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JJ Peterka avait 14 ans quand l’idée lui a traversé l’esprit.

Il avait passé – avec ses parents – tellement de temps dans la voiture à la conquête de ses objectifs de hockey, voyageant pour des entraînements et des tournois. Les Peterka passaient de nombreuses heures loin de leur domicile de Munich, en Allemagne, traversant la frontière pour se rendre en Tchéquie, à la recherche de surfaces glacées.

Pourquoi ne pas, a-t-il suggéré, construire leur propre patinoire?

« Il m’a dit : “Papa, c’est vraiment terrible, pourquoi ne pouvons-nous pas avoir notre propre patinoire à la maison?” s’est souvenu Dennis Peterka. Je suis lui avais répondu : “Je suis désolé, ce n’est pas le Canada ici.” »

Initialement, Dennis Peterka croyait que JJ envisageait une patinoire extérieure. Mais avec des températures avoisinant les 10 degrés Celsius en hiver à Munich, il savait que ça ne fonctionnerait pas.

Il n’avait pas réalisé que les ambitions de son fils allaient bien plus loin qu’une simple patinoire extérieure dans la cour arrière. Peterka, aujourd’hui attaquant pour le Mammoth de l’Utah, évoluait à l’époque au sein de l’Académie de hockey Red Bull en Autriche, un environnement de rêve comparé à ce qui existait en Allemagne. Il entrevoyait les possibilités.

À ce moment, par contre, il n’y avait aucun endroit pour bâtir une patinoire, alors ça demeurait un rêve.

Comme l’a souligné JJ Peterka, « l’idée mijotait depuis longtemps ».

Puis, il a atteint la LNH.

« Quand il est arrivé dans la LNH et est devenu un professionnel, il m’a dit : “Papa, l’heure est venue d’avoir notre propre patinoire”, a raconté Dennis en riant au bout du téléphone. Je lui ai dit que j’allais regarder si nous pouvions envisager cela, mais que je ne faisais aucune promesse. »

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Quatre ans plus tard – quatre ans après les débuts de Peterka dans la LNH avec les Sabres de Buffalo – tout ce dont il avait rêvé et espéré est sur le point de devenir réalité. Le JJ Peterka Arena va ouvrir ses portes au public le 13 juin, soit quatre mois après que les joueurs de la LNH, incluant Peterka, aient fait un retour aux Jeux olympiques.

Il s’agira d’une patinoire plus petite, idéale pour du jeu à 3-contre-3, où les jeunes pourront s’entraîner, où les professionnels pourront s’améliorer, où les familles pourront se réunir et passer du bon temps. Ce sera exactement ce dont la famille Peterka avait tant rêvé lors de tous ces trajets en voiture de quatre heures (aller simple) entre Munich et la Tchéquie : du bon café, une connexion Wi-Fi performante et un soutien indéfectible à une nouvelle génération de joueurs de hockey allemands.

« Notre passion, depuis que JJ pratique ce sport, c’est le hockey, a dit Dennis Peterka. Je disais à ma femme que nous en avons tellement appris à propos du hockey, à propos des entraîneurs, des entraînements, des victoires, des défaites. Nous avons commis beaucoup d’erreurs pendant le développement de JJ. Pourquoi ne pas faire quelque chose pour aider les prochaines générations?

« L’Allemagne n’est pas un pays de hockey. En Allemagne, c’est le soccer – et il faut aider tous ces parents s’ils ont des enfants qui ont une passion pour le hockey. Si nous pouvons les aider à ne pas commettre les mêmes erreurs que nous avons commises, ça va les aider grandement. C’est la passion que nous voulons transmettre pour le futur. »

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En 2023, Dennis et Natalie Peterka étaient à la recherche d’une nouvelle demeure.

Pas d’une patinoire de hockey. D’une maison.

Ils ont trouvé les deux.

Ils ont visité une propriété à Buchbach, en Allemagne, à environ 65 kilomètres de Munich. Sur le terrain se trouvait une bâtisse secondaire de type entrepôt que Dennis Peterka a décrite comme un « hall ». C’était à quelques pas de la maison, et ça avait tout le potentiel qu’ils n’avaient jamais imaginé trouver. Comme JJ Peterka l’a dit, « le choix était facile à faire en fin de compte ».

« C’était, pour lui, le début du rêve, a dit Dennis Peterka. Alors nous nous sommes mis en marche. »

Le projet n’est pas venu sans anicroches.

Ils venaient à peine de commencer les travaux à l’intérieur de la bâtisse pour la patinoire quand ils ont su que le toit était instable et qu’ils devaient le retirer. Une fois que ç’a été fait, le reste de l’édifice était exposé à l’air hivernal.

« La pluie tombait en plein milieu, c’était terrible, a raconté Dennis. J’avais dit à ma femme que nous semblions être en train de tout détruire au lieu de construire quelque chose. »

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Ils ont finalement réussi à faire du progrès, transformant l’édifice en ce qu’ils avaient imaginé, soit une patinoire de hockey qui demeurerait ouverte à l’année, contrairement à la plupart des arénas en Allemagne où les glaces sont décongelées d’avril à octobre.

