ignore si Jon Cooper est un bon joueur d’échecs, mais on peut affirmer, après les quatre premiers matchs de la série entre le Lightning de Tampa Bay et les Canadiens de Montréal, que le pilote n’hésite pas à se fier à son instinct et à jouer avec ses pions quand il en ressent le besoin.
Et il en retire un certain plaisir… à une seule condition.
« C’est très amusant quand ça fonctionne », a rigolé le vétéran entraîneur, mardi, à la veille du cinquième match de la série, maintenant égale 2-2.
Si Cooper n’a pas obtenu la note parfaite, on peut dire qu’il a somme toute eu la main heureuse.
Sa décision de réunir Brandon Hagel et Anthony Cirelli et de leur donner le mandat de museler le premier trio du Tricolore a bien fonctionné en début de série. Celle de les séparer et d’envoyer Hagel aux côtés de Brayden Point et de Nikita Kucherov, au dernier match, a aussi donné de bons résultats.
Le fait d’amener Yanni Gourde avec Cirelli et Jake Guentzel lui a également offert un autre trio polyvalent dans le plus récent affrontement. Le plus impressionnant, c’est que ce sont souvent des changements qu’il exécute au courant d’un match, et qu’il décide de conserver pour le suivant.
« Les changements de trio peuvent nous aider à créer cette étincelle, à aider certains joueurs, a reconnu Gourde, entouré des médias québécois après l’entraînement. C’est important d’avoir cette flexibilité. »
En comparaison, Martin St-Louis est bien plus conservateur chez le Tricolore jusqu’ici. Il a fait confiance au même personnel et a procédé à quelques remaniements mineurs, très rarement pendant une rencontre. Ça n’a jamais été dans ses habitudes; il mise davantage sur la stabilité.
Les deux approches se valent. Il suffit de trouver l’équilibre entre le changement et la continuité.
« On a joué 82 matchs d’une certaine façon, a expliqué Cooper. Y’a-t-il des ajustements à faire ici et là? Oui. Mais il faut avoir la discipline de conserver ce qui a fonctionné dans le passé. C’est difficile, parce que l’adversaire veut justement te faire changer les choses, surtout quand ça ne fonctionne pas. »
Cooper a déjà effectué deux changements à l’attaque – Conor Geekie, Scott Sabourin et Oliver Bjorkstrand ont alterné – et deux autres à la ligne bleue, initialement causés par la perte de Charle-Édouard D’Astous au premier match de la série. Declan Carlile et Max Crozier ont tous les deux obtenu leurs chances.
On peut discuter de l’impact des insertions de Sabourin et de Bjorkstrand dans la formation, mais il est clair que celle de Crozier a porté ses fruits. À sa première sortie de la série, au dernier match, il a pincé Juraj Slafkovsky au centre de la patinoire, redonnant vie aux siens alors qu’ils tiraient de l’arrière 2-0.
Le Lightning est venu de l’arrière pour finalement niveler les chances, et devrait opter pour la même formation en vue du prochain match, selon ce qu’on a vu à l’entraînement. Reste que Cooper a l’habitude de cacher son jeu jusqu’à la période d’échauffement.
« J’aime le jeu d’échecs, encore plus quand tu gagnes la série, a-t-il ajouté. On tente de trouver la solution au problème posé par l’autre équipe. Martin fait tout un travail de l’autre côté. »
Un retour à l’équilibre
Parlant d’éventuels changements, Victor Hedman et D’Astous ont pris part à l’entraînement d’une trentaine de minutes du Lightning à son complexe d’entraînement. Il est assez clair, à l’œil, que les deux arrières s’approchent d’un retour au jeu – Cooper a d’ailleurs affirmé qu’Hedman « franchit des étapes ».
« Je vais mieux chaque jour, a quant à lui révélé D’Astous. Il est encore trop tôt pour dire si je serai une option demain. […] Ç’aurait été le fun de jouer à Montréal, je ne le cacherai pas. J’aborde les choses un jour à la fois. L’équipe se porte bien et je suis sûr que j’aurai ma chance plus tard. »
Quand il sera en mesure de jouer, il viendra assurément stabiliser les choses à la ligne bleue… et dans le vestiaire. Gourde a hâte d’avoir un peu d’aide au chapitre du travail médiatique avec les journalistes de Montréal. L’attaquant a blagué à ce sujet en révélant que J.J. Moser et Scott Sabourin parlaient aussi français.
On a validé le tout avec Moser, un Suisse originaire de Bienne. Il a accordé une entrevue d’un peu plus d’une minute dans la langue de Molière, au grand plaisir de Gourde, fier de son coup. Il a aussi été permis d’apprendre que le défenseur helvète sait réciter le chapelet en québécois, avec un accent presque parfait.
« Yanni passe son temps à dire ça », a lancé le défenseur après avoir enchaîné les trois ou quatre sacres les plus populaires. On confirme que le natif de Saint-Narcisse est un bon enseignant.


















