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MILAN – « C’était le fun. C’était le fun d’être nerveux, ça veut dire que ça te tient à cœur. » Si Devon Toews a géré le stress de la bonne façon, il a aussi contribué à libérer un pays tout entier.

Dans la mixte zone du Santagiulia Arena, quelques minutes seulement après un gain dramatique de 4-3 en prolongation du Canada contre la Tchéquie en quarts de finale, Toews pouvait maintenant en rire. Accoté sur son bâton, le défenseur avait eu le temps de voir la poussière retomber.

Toews a réalisé l’un des jeux déterminants de ce match qui a fait augmenter les pulsations cardiaques d’un Atlantique à l’autre comme avait déjà dit le regretté Claude Ruel. C’est lui qui a décoché le tir de la pointe sur le but égalisateur avec 3:27 à jouer en troisième période.

Nick Suzuki a redirigé à la perfection sa frappe des poignets pour déjouer le gardien Lukas Dostal.

« Tu essaies de sortir le gardien de son angle, surtout quand l’écran bouge, a expliqué le numéro 7. J’essayais de placer la rondelle à un endroit où il allait pouvoir placer la lame de son bâton. J’ai visé du bon côté pour un droitier. Il a réussi à la faire dévier entre ses jambes. C’était un très beau jeu de sa part. »

« C’est facile de le faire à l’entraînement, a-t-il continué. Mais dans un match, en mouvement, c’est un jeu assez spécial. »

Bien avant sa redirection, Suzuki a fait une multitude de bons jeux. Il a transporté la rondelle de son territoire jusqu’en zone adverse, optant pour un placement derrière le filet. Le capitaine des Canadiens de Montréal a aussi récupéré son propre dégagement en y allant d’un coup d’épaule contre le défenseur Filip Hronek. Seth Jarvis a ensuite récupéré la rondelle pour la retourner à la pointe en direction de Toews.

Sur cette séquence, Suzuki a probablement entendu une petite voix dans ses oreilles.

« C’est quelque chose dont Martin (St-Louis) parle souvent, a-t-il expliqué. Si tu es seul et que les autres changent, essaie de rentrer la rondelle et de partir seul en échec avant. J’ai essayé de faire ça.

« Quand j’ai vu la rondelle rentrer dans le filet, j’ai ressenti énormément de joie. Je voulais faire quelque chose pour aider l’équipe. C’était un gros but. Devon a décoché un tir pas trop puissant, c’était un excellent tir de mon côté fort que je pouvais ramener. »

À 3-3, les représentants de l’unifolié n’avaient pas encore gagné. Loin de là. Mais la machine canadienne pouvait recommencer à y croire. Jordan Binnington a fermé la porte sur une échappée de Martin Necas en fin de troisième période en plus de sortir un autre arrêt clé sur un tir du défenseur Radim Simek en prolongation.

Dans cette prolongation à trois contre trois prévue pour dix minutes, Mitch Marner a sorti un lapin de son chapeau dès la 82e seconde. L’ailier des Golden Knights a capté une passe en retrait de Macklin Celebrini pour ensuite se faufiler entre les trois joueurs tchèques (Simek, David Kampf et Ondrej Kase) et loger la rondelle dans le haut du filet avec un tir du revers parfait.

« C’était vraiment spécial, a reconnu Marner. C’est génial de pouvoir contribuer et faire la différence quand il le faut. Je suis simplement heureux d’avoir contribué. »

« Il n’y a pas beaucoup de joueurs dans le monde pour sortir un tel jeu, a renchéri l’ailier Mark Stone. C’est pour cette raison qu’il se retrouvait sur la patinoire en prolongation. »

Auteur d’une passe sur ce but décisif, Celebrini aura donc participé aux trois buts des siens contre la Tchéquie. Il a ouvert le pointage en première période en profitant d’une autre pièce de jeu d’anthologie de Connor McDavid. Le jeune phénomène de 19 ans a aussi récolté une passe sur le but de Nathan MacKinnon en supériorité numérique en deuxième période.

En quatre matchs à Milan, Celebrini a maintenant neuf points (cinq buts, quatre passes). Il a touché la cible à chacun de ses matchs. Encerclé par une dizaine de journalistes, il a offert son plus beau sourire pour revenir sur le but gagnant en prolongation.

« Une tonne de pression est tombée de nos épaules après ce jeu, a-t-il répliqué. Quand j’ai vu la rondelle rentrer dans le filet, ça signifiait que nous venions de gagner. C’était tellement un bon sentiment. »

EN PROLONGATION

Le chiffre du match : 7

Connor McDavid a encore dynamisé l’attaque des siens. Le capitaine des Oilers a mené le Canada avec sept tirs en direction de Lukas Dostal.

Le capitaine se blesse

Si l’équipe canadienne a évité une catastrophe, elle a quand même encaissé une lourde perte. Sidney Crosby s’est blessé à la jambe droite en deuxième période. Il a chuté d’une drôle de manière après un contact avec Radko Gudas. Le capitaine a réussi à se relever après le choc. Il a patiné quelques pieds pour se faire frapper une autre fois, se retrouvant en sandwich entre Gudas et Necas. Après une discussion avec le soigneur au banc des siens, Crosby a choisi de retraiter au vestiaire.

Six joueurs sur le but de Palat

Jon Cooper est un homme de sagesse. Questionné sur la présence de six joueurs sur la glace pour le troisième but de la Tchéquie, celui d’Ondrej Palat, Cooper n’a pas répondu à la question. Il a souri avant de partir de la mêlée de presse. Mais son visage voulait tout dire.

Palat a battu Binnington d’un tir précis dans le haut du filet à la 52e seconde. L’ailier venait de saisir une passe de Necas. Avant ça, Tomas Hertl avait bloqué un tir de Thomas Harley pour ouvrir la porte à une relance. Mais durant tout ce temps, les Tchèques avaient six joueurs sur la surface de jeu. Ils ont même célébré leur but dans un coin de la patinoire avec six joueurs dans l’attroupement.

Un but ouvert

Suzuki a marqué le troisième but du Canada, mais il aurait pu l’obtenir plus tôt dans cette rencontre. En deuxième période, le numéro 10 a décoché un tir directement sur le poteau après une passe du revers de Marner. Incrédule après ce tir manqué, il est resté un genou sur la patinoire pour quelques secondes.

« Je n’y croyais pas, a expliqué Suzuki. La rondelle bondissait et j’ai essayé de tirer trop vite. Probablement que si j’arrête la rondelle et que je tire, je marque quand même. Ça s’est passé vite. J’étais content de me reprendre. »

Des rivaux plus coriaces

Les matchs se suivent, mais ne se ressemblent pas. Au premier match à Milan, le Canada avait facilement vaincu la Tchéquie 5-0. C’était une autre histoire en quarts de finale.

« Ils ont joué d’une façon différente, a noté Stone. Ils ont mieux distribué le talent au sein de leurs trios. Quand tu dois surveiller Pastrnak et Necas sur deux trios différents, ça devient plus difficile. Ils ont connu un bon match. Ils nous ont fait peur. »

Après 20 minutes, les Tchèques menaient 2-1. Depuis le début du tournoi, les Canadiens n’avaient pas joué une seule seconde avec un retard au pointage. Avec la présence des joueurs de la LNH aux Jeux olympiques, le Canada n’avait pas connu ce sentiment d’insécurité depuis 2010 lors d’un match contre les États-Unis au tour préliminaire. C’était la dernière fois où les Canadiens avaient tiré de l’arrière dans une rencontre.