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GREENBURGH, N.Y. - Chaque fois qu'il met le pied à l'aréna, Igor Shesterkin réalise rapidement l'héritage laissé par les grands gardiens de l'histoire des Rangers de New York. Et même s'il a remporté le trophée Vézina la saison dernière, il ne fait que commencer à marcher dans leurs pas.

« Tu peux regarder tous les chandails de gardiens qui ont été retirés. Je comprends tout », a affirmé Shesterkin dans une entrevue avec LNH.com, vendredi.
Le numéro un d'Eddie Giacomin se retrouve dans les hauteurs du Madison Square Garden, tout comme le 35 de Mike Richter et le 30 d'Henrik Lundqvist. C'est aussi le cas au centre d'entraînement de l'équipe. À vrai dire, on a souvent l'impression que les trois gardiens se retrouvent partout. On les croise souvent au Garden, et Lundqvist est analyste en studio lors des matchs de l'équipe sur MSG Networks, en plus de travailler dans les opérations des affaires du Madison Square Garden. Et lorsque Shesterkin s'habille pour sauter sur la patinoire, il est assis dans l'ancien casier de Lundqvist.
« En ce moment, je ne pense pas avoir atteint leur niveau. Je sais qui était ici avant moi. Je tente tout simplement d'atteindre ce niveau », a mentionné Shesterkin.
C'est ce qu'il a fait la saison dernière.
Parmi tous les gardiens qui ont joué au moins 50 matchs en une saison dans l'histoire des Rangers, le pourcentage d'arrêts de ,935 de Shesterkin est le meilleur, alors que sa moyenne de buts alloués vient au deuxième rang derrière celle de Lundqvist (1,97) en 2011-12.
Les 36 victoires de Shesterkin sont un sommet de tous les temps à New York parmi les gardiens qui ont joué moins de 60 matchs en une saison (il en a disputé 53). Richter, Lundqvist et Giacomin ont tous eu des campagnes avec plus de gains, mais ils avaient pris part à au moins 62 rencontres.
« Pour avoir d'aussi bons chiffres, tu ne peux pas connaître beaucoup de mauvaises soirées. C'est sa plus grande force », souligné Lundqvist.
Lundqvist a connu pas moins de cinq saisons avec au moins 36 victoires et 11 avec un minimum de 30. Il occupe le premier rang de l'histoire de l'équipe avec 459 gains.
Giacomin a quant à lui eu cinq campagnes de 30 victoires ou plus. Richter est le seul dans ce groupe à avoir donné une Coupe Stanley aux Rangers, lors d'une saison 1993-94 où il a signé le record de gains de l'équipe avec 42. Il est au deuxième rang de tous les temps avec 301 victoires. Giacomin les suit avec 267.
Ils sont des légendes des Rangers parce qu'ils ont été parmi l'élite de la ligue saison après saison. C'est le défi à réussir pour Shesterkin, et il en est conscient.
« Ce qui s'est passé l'an dernier, c'est dans le passé, a-t-il souligné. En ce moment, je dois montrer à tout le monde que ce n'était pas un accident. Je veux continuer de jouer de mieux en mieux.
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Shesterkin a prouvé au fil du temps qu'il savait être constant. Il a progressé à chacune de ses trois saisons dans la Ligue continentale de hockey avec le SKA St-Pétersbourg, si bien qu'après une campagne 2018-19 où sa moyenne a été de 1,11 et son pourcentage d'arrêts de ,952, il a fait le saut en Amérique du Nord.
« Il a confiance qu'il peut continuer à jouer au plus haut niveau », a souligné Lundqvist.
La différence, selon ce dernier, c'est qu'il doit maintenant le faire dans la LNH, devant les critiques pour qui ce qu'il a fait en Russie a bien peu d'importance et qui veulent savoir s'il sera en mesure de répliquer ses performances de la dernière saison.
Lundqvist faisait face au même défi après une saison de 30 victoires (2,24; ,922) lors de son année recrue dans la LNH en 2005-06. Un an plus tôt, il avait été nommé le joueur le plus utile de la Ligue de hockey suédoise et avait gagné le championnat avec Frolunda.
« Même si tu joues au hockey depuis plusieurs années en Europe, quand tu arrives ici, les gens disent que tu fais ça pour la première fois, a souligné le Suédois. Tu dois encore te prouver. Il y a des choses qui sont nouvelles, mais il y en a qui sont exactement les mêmes, comme la pression, les attentes, les gros matchs. Ça aide. »
Shesterkin a vécu tout cela la saison dernière, lui qui a permis aux Rangers de venir de l'arrière dans deux séries éliminatoires.
