John-Tortorella

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition spéciale de la saison morte met en vedette le nouvel entraîneur des Flyers de Philadelphie John Tortorella, qui a été embauché le 17 juin.
L'énergie que dégage John Tortorella est palpable.

Tortorella a démissionné de son poste d'entraîneur des Blue Jackets de Columbus après six saisons, et a travaillé comme analyste de la LNH sur les ondes d'ESPN la saison dernière. Il est toutefois de retour là où il a le sentiment qu'il doit être : derrière le banc d'une équipe de la LNH à se préparer pour le début d'une nouvelle saison.
« C'est encore plus excitant pour moi parce que je n'ai pas mis les pieds dans un vestiaire depuis plus d'un an, a-t-il confié. C'est là que j'ai grandi. C'est ce que je connais. J'ai fait venir ma famille ici. Après Columbus, je ne savais en quoi la suite allait consister. Est-ce que j'en avais eu assez? Mais à peine un mois après le début de la dernière saison, je savais que je m'ennuyais terriblement de plusieurs choses : ne pas être au camp, dans les réunions, ne pas avoir de conflits avec les joueurs, ou de bons moments avec les joueurs, ne pas entendre la musique après une victoire. Ça me manquait. »
TÊTE-À-TÊTE AVECJohnny Gaudreau | Peter DeBoer
En 20 saisons comme entraîneur, Tortorella a compilé une fiche de 673-541-132 avec 37 verdicts nuls avec le Lightning de Tampa Bay, les Rangers de New York, les Canucks de Vancouver et les Blue Jackets. Il a remporté la Coupe Stanley avec le Lightning en 2004 et a reçu le trophée Jack Adams à titre d'entraîneur de l'année en 2004 et 2017.
Et à 64 ans, il possède encore autant d'énergie que jamais. Le camp d'entraînement, qui va se mettre en branle le 21 septembre, a été planifié depuis la première semaine qui a suivi son embauche.
« J'ai gardé les plans de mes anciens camps à Columbus et je me suis assis dans mon bureau lorsque j'ai décroché le poste et je voulais tout organiser dès le départ, a-t-il raconté. En ce moment, nous sommes à peaufiner les détails.
« Je demande à mes joueurs d'être prêts, alors je dois être prêt moi aussi. »
LNH.com s'est entretenu avec Tortorella de différents sujets, dont le changement de mentalité et de standards qui va s'opérer avec son arrivée, de la source de sa motivation, de sa relation avec le défenseur Tony DeAngelo et bien plus encore.

Est-ce que tu crois que les joueurs comprennent quelles seront tes attentes, et ce dès le camp d'entraînement?

« Non, je ne crois pas. Ce n'est assurément pas une critique envers eux. Ils ne le savent pas parce qu'ils ne l'ont pas vécu. Ils n'ont pas vécu de camp avec moi. Ils n'ont pas été soumis aux tests mentaux et physiques auxquels nous allons les soumettre au camp. Nous n'allons pas avoir rencontré d'adversité lorsque la saison va commencer. … Je n'aime pas utiliser le mot culture. Afin de bâtir la bonne manière de jouer, avec les bons standards, il faut vivre certaines expériences et s'en servir pour enseigner aux joueurs. Leur dire, à l'aide de vidéos et de conversations, ce qui est bon et ce qui n'est pas suffisant. Ça peut être fait de plusieurs manières, et les entraîneurs corrigent des choses de manière spontanée lorsque des choses se passent, que ce soit bon ou mauvais. C'est comme ça qu'on établit un standard. Toi, moi et les joueurs pourrions nous rassembler ici et discuter tout l'été de ce que nos standards devraient être. Ça ne voudrait rien dire jusqu'à ce que nous vivions certaines choses ensemble et que nous puissions voir comment nous avons réagi à ces situations. »

Cam Atkinson a joué sous tes ordres pendant six saisons avec les Blue Jackets. Est-ce qu'il va pouvoir aider les autres joueurs à comprendre à quoi ils doivent s'attendre?

« Cam, dès le départ, pourrait leur expliquer ce que ça signifie pour moi être prêt pour le camp. Je ne veux pas qu'ils échouent. Je ne veux pas être frustré par leur condition physique. Je tente de leur donner le plus d'information possible. Le troisième jour qui a suivi mon embauche, une lettre a été envoyée aux joueurs, dans laquelle je leur expliquais à quoi s'attendre. Je veux leur donner toutes les chances de connaître du succès et de satisfaire mes attentes au camp. Cam est déjà passé par-là, il pourra leur expliquer. Et ce qui est bien avec Cam, c'est que ça ne s'est pas toujours bien passé entre nous deux au camp, pendant la saison, ou quand il était question de standards à respecter. Nous avons eu des moments houleux. Il peut aussi de ce côté, en expliquant comment j'enseigne les choses, comment nous allons fonctionner. Je crois qu'il sera quelqu'un de très important pour moi, et ça devrait permettre aux joueurs de comprendre plus rapidement. »

CHI@PHI: Atkinson réussit un doublé

La majorité de la formation de la dernière saison sera de retour. Est-ce que ça rend l'établissement de ces nouveaux standards plus difficile?

