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Juraj Slafkovsky, qui a été le premier choix au total du Repêchage de la LNH 2022 par les Canadiens de Montréal, a accepté de partager mensuellement avec LNH.com les dessous de sa vie de hockeyeur professionnel. Pour une quatrième année déjà, il discute de sa saison sur la glace, mais aussi de ses expériences à l'extérieur de la patinoire.

Bonjour à vous tous,

Je vous parle en direct du vestiaire tout juste après une autre victoire importante, une troisième d’affilée. En plein cœur de la lutte pour les séries, nous venons de battre les Blue Jackets de Columbus 2 à 1. 

Nous n’avons pas joué des matchs parfaits, mais nous trouvons des façons de gagner. C’est gros pour la confiance du groupe et pour notre position au classement. 

Contre les Hurricanes et les Blue Jackets, nous n’avons pas assez contrôlé la rondelle. Nous avons passé trop de temps dans notre propre territoire et nous avons donné trop de tirs. Mais Doby (Jakub Dobes) a réparé nos gaffes. Il joue du très bon hockey et il sort les arrêts clés dans les moments importants. Quand tu sais que ton gardien sera là pour toi, tu joues avec encore plus de confiance.

Vendredi, nous partons pour Nashville. Nous jouerons nos cinq prochains matchs sur la route. Il reste seulement onze matchs à la saison. Nous occupons une bonne position au classement. Nous désirons consolider notre place pour les séries. C’est notre unique objectif. 

Mais il y a aussi des objectifs individuels qui peuvent se transformer en objectifs collectifs. Je pense à mes deux coéquipiers, Cole Caufield et Nick Suzuki. 

Avec 44 buts, Cole peut rêver à une saison de 50 buts. Avec 86 points, Nick peut rêver à une saison de 100 points. Je l’ai déjà dit aux journalistes, je ferai tout pour les aider à atteindre les plateaux magiques de 50 buts et de 100 points. J’ai une philosophie assez simple. Si nous les transportons vers ces chiffres spéciaux, nous gagnerons plus de matchs. 

Toutefois, je ne crois pas qu’il y ait un danger si nous pensons trop à ça. Je continuerai à jouer de la même façon avec Nick et Cole. Je ne chercherai pas à tout prix à repérer Cole sur la glace. Si la meilleure option est un tir, je choisirai le tir. Et Cole aura la même mentalité. Si la passe est la meilleure option, il optera pour une passe à l’un de ses coéquipiers. 

Je travaillerai toutefois fort pour récupérer des rondelles et générer des chances de marquer. De cette façon, Cole aura plus d’occasions. Et Nick augmentera aussi ses chances d’amasser des points. J’ai espoir qu’ils atteindront 50 buts et 100 points. 

Une saison de 50 buts reste rare, tout comme une saison de 100 points. On m’a raconté qu’il n’y a pas eu un marqueur de 50 buts chez les Canadiens depuis très longtemps (Stéphane Richer en 1990-1991). Et ça fait encore plus longtemps pour un gars de 100 points (Mats Naslund en 1985-1986). 

Je joue à Montréal depuis quatre ans maintenant. Je n’ai pas la perspective pour expliquer cette longue sécheresse au sein de l’équipe, mais je sais qu’il y a maintenant assez de talents pour y parvenir. Nous comptons aussi sur un groupe tissé serré. Nous nous aidons, nous nous soutenons et nous nous aimons. J’ai la conviction que nous formons une équipe spéciale. 

Sur une note personnelle, j’ai marqué contre les Hurricanes mon 28e but de la saison. J’étais devant le filet de Frederik Andersen et j’ai touché à un tir que Cole venait de rediriger. Il avait réussi une déviation parfaite d’une frappe de Noah Dobson. J’ai aperçu Cole du coin de l’œil célébrer.

Je savais que j’avais frôlé la rondelle avec mon bâton ou mon corps. Je n’osais pas lever les bras, je me sentais mal pour lui. Je voulais le voir obtenir son 45e but. Il reste encore plusieurs matchs. Les autres buts viendront pour Cole.

CAR@MTL: Slafkovsky redirige le tir de Dobson pour faire 3-2

Pour ma part, je cogne à la porte d’une première saison de 30 buts. J’aimerais y arriver. Je suis proche. J’ai besoin de deux autres buts. De la façon que nous jouons, je crois que j'atteindrai cet objectif. 

Comme j'ai écrit dans des chroniques précédentes, j’ai gagné en confiance cette saison en jouant plusieurs matchs à l’aile gauche du deuxième trio avec Kapy (Oliver Kapanen) et Demi (Ivan Demidov). Depuis mon retour avec Nick et Cole au sein du premier trio, je contrôle plus la rondelle et je peux dicter plus le jeu. 

Un retour sur Milan

Je n’avais pas encore obtenu la chance de vous parler depuis mon retour des Jeux olympiques de Milano Cortina. J’ai vraiment aimé mon expérience à Milan. 

Après le match pour la médaille de bronze, j’avais toutefois le cœur en miettes. Je voulais tellement ramener une médaille pour mon pays, la Slovaquie. Nous étions proches. Mais nous avons perdu 6-1 contre la Finlande. Au tout premier match à Milan, nous avions battu les Finlandais 4-1. Ils ont pris leur revanche dans la rencontre pour le bronze.

À ma sortie de la glace après notre dernier match, j’avais dit qu’une quatrième position c’était comme finir dernier. Je n’ai pas changé mon opinion. Oui, c’est mieux que terminer 12e, mais c’est un sentiment cruel. Tu n’as pas de médaille. Tu ne grimpes pas sur le podium. Après deux périodes, nous perdions par un seul but. Cette défaite a fait mal. 

Je voulais aider mon pays lors des JO. J’ai tout laissé sur la patinoire. Je ressentais tellement une grande fierté à l’idée de défendre les couleurs de la Slovaquie. J’ai connu un bon tournoi (quatre buts, quatre passes pour huit points en six matchs). J’étais content de jouer un rôle important. 

Je vivais une deuxième expérience olympique. En 2022 à Pékin, nous avions gagné le bronze dans un contexte complètement différent, sans les joueurs de la LNH et sans spectateurs dans les gradins. À Milan, c’était génial. C’était les meilleurs contre les meilleurs et il y avait une très bonne ambiance. Les partisans slovaques étaient parmi les plus déchaînés. Ils dansaient, ils chantaient et ils n’arrêtaient pas de nous encourager. Mes parents et mes amis ont eu l’occasion de venir nous voir jouer.

Propos recueillis par Jean-François Chaumont, journaliste principal LNH.com