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BUFFALO – « Ça devrait être une bonne série ! » Avant le départ de l’équipe de Tampa en route vers la ville célèbre pour ses ailes de poulet, Martin St-Louis a résumé d’une façon assez simple cette confrontation entre les Canadiens de Montréal et les Sabres de Buffalo au deuxième tour des séries.

Engouffrés par une reconstruction interminable, les Sabres ont renoué avec le hockey des séries après une absence de 14 ans. À l’image des Sabres, le CH sort aussi d’un cycle de reconstruction. Mais le chantier ne s’est pas échelonné sur plus de dix ans. Kent Hughes et Jeff Gorton ont opéré un changement plus rapide, sous la gouverne de St-Louis, avec un retour en séries l’an dernier après trois ans sans y participer.

S’il n’y a pas si longtemps, les Sabres et le Tricolore se retrouvaient dans le bas du classement de la section Atlantique, les deux équipes ont maintenant chacune une place au sommet. C’est le signe d’un renouveau à l’intérieur de cette section.

Tant à Buffalo qu’à Montréal, les deux villes rêvent d’un long parcours en séries. Une des deux villes tombera au deuxième tour. Mais l’espoir de jours plus heureux restera bien présent dans les deux camps.

ATTAQUE

Dans une longue série de sept matchs, le Tricolore a trouvé une façon d’éliminer le Lightning malgré une faible production de ses gros canons à cinq contre cinq. Nick Suzuki a marqué l’unique but à forces égales lors du septième match à Tampa.

En théorie, Nick Suzuki, Cole Caufield et Juraj Slafkovsky ne resteront pas aussi silencieux face aux Sabres. Le talent remonte toujours à la surface. Mais le CH n’est pas l’équipe d’un seul trio. Ils ont gagné la bataille de la profondeur au premier tour face au Lightning grâce à la naissance d’une nouvelle unité à partir du troisième match, celle de Kirby Dach, au centre, Zachary Bolduc et Alexandre Texier. Pour déstabiliser les Sabres, St-Louis aura encore une fois besoin d’une attaque diversifiée. Ivan Demidov, qui n’a obtenu qu’une passe contre le Lightning, devra aussi sortir de sa coquille.

Du côté des Sabres, Tage Thompson (7 points), Alex Tuch (7) et Peyton Krebs (6) ont mené le bal offensivement contre les Bruins de Boston en première ronde. À 6 pi 6 po et 220 lb ainsi qu’à 6 pi 4 po et 219 lb, Thompson et Tuch rentrent dans la catégorie des gros bonhommes difficiles à ralentir.

Les Sabres misent également sur une belle profondeur à l’attaque avec trois autres marqueurs de 20 buts et plus au sein des deuxième et troisième trios en Josh Doan (25 buts), Jason Zucker (24) et Jack Quinn (20). Sans ses éternelles blessures, Josh Norris (13 buts en 44 matchs) aurait aussi atteint le plateau des 20 filets.

Pour générer de l’énergie, les Sabres comptent sur une peste de qualité en Zach Benson, un deuxième centre dynamique en Ryan McLeod et un ailier de quatrième trio qui sort ses grosses épaules en Beck Malenstyn.

Avantage : Égalité (le CH a du talent à l’état pur avec Caufield, Suzuki, Slafkovsky et Demidov, mais les Sabres ont une grande répartition des forces)

DÉFENSIVE

Rasmus Dahlin, Mattias Samuelsson, Owen Power et Bowen Byram. Les Sabres ont l’un des meilleurs « top-4 » de la LNH à la ligne bleue. Ils sont rapides et talentueux, mais aussi imposants physiquement. Des quatre gros noms, Byram est le plus frêle à 6 pi 1 po et 205 lb. Power (6 pi 6 po), Samuelsson (6 pi 5 po) et Dahlin (6 pi 3 po) couvriront beaucoup d’espace sur la glace.

Malade pour le sixième match contre les Bruins, Logan Stanley sera de retour à son poste face au Tricolore. L’ancien des Jets de Winnipeg a aussi une charpente pour faire mal dans un coin de patinoire ou devant le filet du haut de ses 6 pi 7 po et 231 lb.

Le CH n’a pas à rougir avec sa défensive. Avec le retour en santé de Noah Dobson depuis le match no 7 contre le Lightning de Tampa Bay, les Canadiens ont aussi un très bon quatuor ou même un très bon quintette avec Mike Matheson, Lane Hutson, Dobson, Kaiden Guhle et Alexandre Carrier.

