POMINVILLE BADGE LEPAGE

BUFFALO – Il y a 20 ans, presque jour pour jour, Buffalo devenait « Pominville ».

En tout cas, c’est ce que disait une pancarte « Bienvenue à Pominville », au bord de la route 33, au lendemain du but le plus marquant de la carrière de Jason Pominville avec les Sabres. L’attaquant québécois avait propulsé les siens dans le carré d’as en mettant un terme à leur série de deuxième tour face aux Sénateurs d’Ottawa.

Au cinquième match, il avait remonté la patinoire d’un bout à l’autre pour ensuite contourner le gardien Ray Emery et enfiler l’aiguille. Tout ça, en désavantage numérique, en prolongation, à l’étranger.

« C’était ma première année dans la LNH », s’est souvenu le héros de cette soirée, jeudi matin, dans les gradins du KeyBank Center. « On avait une très bonne équipe qui a atteint son plein potentiel au bon moment. C’était quand même inattendu. Les gens ne pensaient pas qu’on allait se rendre aussi loin.

« L’ambiance dans la ville, c’était capoté. C’était complètement fou. »

Le parcours de la surprenante équipe s’était conclu en finale de l’Est contre les Hurricanes de la Caroline, qui avaient éventuellement remporté la Coupe Stanley.

Le natif de Repentigny a pu renouer avec cette énergie folle quelques minutes avant le cinquième match de la série entre les Sabres et les Canadiens, jeudi. Il a été invité par l’organisation à cogner sur le tambour à l’effigie de l’équipe pour animer la foule. Et l’accueil des partisans a été électrique.

Ils n’ont assurément pas oublié leur ancien capitaine, qui a disputé ses neuf premières saisons dans l’uniforme des Sabres, et qui est revenu pour deux ans afin d’y clore sa carrière de 15 saisons.

Lindy Ruff, non plus, ne l’a pas oublié. Il l’a dirigé pendant son premier séjour à Buffalo.

« Son but contre Ottawa me revient instantanément à l’esprit, a raconté le vétéran entraîneur. L’autre chose dont je me souviens, c’est qu’on l’a placé au ballottage et qu’aucune équipe ne l’a réclamé! Quand il est revenu avec nous, il a pris son envol et il est devenu tout un joueur.

« Notre dépisteur (Mike Racicot) m’avait dit dans son anglais du dimanche que Jason avait des mains de chirurgien. Et il avait raison: son tir était létal. Des joueurs comme lui font de moi un meilleur coach. »

Ruff, Pominville et les Sabres ont de nouveau atteint la finale de l’Est en 2007, s’inclinant contre ces mêmes Sénateurs. Ils se sont ensuite fait montrer la porte de sortie deux fois au premier tour, en 2010 et en 2011. À partir de ce moment, l’équipe a dû patienter jusqu’à cette année pour offrir du hockey de séries à ses partisans.

Le temps passe

La plus belle image pour illustrer cette longue attente se profilait sous nos yeux au moment de l’entrevue: le fils de Pominville, Jayden, était assis aux côtés de son père, captivé par l’entraînement matinal. Il n’avait que 18 mois lors du dernier passage des Sabres en séries.

Il est maintenant âgé de 16 ans, et vient de compléter sa première saison dans la LHJMQ, avec les Huskies de Rouyn-Noranda – il évolue lui aussi à l’attaque.

« Ça va vite, a rigolé l’homme de 43 ans. Il ne se souvient évidemment pas de ces moments – il se souvient du deuxième passage. Buffalo est un bon marché de hockey, et ça me surprend que ça ait été aussi long, surtout que l’équipe a eu de bons choix au repêchage et beaucoup de talent. Ils ont aussi perdu plusieurs joueurs qui ont connu du succès ailleurs.

« Même cette année, ce n’est pas parti comme ils voulaient. Mais ils ont réussi à replacer les choses. Ils ont été le fun à suivre à partir de décembre. »

Ce qui est moins surprenant pour Pominville, c’est que ce soit Lindy Ruff qui ait réussi le tour de force de ramener cette équipe en séries. C’est aussi lui qui l’avait fait la dernière fois, en 2011.

« C’est ça qui est le plus fou, a souligné l’ancien numéro 29. Je l’ai texté quand il est revenu à la barre de l’équipe. Je savais qu’il allait être le bon gars pour la job. Tu vois que les gars sont à la tâche et qu’ils réussissent à faire de belles choses. C’est incroyable comment Lindy a réussi à s’adapter au fil des années.

« Il est comme le maire de la ville! »