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CHICOUTIMI – Dans les quartiers généraux des Saguenéens de Chicoutimi, quelque part sous les gradins rouge et bleu du mythique Centre Georges-Vézina, ça fait déjà longtemps que le chantier « 2026 » est entamé. Longtemps que l’on coule les fondations d’une équipe que l’on espère, éventuellement, championne.

Ç’a commencé dès 2022, quelques mois après que les années de récolte du cycle précédent eurent été bousillées par les perturbations liées à la pandémie – des séries annulées en 2020 et une saison écourtée disputée dans une bulle en 2021.

« Ç’a été très dur, s’est souvenu Yanick Jean, directeur général et entraîneur-chef des Sags. Mais dans la vie, quand tu fais face à de l’adversité, tu as deux choix : soit tu te roules en boule, ou tu te retrousses les manches. On voulait garder la même attitude pour bâtir notre équipe.

« On s’est fait un devoir de ne pas se plaindre dans les cinq dernières années. On ne voulait pas regarder en arrière. Quand tu es capable de passer par-dessus l’adversité, tu en sors plus fort. »

Après des années à rebâtir par le repêchage avec un noyau de brillants jeunes joueurs, les Saguenéens sont de retour dans les hauteurs du classement de la LHJMQ. Et ils jouent le tout pour le tout, comme prévu, avec le but bien assumé de ramener un championnat à l’autre bout de la 175 pour la première fois depuis 1994.

« Je suis arrivé avec l’équipe à la première année de la reconstruction, et on parlait déjà de 2026, a raconté l’entraîneur adjoint Olivier Bouchard, un natif de Chicoutimi. Je m’en souviens encore : on faisait des projections de l’alignement, et il y avait plusieurs trous.

« Après un an, on a mis le nom de Maxim Massé au tableau. À chaque année, on a ajouté des morceaux de casse-tête pour en arriver à la formation qu’on a présentement. On l’a construit d’un bout à l’autre. »

Jean a choisi de bâtir autour de Massé, un espoir des Ducks d’Anaheim, en faisant de lui le premier choix de l’équipe – troisième au total en 2022 – dans ce nouveau cycle. Il a ensuite ajouté près d’une dizaine de joueurs qui grandissent ensemble depuis trois ou quatre ans, et qui ont passé à travers chaque étape.

Maxim Massé des Saguenéens de Chicoutimi

Il s’est ainsi créé un noyau solide qui connaît par cœur les standards de l’organisation.

« C’est long à bâtir, une culture, a souligné l’entraîneur adjoint Félix Bibeau, qui a remporté la Coupe du Président et la Coupe Memorial en 2019, dans l’uniforme des Huskies de Rouyn-Noranda. Elle est maintenant bien implantée avec tous les leaders qui l’ont transmis d’année en année.

« On est rendus à l’étape finale. Les joueurs savent ce qu’on attend d’eux. Ils savent comment on travaille, comment on joue. Ils connaissent notre manière de jouer, la culture et la philosophie. »

C’est tout ça mis ensemble qui a permis à Jean et à son équipe de greffer six nouveaux joueurs à son noyau à la date limite des transactions, sans s’inquiéter de potentielles répercussions négatives.

Parmi eux, trois des meilleurs défenseurs de la Ligue, accessoirement trois anciens capitaines – Tomas Lavoie (Utah), Alexis Bernier (Seattle) et Jordan Tourigny – et l’un des gardiens les plus dominants du circuit en Lucas Beckman (Ottawa).

« Ce qui m’a sauté aux yeux en arrivant ici, c’est à quel point le noyau est tissé serré, a souligné Lavoie, acquis des Eagles du Cap-Breton. Tout le monde pousse dans la même direction. Après seulement quelques jours, j’avais l’impression que je faisais partie de l’équipe depuis deux ans. »

Tomas Lavoie Chicoutimi

Une forteresse

Si la défensive gagne bel et bien des championnats, alors vous comprendrez que les Saguenéens ont mis toutes les chances de leur côté. Ils comptent désormais sur au moins cinq défenseurs qui pourraient jouer sur un premier duo – lorsque l’on ajoute les Alex Huang (Nashville) et Peteris Bulans à la liste.

Et ils peuvent tous, chacun à leur façon, ajouter leur grain de sel au chapitre offensif. À moins d’un mois de la fin de la saison, la formation chicoutimienne occupe le premier rang du classement général grâce à une fiche de 42-9-5, en plus de maintenir la meilleure défensive et la meilleure attaque de la LHJMQ.

« C’est malade, a lancé l’attaquant Émile Guité, un autre espoir des Ducks. Chaque fois qu’on est sur la glace, peu importe qui est en défense, on sait qu’il va se passer quelque chose. Ça ajoute un punch offensif, ce sont tous des gars vraiment talentueux. On n’a pas de trous en défensive. »

L’abondance de profondeur ajoute un défi de répartition des tâches pour Bouchard, responsable des défenseurs. Mais le tout s’est fait sans anicroche : l’objectif commun prend le dessus.

« Ils sont pas pires, hein, a blagué l’entraîneur adjoint. On n’a jamais assez de bons joueurs. Tous les gars ont un rôle et trouvent leur compte là-dedans. On a acquis des professionnels et des leaders. Ç’a été facile de leur vendre le plan, ils sont venus ici avec une mission. »

« On a pris le temps d’en parler tous ensemble, a renchéri Bernier à ce sujet. On sait que chaque gars va obtenir moins de minutes, mais en fin de compte, c’est pour le bien de l’équipe. On a tous la même chose en tête, et c’est de gagner. On est tous sur la même longueur d’onde. »

Voilà qui confirme que la culture des Saguenéens s’est bel et bien transmise aux nouveaux venus : le logo à l’avant du chandail primera toujours sur le nom derrière. Reste maintenant à livrer la marchandise quand ça comptera.