« Il y avait peut-être deux endroits (dans toute l’Allemagne) où il y avait des glaces en été, a expliqué JJ. C’est pour cette raison que nous allions toujours en Tchéquie pour jouer, à trois heures de route pour participer à un camp ou pour tenter de sauter sur la glace deux fois dans une journée. C’était toujours plutôt difficile.

« J’étais un enfant, alors c’était probablement plus facile pour moi que pour mes parents. J’étais assis à l’arrière à écouter de la musique, tandis que mes parents devaient conduire ces trois heures et demeurer alertes. »

L’aréna représentera donc beaucoup plus qu’une surface glacée.

En plus de la patinoire, il y aura un café – où sera servi de l’excellent café, aux dires de Dennis – un gym et un simulateur de golf. Il y aura également une salle de traitements et de réadaptation avec un physiothérapeute. Ce sera une bénédiction pour ces parents pour qui le hockey est devenu toute leur vie.

« Tu es assis dans un endroit froid, tu n’as pas de Wi-Fi, tu as ton ordinateur portable, comme ton MacBook, et tu espères que ta batterie va tenir le coup pour deux heures avant de rentrer à la maison, a relaté Dennis. Ces parents pourront venir ici. Ils laisseront leurs enfants sur la glace et ils pourront travailler au café. […] Il faut penser aux parents. »

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Quand l’aréna va ouvrir ses portes, les parents de Peterka auront une responsabilité additionnelle : devenir chauffeurs de Zamboni. Même si leur petite surfaceuse va éventuellement s’autopiloter, ils doivent s’en occuper.

Mais Dennis et Natalie sont ravis de savoir que tout cela va enfin devenir réalité.

« Ce projet est l’accomplissement d’une vie, a souligné Dennis, qui a passé sa carrière à travailler comme administrateur dans une école. J’ai dit à ma femme que nous ne pouvions pas faire cela jusqu’à la fin de notre vie, que nous devions faire quelque chose qui nous rend heureux et qui n’est pas seulement du travail. »

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Quand Équipe Allemagne est arrivée pour le début des Jeux olympiques, son porte-drapeau était une personne bien connue des partisans de la LNH : l'attaquant des Oilers d'Edmonton, Leon Draisaitl.

Sa sélection était digne de mention pour un pays où le hockey est encore marginal, mais qui présente possiblement sa meilleure équipe de tous les temps en termes de talent au hockey, avec les Draisaitl, Peterka, Tim Stützle (Sénateurs d’Ottawa) et Moritz Seider (Red Wings de Detroit).

Continuer à produire des joueurs de talent et concrétiser l'intérêt suscité par les Jeux olympiques ne sera pas facile, surtout s'il n'y a pas assez de glace pour tout le monde.

« Nous n’avons pas d'infrastructures comme en Amérique du Nord, surtout en ce qui a trait au nombre de patinoires et d’arénas, a noté Harold Kreis, l’entraîneur d’Équipe Allemagne. Il y a plusieurs petits organismes qui font du recrutement afin que les jeunes enfilent des patins et de l’équipement pour voir s’ils ont du plaisir (à jouer au hockey). Mais il y a des défis concernant la disponibilité des patinoires. »

Peterka cherche à changer les choses, à permettre à davantage de jeunes de passer plus de temps sur la glace, à fournir une option plus près de la maison pour des professionnels, à faciliter les façons de faire pour les Allemands avec le hockey.

« JJ s’est dit que c’est quelque chose qu’il n’avait pas quand il était jeune, a mentionné Kreis. Alors il voulait rendre le hockey plus accessible pour les jeunes de son patelin et des environs. Certains clubs ont accès à la glace 11 ou 12 mois par année, mais ce n’est pas le cas pour tous. […] JJ rend un énorme service aux jeunes de son patelin. »

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Il rend service à tout le hockey allemand.

Parce que c’est ce que ça prend. Ça commence par une patinoire.

« C’est difficile, mais nous devons faire grandir la popularité du hockey, a lancé l’entraîneur des Bruins de Boston Marco Sturm, qui est devenu le premier entraîneur allemand dans la LNH cette saison. Nous faisons de notre mieux pour les amener à la patinoire et les développer au meilleur de nos capacités, mais ce n’est pas une mince tâche. »

Dix ans après la naissance du rêve de JJ Peterka, trois ans après le début de la construction, l’aréna ouvrira ses portes en juin. Chaque jour, ça devient de plus en plus réel – les bandes ont été installées en décembre, puis la glace a été fabriquée en janvier.

Bientôt, l’espèrent-ils, l’endroit rayonnera avec des jeunes et des joueurs de hockey.

« Ils sont très excités, a dit JJ Peterka. Tout le monde que je connais est au courant et me demande depuis un an à quel moment ce sera terminé. C’est fou le nombre de personnes qui m’ont posé la question.

« Je serai ravi de voir tout le monde là-bas. »

Avec la contribution de la journaliste de NHL.com Tracy Myers