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CHICOUTIMI – À l’évocation de la conquête de 1994, Renald Nepton se retourne vers l’un des nombreux cadres qui ornent son petit bureau – surnommé le « musée » par ses collègues – et pointe une photo sur laquelle l’édition championne des Saguenéens de Chicoutimi pose avec la Coupe du Président au milieu du vestiaire.

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Le directeur des opérations hockey des Bleus esquisse un sourire. « Neppy » l’ignorait évidemment à l’époque, mais il s’agirait de son deuxième et dernier championnat avant au moins 32 ans.

« Les gens me demandent toujours pourquoi il a fallu attendre aussi longtemps », raconte celui qui a occupé à peu près tous les postes en 48 ans à l’emploi de l’équipe. « Je leur réponds toujours qu’il y a 18 clubs dans la Ligue et qu’il n’y en a qu’un seul qui gagne. On va se souhaiter que cette fois, ce soit la bonne. »

Nepton Drapeau split

Photo : Le directeur des opérations hockey des Saguenéens Renald Nepton. À gauche, il est en compagnie de l'entraîneur-chef Gaston Drapeau lors de la conquête de la Coupe du Président de 1994.

À quelques semaines du début des séries éliminatoires, les Saguenéens sont au sommet du classement général de la Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ) et ne cachent pas leurs grandes ambitions. Dirigés par Yanick Jean, qui faisait lui aussi partie de l’édition championne de 1994 comme joueur, ils veulent rapporter la Coupe au royaume.

C’est la mission que Jean s’était lancée quand il est revenu dans le giron de l’équipe en 2014.

« J’ai suivi l’équipe quand j’étais jeune, j’ai joué ici, j’ai commencé ma carrière comme adjoint ici et je suis revenu plus tard comme entraîneur-chef et directeur général », a commenté l’homme de 50 ans. « Pour moi, les Sags, c’est ma vie. Quand je suis revenu, c’était pour permettre aux gens d’ici de revivre une conquête. »

Jean et Nepton savent exactement ce que ça signifie de gagner dans ce marché unique, éloigné, où le lien entre l’équipe, ses joueurs et ses partisans est tenace. Rien n’en témoigne mieux que la scène qui s’est produite quand les Sags ont confirmé leur sacre sur la patinoire du Centre Georges-Vézina, en 1994.

Ç’a beau faire un bail, ces images sont demeurées bien fraîches dans la mémoire des principaux acteurs de cette victoire en six matchs face au Titan de Laval, dont dans celle d’un certain Éric Fichaud.

« La ville était hockey, le CGV était plein à craquer à chaque match », s’est souvenu l’ancien gardien, le joueur le plus utile de ces séries. « C’était vraiment fou. Quand on a gagné, les partisans se sont mis à sauter sur la glace pour venir célébrer avec nous. Ils ont complètement perdu le contrôle!

Sagueneens Coupe 1994

« On était chanceux de jouer dans un marché où on était l’attraction principale. Ce n’est pas le cas partout. Les Sags, c’est l’équipe de la région. C’était vraiment fort, ce sentiment-là. »

Il l’a toujours été, et il l’est encore aujourd’hui.

Peut-être même encore plus depuis que les partisans peuvent se remettre à rêver. Il faut se promener dans les corridors du mythique amphithéâtre pour les entendre parler des joueurs, des résultats et de la formation des trios, comme le font les partisans des Canadiens de Montréal.

« La pression vient avec du soutien aussi », a relativisé le défenseur Alex Huang. « Tout le monde est derrière nous. Il y a une raison pour laquelle c’est difficile de jouer ici, et ce ne sont pas juste les dimensions olympiques de la glace (rires). »

Des collègues des médias locaux confirment que les émotions des hauts et des bas de la saison sont vécues aussi intensément qu’elles peuvent l’être dans la métropole quand il est question du Tricolore.

« Ça fait longtemps que c’est comme ça, a souligné Jean. Quand je jouais, c’était difficile pour les clubs adverses de venir ici. J’étais ti-cul et c’était la même chose. Les gars se promènent dans la rue et se font dire qu’ils sont beaux, bons et fins. Il ne faut pas se laisser emporter par ça et rester dans le moment. »

« C’est une vraie ville de hockey », a renchéri l’entraîneur adjoint Félix Bibeau, qui a lui aussi porté les couleurs de l’équipe, en 2020. « On est dans une région plus isolée. Ce sont leurs Canadiens à eux. C’est un privilège de jouer dans un marché comme celui-là, et les gars en sont conscients. Ils gèrent bien ça au quotidien. »

L’appartenance, valeur fondamentale

Quand il est rentré au bercail il y a plus de 10 ans, Jean voulait d'abord raviver le sentiment d’appartenance à l’équipe, à la région, et le transmettre à ses ouailles. Il savait que le reste suivrait.

« Ça commence avec Yanick qui a joué ici, et Neppy qui est là depuis tout près de 50 ans », a appuyé l’adjoint Olivier Bouchard, un natif de Chicoutimi. « Ils sont fiers d’être Sags. C’est ma vie aussi : je n’ai pas manqué beaucoup de matchs en grandissant et j’ai rêvé de jouer pour l’équipe.

« Les joueurs embarquent là-dedans et les fans sont proches de nous. Ça fait grandir l’appartenance. »

Sagueneens Coupe 1994 vestiaire

Même les nouveaux visages, les gros noms qui ont été acquis aux quatre coins du circuit, en ont vite pris conscience. 

« Les fans savent que c'est une grosse année », a lancé le défenseur Tomas Lavoie, acquis du Cap-Breton. « On ne veut pas les décevoir. On joue pour nous en premier, mais on veut aussi leur redonner. Ça fait longtemps qu’ils attendent une équipe gagnante. »

Neppy, aussi, attend depuis longtemps. Quand on parle d’appartenance, il est le premier nom qui vient à l’esprit de Jean : « On pourrait mettre sa face à côté de la définition dans le dictionnaire », martèle-t-il. Si cette équipe réussit à parvenir à ses fins, l'homme de hockey y aura sans doute mis son grain de sel.

Et il pourra accrocher fièrement une autre photo sur l’un des murs de son musée.

« C’est clair que ce serait la cerise sur le sundae », a conclu Nepton, assis à son bureau. « Après 48 ans, si on gagne la Coupe du Président et la Coupe Memorial, le gars pourra penser à sa retraite. Est-ce que je la prendrais? Je ne sais pas. J’aime ce que je fais. Ce serait l'apogée.

« Mais peut-être que ça me redonnerait le goût de le refaire encore, même après tant d’années. »