Ils tiraient de l'arrière 3-1 contre les Penguins de Pittsburgh en première ronde, et Shesterkin avait très mal paru, lui qui avait été retiré des matchs no 3 et 4 et qui avait permis 10 buts sur 45 lancers (,778).
Il explique que la réunion d'équipe qui a suivi le quatrième duel a été son moment préféré des séries.
« Chris [Kreider] ou Troobs [Jacob Trouba] ont trouvé les bons mots, et ç'a cliqué en dedans de moi et je savais que nous allions gagner la série et que nous avions une bonne chance de gagner la Coupe », a raconté Shesterkin.

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Les Rangers ont bel et bien remporté la série, puis ils ont fait de même contre les Hurricanes de la Caroline lors du deuxième tour avant de finalement plier l'échine en six rencontres contre le Lightning de Tampa Bay lors de la finale de l'Association de l'Est.
Shesterkin a terminé les séries avec une moyenne de 2,59 et un pourcentage d'arrêts de ,929.
« J'ai gagné en confiance au cours des séries. Normalement, quand je jouais dans la KHL, tu ne peux pas parler à un autre joueur lors du match, ou encore en regarder un, parce que l'entraîneur ne sera peut-être pas content. Mais ici, en séries, tout le monde me parlait et je pouvais être à l'aise et sourire avec mes coéquipiers. C'est plus lousse et je n'avais pas à agir en robot. »
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La vie de Shesterkin a changé neuf semaines et demie après la fin de la saison des Rangers. Il est devenu père pour la première fois, quand son épouse Anna a donné naissance à Timofey le 17 août.
« Je veux toujours le regarder! »
Le gardien et sa famille ont déménagé de Manhattan cette saison afin de louer une résidence située à Greenwich, au Connecticut. Ils ont vécu dans la grande ville lors des trois premières saisons de Shesterkin à New York, mais avec un bébé et un chien, il était temps de découvrir la banlieue.
« C'est génial d'avoir un bébé et un chien, tu peux marcher avec la poussette et le chien peut te suivre partout », a-t-il raconté.
Au fil de ses paroles, on réalise que Shesterkin est beaucoup plus confortable.
Il s'assoit devant ce qui est désormais son casier légitime, et les vestiges de la carrière du « roi Henrik » se trouvent maintenant sur les murs et au plafond.
Shesterkin rigole quand il raconte qu'il est devenu gardien à l'âge de sept ans en raison de Dominik Hasek, et que son père doutait que ça perdure.
« Là où j'ai grandi, dans mon équipe, on avait une dizaine de joueurs qui étaient des gardiens aussi, mais après une semaine, un mois ou deux mois, ils ont tous abandonné, a expliqué Shesterkin. C'est la raison pour laquelle mon père me disait qu'il ne voulait pas que je sois gardien, mais c'est ce que je voulais. Je lui ai dit que c'était mon but et je lui ai promis que je n'allais pas revenir sur ma parole. Mais après deux ans, j'en ai eu marre et je voulais devenir un attaquant, mais mon entraîneur m'a dit : "tu seras un bon gardien, alors suis le plan". »
Il a ri en racontant cette histoire.
Il a ensuite expliqué pourquoi Lundqvist est devenu son joueur préféré alors qu'il grandissait, et il a partagé des souvenirs d'un camp d'entraînement avec lui.
« Je n'ai pas parlé beaucoup avec lui, mais il restait autour de moi. J'ai eu l'occasion d'observer comment il s'entraînait, comment il jouait, comment il travaillait au gym, a-t-il raconté. Il m'a beaucoup aidé sans rien dire. »
Shesterkin prend maintenant la parole. Il est si à l'aise en anglais qu'il n'a pas eu besoin d'interprète pour cette entrevue.
« Après la saison dernière, je suis plus détendu, et si je n'arrive pas à trouver le bon mot, j'espère ne pas dire quelque chose de stupide, a lancé Shesterkin en riant. Je peux parler davantage maintenant. Je suis plus à l'aise. Je me sens plus à l'aise avec chaque joueur. »
Il est également à l'aise avec sa place parmi la petite fraternité des légendaires gardiens des Rangers.
Mais une seule excellente saison n'est pas suffisante pour avoir droit à son initiation. Il devra faire encore mieux cette année.
« Tout ce que je veux maintenant, c'est gagner la Coupe Stanley avec les Rangers. Si j'ai l'occasion de remporter un autre trophée Vézina, ce sera génial, mais notre objectif est la Coupe Stanley, quoi qu'on fasse pour y arriver. »