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RALEIGH, Caroline du Nord – Le 18 janvier 2022, Kent Hughes se lançait en terrain inconnu en acceptant le poste de directeur général des Canadiens de Montréal. Il renonçait à une carrière fructueuse comme agent de joueurs pour découvrir une autre facette du hockey. 

Un peu plus de quatre ans plus tard, Hughes a transformé une équipe en complète reconstruction en une formation qui vient de gagner sa place dans le carré d’as des séries éliminatoires avec une confrontation contre les Hurricanes de la Caroline en finale de l’Association de l’Est. 

À la veille de ce premier match contre les Hurricanes, Hughes a pris un petit pas de recul pour décortiquer ce qu’il vient de vivre en un assez court laps de temps. 

« Je pensais être ici (un jour en finale de l’Est), a affirmé l’homme de 56 ans. J’ai essayé de reculer d’un peu plus de quatre ans. Au départ, je n’étais pas certain si je voulais de ce poste. Mais "Gorts" (Jeff Gorton) m’a dit que j’avais passé 20 ans à dire aux autres DG comment gérer une équipe. Pourquoi ne pas mettre ta tête sur le billot? J’avais la chance de le faire avec une équipe en reconstruction, alors je savais que je pouvais y placer mon empreinte.

« J’ai bâti une équipe de la manière que je voulais. Je suis content d’avoir accepté de passer l’entrevue et d'avoir obtenu le poste. Je viens de passer les meilleures quatre années et demie de ma carrière professionnelle. J’adore le hockey. J’ai aimé mon travail comme agent, mais dans mon for intérieur, je suis plus une personne qui désire construire une équipe. Je suis fier de notre parcours. »

Aux côtés de Gorton, le président des opérations hockey, Hughes a replacé le CH sur les rails à une vitesse vertigineuse. 

À l’an trois de l’ère Martin St-Louis, Gorton et Hughes, le Tricolore a atteint les séries pour une première fois, subissant l’élimination au premier tour contre les Capitals de Washington. 

À l’an quatre, cette même jeune équipe a déjà franchi deux tours en écartant de sa route le Lightning de Tampa Bay et les Sabres de Buffalo, les deux fois en sept matchs. 

Cette progression dépasse-t-elle les attentes de la direction ? 

« C’est une question qu'on m'a posée plusieurs fois », a affirmé Hughes dans un chic hôtel en banlieue de Raleigh. « Est-ce qu’on est en avance par rapport au plan que nous prévoyions en janvier 2022? Par respect pour les joueurs et les entraîneurs, nous voulons vraiment vivre dans le présent. Les gestionnaires regardent souvent vers le futur, mais il faut maintenant nous concentrer sur le présent. »

Très sage avec cette réponse, Hughes a refusé de le dire ouvertement, mais son équipe a fort probablement déjoué le grand schéma dessiné par les hommes de hockey. Une présence en finale de l’Est ne semblait pas dans les cartons au mois de septembre dernier.

Mais qui avait osé prédire une saison de 100 points (101) pour Nick Suzuki et de 50 buts (51) pour Cole Caufield? Même les plus fidèles partisans de l’équipe se gardaient une gêne. Et qui avait parié sur une saison de près de 80 points (78) pour Lane Hutson, de plus de 70 points (73) pour Juraj Slafkovsky et une si rapide éclosion de Jakub Dobes? Encore une fois, très peu de gens y croyaient.

Si St-Louis sert de père spirituel pour plusieurs joueurs de l’équipe, Hughes a souri quand un collègue lui a demandé de définir sa place dans l’arbre généalogique du groupe. 

« J’espère que je ne suis pas le grand-père », a-t-il répliqué. 

Qu’est-ce qui le rend le plus fier quand il regarde son groupe agir depuis le début des séries? 

« C’est un sport professionnel, mais on a un groupe de personnes, pas juste les joueurs et les entraîneurs, mais aussi les employés des Canadiens qui travaillent fort, a répondu Hughes. Nous nous aimons beaucoup aussi. Au départ, cette équipe ne gagnait pas beaucoup de matchs. Après une défaite, nous ne parlions pratiquement pas après un match ou dans l’avion. Je suis vraiment content de maintenant vivre l'envers de la médaille. Ça me rend fier, mais je suis encore plus content pour eux. »

La tête au présent et au futur

À la date limite des transactions du 6 mars dernier, Hughes avait admis qu’il avait poussé fort pour conclure un échange important. Il n’y était pas arrivé, mais il avait laissé planer la possibilité de retravailler sur un pacte semblable dans le futur. 

S’il avait pu lire dans sa boule de cristal que son équipe allait connaître un aussi long parcours en séries, le DG aurait-il eu une philosophie différente à la date limite des échanges? 

« Non, je pense qu’on aurait approché la date limite de la même manière, a-t-il répliqué. On a déjà une bonne équipe, on aime nos joueurs et on a de la profondeur. Si on fait des changements, ça doit être pour une bonne raison. Et les raisons doivent être pour aujourd’hui et pour le futur de l’équipe. Si on avait fait des changements, est-ce qu’on serait ici? Je ne peux pas répondre oui à 100%. »

Hughes n’a toutefois pas chômé sur le plan des transactions lors des deux dernières saisons. Le DG a contribué à modifier le visage de son équipe avec les acquisitions d’Alexandre Carrier (décembre 2024), Noah Dobson (juin 2025), Alexandre Texier (novembre 2025) et de Phillip Danault (décembre 2025). 

Pour cette finale de l’Est, le CH part avec le rôle des négligés face aux Hurricanes. Cette perception n’empêchera pas le Montréalais de dormir.

« Premièrement, j’avais lu avant la série contre Tampa, selon les recherches d’un spécialiste des statistiques avancées (sur le site The Athletic), que nous avions de mémoire 21% de chances de gagner la série, et le Lightning avait 19% de chances de nous balayer. Nous avons remporté nos deux séries même si nous étions négligés. Les Hurricanes ont une très bonne équipe, ils ont atteint la finale de l’Est quatre fois en huit ans. Nous respectons cette organisation. Mais on n’est pas venus ici pour un billet de participation, comme dirait Martin. On est ici pour gagner. »