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LAS VEGAS – La remise de la Coupe Stanley, dimanche, revêtait quelque chose de particulier pour Jason Orach.

« Je crois que c’est la première fois que je regardais les célébrations en me disant ‘J’en ai assez des joueurs, remettez la Coupe aux membres de la direction!’ »

Il a dû patienter quelques minutes, mais l’attente en a valu la peine : le DG Eric Tulsky, vêtu d’une casquette et d’un foulard à l’effigie des Hurricanes de la Caroline, empoignant la Coupe Stanley avant de la lever au-dessus de sa tête, le sourire au visage.

Orach et Tulsky se connaissent depuis longtemps. Il y a 11 ans maintenant, les deux hommes ont tenu un dîner qui allait changer la vie de Tulsky.

Ce dernier avait, à l’époque, deux choix qui se présentaient à lui.

D’abord, Tulsky pouvait accepter une offre d’emploi d’Apple après deux années fructueuses chez QuantumScape, dans la recherche et le développement de batteries destinées aux véhicules électriques. Le choix sûr, logique, attendu.

Il pouvait également accepter une offre des Hurricanes, qui voulaient faire de lui l’un de leurs analystes de données.

Tulsky a choisi la deuxième option.

Et voilà que 11 ans après son arrivée en Caroline, puis deux ans après avoir été promu DG, il a réalisé le rêve de tout homme de hockey : celui de remporter les grands honneurs. L’équipe qu’il a façonnée a été un véritable rouleau compresseur ce printemps, totalisant 16 victoires contre seulement 3 défaites.

« C’est incroyable, a déclaré Tulsky sur la glace du T-Mobile Arena de Las Vegas dimanche soir. Je n’aurais jamais cru me retrouver ici, et je ne comprends pas encore comme j’y suis parvenu. On travaillait dans le but d’atteindre cet objectif depuis si longtemps, et de finalement réussir… je suis sans mots! »

« C’est plutôt drôle, parce qu’il travaillait dans le développement de batteries au lithium, a rappelé son adjoint Tyler Dellow. Peut-être, donc, que le monde se porte moins bien en raison de son choix, mais je suis quand même très heureux qu’il ait opté pour le hockey! »

La « révolution » des statistiques avancées au hockey a connu ses balbutiements il y a près de deux décennies. Sur le web, certains ‘nerds’ comme Tulsky, Orach et Dellow tentaient de donner un sens à des données jamais mises de l’avant dans le monde du hockey. Si Orach n’œuvre pas dans le hockey professionnel aujourd’hui, Tulsky et Dellow, eux, ont uni leurs forces chez les Hurricanes ces dernières années. Et les résultats ont été probants.

« Je connais Eric depuis près de 20 ans grâce à Internet. C’est magique, à quel point tu peux y trouver les bonnes personnes », a affirmé Dellow, émotif. « D’autres gens issus de blogues sont devenus dépisteurs. C’est une manière différente de bâtir sa carrière. »

Dellow s’est ensuite remémoré des paroles du célèbre entraîneur du Real Madrid Jose Mourinho : « Je n’ai pas peur des conséquences de mes décisions. »

« Eric est comme ça aussi », a-t-il soutenu.

CAR@VGK: Les Hurricanes célèbrent leur victoire de la Coupe Stanley

En effet, ce ne sont pas tous les directeurs généraux qui auraient fait les choses à la manière du Tulsky ces dernières années. Prenons en exemple sa décision d’acquérir Mikko Rantanen dans un échange majeur le 24 janvier 2025, sans garantie de signer un nouveau contrat avec l’équipe à la fin de la saison.

L’expérience Rantanen n’a pas fonctionné : après 13 matchs dans l’uniforme rouge, blanc et noir, le Finlandais a été échangé aux Stars de Dallas. En retour, les Hurricanes ont obtenu le jeune Logan Stankoven, auteur de 16 points (11 buts, cinq passes) en 19 matchs lors des dernières séries, et quatre choix de repêchage.

On ignorait alors que l’acquisition de Stankoven ainsi que celle de Taylor Hall des Blackhawks de Chicago comme tierce partie dans l’échange Rantanen allait établir les bases de ce championnat. Notez également que l’un des choix acquis des Stars a servi à soutirer K’Andre Miller aux Rangers de New York quelques mois plus tard. Miller a été le défenseur no 1 des Hurricanes en séries.

« Notre approche est d’être agressifs et de ne pas avoir peur d’échouer, a indiqué Tulsky. Lorsqu’on est agressifs, on prend des risques. Certains d’entre eux ne tourneront pas en notre faveur, mais lorsqu’on fait les choses de la bonne façon, les risques seront plus payants que coûteux. On veut continuer d’être agressifs et améliorer l’équipe. »

Une stratégie que les joueurs remarquent et apprécient.

« Comme joueur, c’est emballant de voir que la direction ne s’assoit pas sur ses lauriers, a déclaré l’attaquant Jordan Martinook. Chaque joueur veut voir son équipe s’améliorer, et lorsque la direction travaille en ce sens, c’est motivant.

« On a tenté notre chance avec Mikko et ça n’a pas fonctionné, mais voilà qu’on a obtenu Stanks, Key (Miller) et Hallsy. Ils sont trois morceaux très importants de cette équipe, et ils sont la preuve que ça vaut la peine de prendre des chances. »

Tulsky a toujours voulu résoudre des casse-têtes, que ce soit dans le monde de la chimie, des panneaux solaires, de l’ADN, des batteries de voiture ou du hockey.

Oui, il vient de remporter la Coupe Stanley, mais la prochaine saison sera un autre casse-tête. Et il tentera à nouveau de le résoudre selon ses croyances, celles des Hurricanes et la manière dont les choses doivent être gérées selon lui.

« Il collabore et inclut tout le monde, a dit Dellow. Certains membres de notre personnel n’ont jamais ouvert Excel et encore moins construit des modèles de données, mais il prend quand même en compte ce qu’ils ont à dire et tente d’amener l’information plus loin. Il assimile tout ce qu’on lui dit. »

« Eric espérait probablement remporter, un jour, la Coupe Stanley, mais je ne crois pas que c’est pour la raison pour laquelle il a choisi le hockey, a avancé Orach. Je ne crois pas que pour Eric, c’était la Coupe Stanley ou rien. Je crois qu’il s’est dit : ‘Si tu signes un contrat de trois ans ici, que tu réalises de beaux projets, mais que finalement, ça ne fonctionne pas et que tu reviens dans ton ancien domaine, ce ne sera pas perdu. Ce sera simplement une sacrée histoire qui en aura valu la peine. »

Le pari de Tulsky aura finalement fonctionné.

« Je suis fier d’Eric et j’ai une pensée pour tous ceux qui croyaient que deux ‘nerds’ n'allaient pas être capables de gérer une équipe, et que ça prenait un 'vrai' homme de hockey, a souligné Orach. Voilà que leur équipe vient de gagner 16 de ses 19 matchs de séries. C’est fou! »

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