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HALIFAX -À force de se faire dire qu'ils étaient beaux, bons et trop forts pour le reste de la compétition, les joueurs canadiens ont fini par le croire. Et ils ont eu l'air de tout le contraire en lever de rideau du Championnat mondial junior face à la Tchéquie, lundi.

Les hommes de Dennis Williams ont eu le dessus dans les départements des passes spectaculaires, des feintes surprenantes et des tentatives de but « Michigan », mais ils ont été dominés là où ça compte, au score final: 5-2.
« Je ne crois pas que nous les ayons pris à la légère, a indiqué le pilote. Mais nous avons joué de façon trop individuelle. Nous n'étions pas connectés et nous ne jouions pas rapidement. Nous avons souvent tenté de battre trois ou quatre gars à la fois. C'est une bonne équipe de l'autre côté. »
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Avec cette défaite - une première en temps réglementaire contre la Tchéquie dans l'histoire du tournoi - le Canada vient déjà d'ouvrir la porte à la possibilité de terminer au troisième rang du groupe A et d'un parcours beaucoup plus ardu en ronde éliminatoire.
La bonne nouvelle, c'est qu'il reste encore beaucoup de hockey à jouer, et que le cadran vient de sonner le début de la compétition assez brutalement. La journée de congé de mardi avant le duel face à l'Allemagne arrive déjà à point pour les favoris.
« Oui, il y a de la frustration, a avoué Connor Bedard, auteur d'un but. Mais nous voulons rapidement retrouver le chemin de la victoire. En ce moment, c'est difficile à avaler. C'est frustrant, mais nous devons continuer d'avancer. C'est un match dans le tournoi, il en reste encore beaucoup. »
David Spacek et David Moravec ont annoncé les couleurs de la Tchéquie en touchant la cible à 35 secondes d'intervalle en fin de première période pour permettre aux leurs de rentrer au vestiaire avec une avance pas si confortable de 2-1. Stanislav Zvozil en a ajouté à 44 secondes du début de la deuxième, juste avant de voir Bedard ramener l'écart à un seul but.
Les réjouissances furent de courte durée puisque moins de trois minutes plus tard, le vent changeait de côté pour de bon. L'attaquant Zach Dean a écopé d'une pénalité de cinq minutes pour avoir frappé un adversaire à la région de la tête, et la Tchéquie a répliqué là où ça fait mal.
Jaroslav Chmelar et Matous Mensik ont déjoué le gardien Ben Gaudreau en l'espace de 33 secondes dans les dernières minutes du jeu de puissance pour jeter une douche froide sur la foule, jusque-là encore pleine d'espoir du Scotiabank Centre.
« Nous ne voulions pas compliquer les choses inutilement », a résumé Spacek, qui évolue avec le Phoenix de Sherbrooke dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. « Nous avons offert un gros effort d'équipe. […] Nous voulions la victoire plus qu'eux, et c'est bien ainsi. On se tient dans cette équipe, et c'est ce qui a fait la différence. »
Gaudreau a dû céder sa place à son adjoint Thomas Milic après avoir donné cinq buts sur 17 lancers. Sa contre-performance n'a rien fait pour rassurer ceux qui doutaient de ses capacités, et elle pourrait mettre la table pour une bonne vieille controverse devant le filet. Bien qu'un peu chancelant, Milic a été parfait sur neuf tirs en relève.
« Nous avions besoin d'une étincelle, de quelque chose, a résumé Williams. Je pense que c'était le bon moment de le faire, et Milic a fait du bon travail pour nous. »
Shane Wright a été l'autre joueur de la formation unifoliée à percer le mystère Tomas Suchanek, lors d'un jeu de puissance en avantage numérique. Pour le reste, le portier tchèque a fait preuve d'un calme olympien pour repousser 36 lancers.
Vite, les bottes de travail
Si elle n'a qu'une leçon à tirer de cette mauvaise sortie, la formation canadienne devra inscrire au tableau en grosses lettres que le travail bat toujours le talent. Les Tchèques étaient venus pour jouer, et non pour se regarder jouer.
« Je ne sais pas, a répondu Bedard lorsque questionné sur le jeu individualiste de l'équipe. Nous avons obtenu beaucoup de chances. Nous avons joué de façon décente… Je ne sais pas quoi répondre. »
Les Canadiens ont peut-être fait preuve d'un peu d'arrogance. Il n'y avait pas 14 minutes d'écoulées au match que Bedard et Adam Fantilli avaient déjà tenté de marquer à l'aide d'un Michigan. Il faut dire que Kent Johnston avait battu Suchanek de cette façon, pas plus tard que cet été.
« Je me suis vraiment demandé ce qui se passait, a rigolé Suchanek. J'espérais vraiment que ça n'allait pas continuer tout le match. Je voulais que ça arrête! »
Les ouailles de Williams ont aussi effectué plusieurs jeux impossibles en effectuant des passes truffées de dentelle au lieu de choisir le jeu simple, de diriger des rondelles au filet et de se salir le nez. Les Tchèques, eux, ont fait exactement ça et en ont récolté les fruits.
À l'avenir, il faudra laisser la cottonelle au vestiaire et sortir le papier sablé.