« Je n'ai pas à les convaincre. Je vais simplement leur dire ce que nous recherchons. Nous allons pousser pour atteindre ce niveau, et si certains joueurs ne sont pas prêts à s'y rendre, ou si certains d'entre eux sont trop obstinés pour le faire, nous allons rechercher d'autres personnes. Nous allons donner une chance aux jeunes si ce sont les vétérans qui ne mettent pas l'épaule à la roue. Je m'amène dans cette équipe, mais je crois que ça devrait représenter une très, très bonne nouvelle pour les joueurs de savoir que je repars entièrement à neuf. Je ne vais pas m'attarder à leur salaire, à leur rang de repêchage, ou à leur ancienneté. La seule chose que je vais regarder, c'est la manière dont ils vont jouer, et je vais leur donner toutes les chances de me montrer ce qu'ils peuvent faire. Ce sont eux qui vont prendre les décisions pour moi. Si je dois convaincre un joueur d'en faire plus, alors nous n'avons pas besoin de ce joueur avec nous. »

Le défenseur Tony DeAngelo représente la plus grosse acquisition des Flyers. Est-ce que vous vous attendez à ce qu'il améliore grandement le jeu de puissance?

« Absolument. Mais il va aussi nous donner du jus partout sur la glace. Il y a eu beaucoup de discussions à propos de la manière dont il s'est comporté dans le passé. Je suis certain qu'il sait qu'il a commis des erreurs. Nous avons tous déjà commis des erreurs publiques, que ce soit avec notre bouche ou nos actions dans la vie. Mais la chose que j'aime de Tony, c'est que, oui, je vais possiblement devoir le calmer à certains moments, mais je préfère de loin un joueur qui possède cette intensité et qui démontre ce niveau de compétitivité. Il va peut-être faire des choses stupides et dire des choses qui le seront autant, mais nous allons trouver un moyen de régler ça ensemble. Il va peut-être falloir le calmer ici et là, mais je pense que c'est ce dont cette équipe a besoin. Cette équipe a besoin d'un peu de personnalité et des aspects qui viennent avec cela. Il va être un élément clé de notre jeu de puissance en raison de la façon dont il contrôle la rondelle et la façon dont il traverse la patinoire. Sa manière de jouer représente un morceau très important du casse-tête ici. »

Ryan Ellis devrait rater le début de la saison. Peux-tu te fier sur DeAngelo comme défenseur de première paire à cinq contre cinq?

Oui. Je pense qu'il va tenter de comprendre nos couvertures. Les choses qui ont été dites cet été m'ont mis en colère, et je ne pense pas qu'elles étaient totalement dirigées vers Tony. Je suis heureux de son acquisition, parce que je pense aussi qu'il peut être un meilleur joueur. Et je pense qu'il est dans l'état d'esprit approprié pour s'améliorer lorsqu'il n'a pas la rondelle, l'aspect défensif, parce qu'il sait que s'il fait bien, il aura la rondelle plus souvent. Une de nos tâches sera de bien lui expliquer ce que nous désirons et lui enseigner cette facette du jeu. Je sais qu'il y aura des moments frustrants parce que je sais à quel point il est compétitif. J'ai l'intention d'être très honnête avec lui, comme c'est le cas avec tous les autres joueurs. J'ai hâte. Je pense que c'est très sain. Si tu es honnête l'un envers l'autre et que tu réussis à passer à travers les conflits ici et là, une fois que tu seras arrivé à l'objectif, ça aura été vraiment productif pour l'équipe de vivre ça. J'ai donc hâte de le diriger. »

Il semble y avoir un consensus que les Flyers vont avoir de la difficulté à se qualifier pour les séries éliminatoires cette saison. Êtes-vous motivés par l'objectif de faire mentir les sceptiques?

« J'ai entendu ce que certains ont dit. Il fallait s'y attendre. Quand tu es une équipe qui a amassé 61 points, tu dois comprendre que tu vas avoir droit à ce genre de commentaires. Mais lorsque j'entends ça, et je sais que je vais l'entendre encore et encore et encore plusieurs fois d'ici au début de la saison, je sais l'effet que ç'a sur moi; ça me motive. Encore plus important, ce sont les joueurs. Si tu ne cesses d'entendre ça, lorsque tu enfiles le chandail de l'organisation, il faut que ça donne de la motivation supplémentaire, sinon tu ne seras pas dans l'autobus. Parce que ça va se voir éventuellement lors du camp.
« J'ai regardé la série de Michael Jordan (The Last Dance). Si tu veux être à ton plein potentiel comme entraîneur, comme dirigeant, comme joueur, tu dois t'en inspirer. Je suis toujours à la recherche de choses à haïr. Michael Jordan le faisait aussi pour atteindre le niveau supérieur. J'ai bien aimé regarder cette série, et je pense que c'est important si tu veux atteindre ton potentiel. Tu peux toujours être bon, mais si tu vises l'excellence, tu dois trouver de la motivation supplémentaire, et c'est le défi qui est devant nous. Tout le monde pense que nous sommes médiocres. »