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Notre chroniqueur Anthony Marcotte nous parle de l'actualité chez le Rocket de Laval, ainsi que dans l'ensemble de la Ligue américaine de hockey (LAH). Il permettra aux partisans de suivre assidûment ce qui se passe dans l'antichambre de la meilleure ligue de hockey au monde.
Il faut prendre le temps de laisser Francis Marotte raconter son histoire rocambolesque dans le monde du hockey pour se rendre compte de tous les obstacles qu'il a dû traverser au fil des années. Dix ans après son départ de la résidence familiale pour le Colorado à 15 ans, Marotte se retrouve dans l'uniforme des Gulls de San Diego de la Ligue américaine, à un échelon de la grande ligue.

L'histoire du gardien de but de 26 ans avait été bien racontée en 2016 par Martin Leclerc
sur le site web de Radio-Canada
. Retranché d'un camp Midget AAA à 15 ans et désirant suivre la voie des rangs universitaires américains, Marotte avait joint une école secondaire du Colorado. S'en est suivi un parcours totalement atypique où les blessures, les retranchements et les rôles de second violon l'ont forcé à changer d'adresse à plusieurs reprises dans le but d'obtenir le plus de départs possible. En dix ans, il aura porté l'uniforme de neuf formations différentes en plus de participer à un camp des Saguenéens de Chicoutimi dans la LHJMQ et de se retrouver brièvement au sein d'une formation junior américaine, les Pics de Springfield, dans la USPHL.
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Présentement, le natif de la Rive-Sud de Montréal obtient des minutes de qualité sous les ordres de Joël Bouchard à San Diego après avoir amorcé la saison au camp d'entraînement du Kraken de Seattle. Sans contrat de la LNH, il s'est retrouvé à Allen dans l'ECHL avant d'obtenir un contrat d'essai avec les Gulls. Il ne devait qu'être de passage au sein de l'équipe, mais une vague de cas de COVID-19 a décimé les rangs de la formation et Marotte est devenu le gardien de confiance pour une séquence de six matchs en dix jours. Les choses ont donc déboulé très rapidement en sa faveur.
« C'était difficile pour moi de savoir où je me situais dans le calibre de jeu de la Ligue avant d'avoir obtenu un premier départ, a expliqué Marotte. Finalement, les choses ont tourné rapidement quand les deux gardiens en haut (chez les Ducks d'Anaheim) ont contracté la COVID. Je me suis donc retrouvé tout seul et c'est mon entraîneur des gardiens (Jeff Glass) qui était mon adjoint! J'ai quand même trouvé ça très cool que mon coach soit en position de me donner des petits coups de bâton dans les jambières pour m'encourager! »
Après avoir subi la défaite à ses deux premiers départs dans la LAH, Marotte a rebondi en brillant pour trois victoires consécutives des Gulls dans la même semaine du 15 au 19 janvier. Il a été nommé parmi les trois étoiles du match en deux occasions, y compris lors de sa première victoire dans le circuit face aux Canucks d'Abbotsford.
Marotte sourit lorsque lorsqu'on lui fait part de toutes les étapes de son cheminement de nomade du hockey. Non seulement aura-t-il gagné son pari de jouer dans les rangs universitaires américains, il l'aura aussi fait en première division, d'abord à Robert Morris en banlieue de Pittsburgh, puis dans un des meilleurs programmes de hockey américains à Clarkson. Bachelier en finances, Marotte complétera dans les prochaines années par correspondance une maîtrise en entrepreneuriat tout en se donnant une chance de percer dans le hockey professionnel.
« J'étais quelqu'un de vraiment anxieux quand je suis parti de chez moi à 15 ans, raconte-t-il. Il n'y a pas grand-chose qui peut mettre un adolescent au défi plus que ça. On dirait que ç'a eu l'effet d'une boule de neige qui descend en bas d'une montagne et qui ne cesse de grossir. Chaque fois, je devais m'adapter le plus rapidement possible. Encore aujourd'hui, tout est encore une question d'adaptation et c'est cette capacité à m'ajuster qui pourrait me permettre d'atteindre mon rêve de jouer dans la LNH. »
Plus mature aujourd'hui et avec un baluchon bien rempli, Marotte réalise fort bien qu'il aurait des choses à raconter à de jeunes sportifs qui cherchent un moyen de s'accrocher à leur rêve, particulièrement en temps de pandémie où la routine de chacun a été complètement chamboulée.
« Au début, j'étais naïf, avoue Marotte. Tu as 15 ans, tu te dis que les portes vont s'ouvrir toutes seules en travaillant fort. Puis tu réalises que ça prend plus que ça et que les obstacles en cours de route vont quand même te permettre de progresser. On dirait que la COVID m'a fait réaliser que mon histoire pourrait peut-être aider quelqu'un à poursuivre ses rêves et qu'il y a toujours de l'espoir. Tant mieux si je peux influencer d'autres personnes à persévérer. »
Le plus ironique dans toute cette histoire, c'est qu'au moment où la pandémie a frappé, le cerbère connaissait une saison absolument remarquable avec les Golden Knights de l'Université Clarkson. Une fiche de 23-8-3, une moyenne de buts alloués de 1,78 et un pourcentage d'arrêts de ,938. Les choses allaient si bien que Marotte s'est mis à rêver à un contrat de la LNH à sa sortie des bancs d'école. Au lieu de ça, il est rentré au domicile familial de Boucherville en mars 2020 et il a attendu de longs mois avant que le hockey puisse enfin recommencer. Huit ans après son départ de la maison, il était de retour chez papa et maman! Malheureusement pour lui, au moment où le hockey a recommencé, ce n'est pas avec un contrat de la LNH qu'il s'est retrouvé, mais bien avec une entente dans l'ECHL avec les Americans d'Allen.
« Malgré toutes mes aventures dans le hockey, rien ne m'a fait plus douter que la pandémie, admet-il. Je pensais que ça ne durerait que quelques semaines et j'avais tellement de grandes attentes. Finalement, ça a pris huit ou neuf mois avant qu'il se passe quelque chose. C'est là que je me suis mis à douter, à me demander ce que j'allais faire si jamais le hockey ne marchait pas. Mon identité, c'était quoi au juste? Ça m'a vraiment permis de connaître qui j'étais, et comment naviguer à travers toutes ces embûches. »
Un jour, peut-être que Marotte écrira un livre sur son parcours rocambolesque dans le monde du hockey. Nul doute que son histoire racontée en détail pourrait inspirer quantité de jeunes athlètes à ne pas abandonner leur rêve. Pour quelques dizaines d'athlètes exceptionnels du sport, il y a des milliers de Francis Marotte dans le monde entier pour qui rien ne sera donné d'avance. Qu'il atteigne ou non la Ligue nationale un jour, on retiendra une thématique à chacun des chapitres du livre : la persévérance.
Photo : Hayt, San Diego Gulls