Brad Marchand with fans

BOSTON – C’est lorsque Bard Marchand se préparait pour un souper dimanche – un repas qu’il allait partager avec ses anciens coéquipiers Patrice Bergeron, Zdeno Chara, Tuukka Rask et Adam McQuaid pour lequel il serait « forcé de payer » – que la réalité l’a frappé.

Il avait intellectuellement compris qu’il ferait son retour dans ce qui fut son domicile pendant 16 saisons, qu’il serait de retour dans la ville où il a eu des enfants, qu’il serait de retour à l’endroit où il a appris à être un joueur de hockey professionnel, qu’il serait de retour là où il a remporté la Coupe Stanley pour la première fois.

Mais maintenant? Maintenant les émotions commencent à prendre le dessus.

« J’ai en quelque sorte commencé à y penser pour la première fois hier soir, puisque j’étais ici », a admis Marchand après l’entraînement des Panthers de la Floride au TD Garden. « Je me rendais au souper. Je pensais à tout ça et j’ai commencé à être un peu émotif.

« Ça vous frappe davantage quand vous vous retrouvez ici. Je n’y avais pas pensé outre mesure jusqu’à mon arrivée ici. Je pense que c’est probablement pour ça que je n’y pensais pas trop. C’est parce que je savais que ça me rendrait émotif. C’est difficile de faire autrement. Il y a beaucoup trop de souvenirs qui font surface. J’ai été ici pendant bien trop longtemps pour ne pas être envahi par les émotions. »

Marchand a fait un retour à Boston la saison dernière, quelques jours à peine après avoir été échangé aux Panthers le 7 mars, mais il était sur la liste des blessés et il n’a pas pris part à la partie. Il est revenu au jeu pour 10 matchs en fin de saison et pour l’entièreté des séries éliminatoires, un parcours lui ayant permis de soulever la Coupe Stanley pour la deuxième fois de sa carrière.

Mardi, il sera sur la glace contre les Bruins de Boston – et les partisans des Bruins – pour la première fois quand les Panthers seront de passage au TD Garden (19 h 30 HE; ESPN, SNO, SNE, SN360, TVAS). Et c'est la rencontre avec ces partisans qu’il trouvera particulièrement touchante.

Au cours de ses 1090 matchs avec les Bruins, Marchand s’est battu pour eux, a saigné pour eux, a fait en sorte qu’ils le défendent – ce qu’ils ont fait sans poser de questions encore et encore.

Ils l’ont adopté comme s’il était un des leurs, écrivant des messages sur ses verres à café en carton, le saluant quand ils le rencontraient dans la ville, l’encourageant pendant ses trois parcours jusqu’en finale de la Coupe Stanley.

Lundi, on a demandé à Marchand ce qu’il considérait comme le meilleur aspect de Boston. Il n’a pas hésité une seconde.

« Les partisans, sans aucun doute, a-t-il répliqué. Sur le plan hockey. La ville est incroyable – j’ai habité dans quelques quartiers différents et c’est une ville incroyable. Mais les partisans la rendent incroyable. Ils sont vraiment uniques. Toutes les histoires et les choses que les partisans pouvaient faire – plusieurs n’étant toujours pas à montrer aux enfants – pendant les parcours en séries. C’était vraiment spécial, je pense que c’est typique de cet endroit. »

Brad Marchand fans

Marchand verra quelques visages familiers dans les estrades mardi, dont ceux de sa famille et de ses amis de la région. Mais le reste de la foule sera composée de ceux qui l’ont regardé soir après soir, de ceux qui ont fait de son expérience avec les Bruins ce qu’elle a été.

« Leur sang était noir et or, a dit Marchand. Je pense que c’est ce qui explique pourquoi il y a autant de pression sur l’équipe. […] Vous ne pouvez pas faire de faux pas dans la ville parce que vous allez en entendre parler. Nous voulions être productifs et bons pour les partisans, être à la hauteur de cette réputation. C’est ce qui fait que c’est spécial de jouer ici. »

Même s’il porte un chandail des Panthers.

« Je suis persuadé que ça va être difficile. Quelques personnes ne seront pas capables de m’encourager parce qu’elles n’aiment pas beaucoup les Panthers, mais peut-être qu’elles m’aiment suffisamment pour me donner un petit encouragement, aussi petit soit-il, a mentionné Marchand. Mais je pense que je vais ressentir de l’amour si je fais quelque chose de bien. Si je fais quelque chose de mal, ils vont probablement me huer rapidement.

« Ils sont passionnés ici, alors peut-être même qu’ils ont déjà oublié et qu’ils vont me traiter comme n’importe quel joueur des Panthers. »

La relation n’a pas toujours été aussi facile ou simple. Ces mêmes partisans ont remis Marchand en question, l’ont critiqué, ont rendu sa vie difficile à certains points. Il en a même déjà fait une affaire personnelle.

En vieillissant, par contre, il a commencé à les comprendre, à se trouver des points en commun avec eux.

« Il y a une responsabilité qui vient avec le fait de jouer pour cette équipe et c’est ce que j’ai fini par comprendre, a expliqué Marchand. Ce n’est pas parce qu’ils ne vous aiment pas. Quand vous acceptez de jouer ici, vous acceptez de traîner le fardeau et de comprendre que vous devez connaître du succès. Si ce n’est pas le cas, vous allez le savoir. Vous faites mieux de vous la fermer et de l’accepter parce que c’est comme ça ici.

« Ailleurs dans la Ligue, les gens ne se soucient pas autant du hockey, mais [Boston] est une vraie ville de sports. […] Les partisans sont passionnés et vous devez apprécier ça. »

C’est ce qu’il fera mardi lorsqu’il ira chercher son café et qu’il arrivera à l’aréna, quand il verra les gardiens de sécurité et les partisans qu’il a côtoyés pendant plus de 15 ans. Quand il fera face à ceux qu’il a aimés pendant si longtemps.

« Je suis fébrile, a dit Marchand. Ça va être amusant d’être de retour ici, de jouer contre les Bruins, de jouer contre d’anciens coéquipiers, de voir des amis et de la famille dans les gradins. Ce sont des choses que je vais vraiment apprécier au bout du compte. Il y a trop de moments que je n’ai pas suffisamment savourés. Je vais m’assurer de profiter de celui-là. »