Jayden Struble et Arber Xhekaj, qui ont offert du hockey plus que respectable dans un rôle limité contre Tampa, complètent la brigade de défenseurs. Avant le premier match de cette série, Lindy Ruff a rappelé que Montréal mise sur un défenseur unique et imprévisible. Il ne l’a pas identifié, mais Ruff faisait référence à Hutson.

Avantage : Sabres, mais très léger

GARDIENS

Jakub Dobes contre Alex Lyon. Si personne n’avait osé prédire un deuxième tour entre le CH et les Sabres avant le début de cette saison, le pari d’un duel au deuxième tour entre Dobes et Lyon restait encore plus improbable.

Dobes, 24 ans, a connu un premier tour sensationnel face au Lightning. Il a joué avec encore plus d’aplomb qu’Andreï Vasilevskiy. Le Tchèque aura maintenant la pression de garder un aussi bon rythme contre les Sabres.

MTL@TBL: Dobes et les Canadiens s'accrochent en fin de match

Du côté de Buffalo, Lyon a pris le flambeau comme partant à partir du troisième match, remplaçant l’homme payant au Scrabble, Ukko-Pekka Luukkonen.

Lyon, un vétéran de 33 ans, a montré de très bons chiffres avec une moyenne de 1,14 et un taux d’efficacité de ,955. Mais l’attaque des Bruins n’est pas aussi dangereuse que celle du CH.

Avantage : Canadiens

LE JOKER

Contre une équipe qui se retrouve dans le premier tiers de la LNH pour la moyenne de taille et de poids, l’apport de Josh Anderson sera essentiel pour le Tricolore. Si l’attaquant de puissance réussit à s’imposer comme il l’a fait contre le Lightning, il pourra aider les siens à tenir tête aux gros bonshommes des Sabres.

En plus d’amasser deux buts et une aide, Anderson a distribué pas moins de 33 mises en échec en sept matchs – un sommet au sein de la formation montréalaise.

De son côté, la troupe de Lindy Ruff pourrait éventuellement compter sur le retour au jeu de Sam Carrick, un des attaquants qu’elle a acquis à la date limite des transactions en vue des séries. Le centre avait amorcé son séjour à Buffalo de brillante façon en inscrivant cinq buts à ses 13 premiers matchs.

Le vétéran de 34 ans s’est blessé dans une bagarre, il y a plus d’un mois, mais il a participé à l’entraînement de l’équipe mardi. Sa présence serait un gros plus au cercle des mises au jeu, puisqu’il a affiché un taux de réussite de 57,3 pour cent avec eux, cette saison.

LES IMPONDÉRABLES

À voir la façon dont Brandon Hagel est parvenu à déranger les Canadiens au premier tour – forçant même Juraj Slafkovsky à jeter les gants – la présence de Zach Benson dans la formation des Sabres pourrait vite devenir un problème, comme ç’a été le cas pour les Bruins au premier tour.

La petite peste vit pour « emmerder les gens ». C’est lui qui le dit, pas nous. Les joueurs du Tricolore devront rester disciplinés et éviter de tomber dans le piège qu’il représentera.

Il sera aussi intéressant de voir à quoi ressembleront les gradins du KeyBank Center de Buffalo dès les premiers matchs de la série. La ville vibre au rythme des Sabres, mais les partisans des Canadiens sont souvent nombreux à faire le voyage, compte tenu de la proximité de la frontière canadienne.

Si le dernier match entre les deux équipes à Buffalo est une indication, le rouge pourrait bien être prédominant. Ça pourrait atténuer le fameux avantage de la glace.

LEUR ÉTAT D’ESPRIT

Les Canadiens viennent d’éliminer l’équipe expérimentée du Lightning dans une éreintante série de sept matchs. Leur dernière victoire est toutefois venue au terme de leur pire match du tournoi printanier, alors qu’ils n’ont décoché que neuf tirs sur le filet adverse. Ils devront vite tourner la page, s’ils ont encore de l’énergie dans le réservoir.

Les Sabres ont quant à eux eu le dessus sur les Bruins, un adversaire un peu moins coriace et menaçant que le Lightning. Les joueurs ont toutes les raisons au monde de bien se sentir, même s’ils entrent, pour la plupart, en territoire inconnu au deuxième tour – à l’instar du noyau du Tricolore.