Martin-Biron

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition met en vedette l'ancien gardien de la LNH et analyste des matchs des Sabres de Buffalo Martin Biron.

Martin Biron a peut-être dû attendre de faire ses débuts dans la LNH pour rencontrer Rick Jeanneret pour la première fois, mais l'ancien gardien était déjà un amateur du style de description flamboyant du commentateur.

« Mes plus vieux souvenirs de 'RJ', c'est probablement quand je me levais tôt le matin pour regarder les nouvelles à RDS. On y montrait un but de Pat LaFontaine, et tu entendais RJ crier 'La, La, La, LaFontaine! C'était tellement spécial », a raconté Biron.

« Pendant 51 ans, il aura été la bande sonore qui aura permis aux amateurs de hockey de tomber en amour avec lui. »

Jeanneret, qui a décrit les matchs des Sabres de 1971 à 2022, est décédé à l'âge de 81 ans le 17 août dernier.

Biron a fait partie de l'organisation des Sabres de 1995 à 2007, et il a profité de ce passage à Buffalo pour se lier d'amitié avec Jeanneret, une amitié qui n'a fait que s'approfondir lorsque les deux ont été réunis pour la description des matchs des Sabres en 2017.

« RJ était juste, honnête et il ne critiquait pas les gens pour le plaisir de critiquer, a dit Biron. Il était un peu derrière l'équipe locale (homer), mais de la bonne façon. Il ne voulait pas embarrasser personne. »

Le LNH.com s'est entretenu avec Biron, dimanche, alors qu'il prenait part à la cérémonie rendant hommage à Jeanneret au KeyBank Center.

Peux-tu expliquer pourquoi Jeanneret était si aimé à Buffalo?

« Quand tu fais quelque chose pendant 51 ans et pour de nombreuses générations, c'est spécial. Il avait un talent pour bien imager l'action afin que les gens comprennent ce qui se déroulait. Rappelez-vous quand Gilbert Perreault fonçait au centre de la glace, à quel point c'était beau à voir, tel un artiste. Eh bien, RJ rendait magnifiquement la chose tout en faisant résonner sa passion et son amour pour Gilbert et pour d'autres joueurs. La bande sonore de ce jeu, c'était RJ. »

Tu as mentionné que les joueurs appréciaient que Rick était juste dans ses descriptions. Peux-tu expliquer comment il l'était?

« Par exemple, quand l'équipe était emprisonnée dans son territoire, il allait dire quelque chose comme 'L'équipe n'arrive toujours pas à sortir la rondelle de la zone.' Il ne (visait pas un joueur) en lui disant : 'sors la rondelle de la zone, qu'est-ce que tu fais le jeune?!'. Il disait la vérité, mais sans tomber dans la critique gratuite.

« Je reviens souvent à la fois où je me suis battu avec (le gardien) Ray Emery (22 février 2007), et si on écoute la description des Sabres, le combat est pas mal égal. Mais du côté de la description d'Ottawa, je mange une volée! Il savait comment protéger les joueurs. C'est pourquoi je dis qu'il était un peu derrière l'équipe locale, mais de la bonne façon. »

Comment était-ce de travailler avec lui depuis que tu es à la retraite?

« J'ai pu entendre tellement d'histoires d'entraîneurs, de joueurs et de commentateurs juste parce que j'étais à ses côtés et que tout le monde voulait venir parler à RJ. J'ai pu mieux comprendre l'étendue de ses connaissances et son impact en le côtoyant. Ça m'a aussi permis de le connaître encore mieux d'un point de vue personnel, parce qu'il parlait toujours de sa famille, de ses petits-enfants et tout le reste. J'ai beaucoup aimé. Et il était toujours préparé pour chaque match. Il avait toujours une grosse fiche avec le nom et les numéros des joueurs, mais pas de statistiques ou rien. Il connaissait déjà ces informations. Son cerveau était son ordinateur.

« Il a pris sa retraite en 2022. Donc l'an dernier, il m'a envoyé un message texte alors qu'il regardait le match à la télévision, et il m'a dit : 'Tu t'en viens bon. Mais tu as l'air tellement vieux!' C'était ça RJ. »

Les Sabres ont raté les séries éliminatoires par un point la saison dernière, et ils n'ont pas joué du hockey de printemps depuis la saison 2010-11. Est-ce que la léthargie prendra fin cette année?

« Je crois que c'est une équipe de séries. Leur attaque est électrique. Mais je pense que l'absence de Jack Quinn lors des trois premiers mois de la saison (blessure au tendon d'Achille) fera mal parce que j'étais d'avis qu'il allait être un joueur qui allait connaître une forte progression. Mais le reste de l'attaque est rapide, avec de gros gars et des joueurs de talent. L'attaque qui proviendra de la ligne bleue sera significative grâce à Rasmus Dahlin. Je pense que la progression de l'équipe se poursuivra cette année.

« Mais s'il y a un aspect du jeu qui devra être meilleur, c'est la défensive. Tu ne peux pas accorder des chances à forces égales comme les Sabres l'ont fait [la saison dernière]. Ils ont plus de talent que la plupart des équipes de la LNH. Donc, si tu limites les chances que tu accordes, c'est certain que tu vas marquer des buts. C'est ce qu'ils ont fait en fin de saison dernière, et ils ont ainsi remporté des parties d'une nouvelle façon. C'est ce qui doit se produire à nouveau cette saison. »

En tant qu'ancien gardien, quelle est ton analyse de la recrue Devon Levi?

« De ce que j'ai vu quand il est arrivé la saison dernière (5-2-0, moyenne de buts alloués de 2,94; pourcentage d'arrêts de ,905), il a beaucoup de talent et il est incroyablement athlétique, incroyablement rapide sur ses jambes, et je dirais qu'il est prêt parce qu'il a déjà une bonne maturité (21 ans). Il va y avoir des ajustements à faire dans son jeu. Je crois que plus tu joues à un haut niveau, plus tu dois être en contrôle. C'est ce qui différencie les [Andrei] Vasilevskiy, [Igor] Shesterkin, [Juuse] Saros et [Connor] Hellebuyck, parce qu'ils semblent toujours en contrôle même s'ils ont des styles différents. Levi manquait parfois de contrôle l'année dernière.

« Les Sabres comptent sur trois gardiens (avec Ukko-Pekka Luukkonen et Eric Comrie) qui n'ont pas beaucoup d'expérience dans la LNH. Donc, bien que je dise que les Sabres sont une équipe de séries, c'est aussi juste de dire que le point d'interrogation est devant le filet. Est-ce que ces gardiens ont un bon potentiel? Absolument. Mais est-ce que nous sommes dans l'inconnu en ce moment? Absolument. »

Tu as vécu à Buffalo pendant plusieurs années, et tu connais les partisans ici. Qu'est-ce que ça représenterait pour eux de voir leur équipe en séries cette saison?

« Nous avons vécu ça ici avec les Bills, eux qui ont eu une très longue léthargie. Mais lorsqu'ils se sont qualifiés pour les séries, il y avait des milliers et des milliers de partisans qui les attendaient à l'aéroport à 2 h du matin. Buffalo, c'est une ville de sport, une ville passionnée qui va t'appuyer, même quand les Sabres ne performent pas. Ils sont en attente et ils ont hâte que ça débloque. C'est une ville de hockey. Ils ont vraiment hâte. »