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RALEIGH – « Nous ne voulons rien de facile, on aime les défis. »

Lane Hutson n’aurait jamais cru mieux dire après le sixième match de la série entre les Canadiens de Montréal et les Sabres de Buffalo – une écrasante défaite de 8-3 de la formation montréalaise. Une (autre) victoire dans un match no 7 plus tard, voilà qu’un autre défi de taille se dresse devant le Tricolore.

Il a beau avoir disposé des deux meilleures équipes de la section Atlantique en sept matchs, la voie ne s’ouvre pas pour autant : il retrouve sur son chemin les Hurricanes de la Caroline, la meilleure équipe de l'Association de l’Est.

Si les hommes de Martin St-Louis aiment bel et bien les défis, ils seront servis contre une équipe qui a balayé ses deux premières séries, et qui est pleinement reposée et en santé.

Voici un aperçu de la série qui enverra le gagnant en finale de la Coupe Stanley face au gagnant du duel entre l’Avalanche du Colorado et les Golden Knights de Vegas.

ATTAQUE

Les Hurricanes ont une philosophie assez simple sous la gouverne de Rod Brind’Amour. Ils priorisent le volume de tirs avant la qualité. Ils sont efficaces en échec avant et ils attaquent de partout. Installés au deuxième rang de la LNH cette saison avec une moyenne de 32,2 tirs par match, les « Canes » font encore mieux depuis le début des séries. Ils trônent au sommet du circuit à 33,9 tirs par match, soit un peu plus de huit tirs au-dessus de la moyenne du CH (25,1).

Si le Tricolore compte sur du talent brut avec un marqueur de 100 points en Nick Suzuki et un buteur de 50 buts en Cole Caufield, les Hurricanes n’ont pas une grande étoile à l’attaque. Mais ils comptent sur une belle profondeur. Auteur de 80 points cette saison, Sebastian Aho n’a pas encore pris son envol en séries avec quatre points (trois buts, une passe) en huit matchs. Taylor Hall (12 points), Jackson Blake (11 points) et Logan Stankoven (huit points) ont transporté l’attaque sur leurs épaules lors des deux balayages contre les Sénateurs d'Ottawa et les Flyers de Philadelphie. Stankoven a marqué sept buts en huit petits matchs.

CAR@PHI: Stankoven brise l'impasse avec son 7e but des séries

Avec Nikolaj Ehlers à l’aile gauche d’un troisième trio, complété par Jordan Staal et Jordan Martinook, les Hurricanes ont les ressources pour frapper d’un peu partout. 

Mais à ce jeu, le CH n’a pas à rougir. Après 14 matchs, onze attaquants ont déjà cinq points ou plus. Cette simple statistique illustre bien la profondeur. Suzuki, Caufield et Juraj Slafkovky auront besoin d’ouvrir la machine à cinq contre cinq après deux séries où leur production provenait essentiellement du jeu de puissance. 

Alex Newhook, « Monsieur match numéro 7 », pourra difficilement poursuivre sur la même lancée qu’au deuxième tour où il a marqué six buts en sept matchs face aux Sabres. 

Avantage : Léger avantage au CH (le CH a plus de talent brut).

DÉFENSIVE

Lane Hutson a gagné sa confrontation contre Rasmus Dahlin, un candidat pour le trophée Norris, lors du deuxième tour. Hutson était le meilleur défenseur sur la glace. Après 14 matchs, l’Américain a déjà écrit son nom sur la feuille de pointage à 14 reprises (deux buts, 12 passes). 

En finale de l’Est, Hutson aura devant lui un autre style de bête que Dahlin. Jaccob Slavin n’a rien d’un moteur offensif, mais il est un génie du jeu défensif. Slavin aura comme mission de contrer le premier trio du CH en compagnie de Jalen Chatfield, un droitier assez robuste. 

Avec K’Andre Miller et Sean Walker comme deuxième duo et Shayne Gostisbehere et Alexander Nikishin comme troisième duo, les « Canes » ont un top-six bien équilibré. Nikhisin, le sixième défenseur, a un temps de jeu moyen de près de 16 minutes (15:51) par match. C’est pratiquement le double de la moyenne d’Arber Xhekaj (8:06).

Le Tricolore a de plus gros noms à la ligne bleue avec les Hutson, Noah Dobson, Mike Matheson, Kaiden Guhle et Alexandre Carrier, mais l’équilibre des Hurricanes reste très intéressant. 

Sur le plan défensif, les Hurricanes n’ont donné que des miettes depuis le début des séries (10 buts accordés en huit matchs). Ils se retrouvent au sommet de la LNH parmi les quatre équipes toujours en vie avec un taux de réussite de 95,0 % (38 en 40) en infériorité numérique. 

Avantage : Hurricanes, pour leur jeu d’ensemble, pas seulement pour leur brigade défensive.

GARDIENS

Jakub Dobes a dit après la victoire de 3-2 en prolongation lors du septième match contre les Sabres à Buffalo qu’il avait de l’énergie pour jouer 40 autres matchs. Ça restera à démontrer. 

Mais depuis le début des séries, Dobes se transforme en mur avec une moyenne de 2,52 et un taux d’efficacité de ,910. Le Tchèque est l’une des grandes raisons qui expliquent la présence du CH dans ce carré d’as. Il inspire confiance.

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Dans le camp des Hurricanes, Frederik Andersen a des chiffres ahurissants avec un dossier de 8-0, une moyenne de 1,12, un taux d’efficacité de ,950 et deux blanchissages. Le Danois de 36 ans a pour l’instant chassé son plus grand démon : les blessures. En santé, Andersen a prouvé par le passé qu’il a l’étoffe d’un numéro un. Mais il ne l’a jamais fait pour une longue période. Après une balade dans le parc contre les Sénateurs et les Flyers, Andersen aura devant lui une attaque plus menaçante avec celle du Tricolore. 

Avantage : Canadiens (la fragilité d’Andersen fait toujours peur)

LE JOKER

Après une première série plus difficile contre le Lightning, Ivan Demidov semble avoir trouvé ses ailes au deuxième tour contre les Sabres. L’attaquant recrue a récolté deux buts et quatre aides en sept rencontres après avoir été limité à une seule passe à ses sept premiers matchs. S’il peut poursuivre sur son erre d’aller, il sera d’une grande aide pour le Tricolore, qui carbure à la production secondaire dans ce parcours.

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Chez les Hurricanes, il faudra voir si Sebastian Aho s’invitera dans la danse. Le joueur le plus productif des siens en saison régulière n’a que trois buts et une aide en huit matchs à sa fiche. Il a été blanchi de la feuille de pointage lors de cinq des huit matchs disputés jusqu’ici.

LES IMPONDÉRABLES

Si l’on offrait la possibilité à chaque équipe de profiter de 11 jours de congé entre deux séries, il y a fort à parier qu’elles accepteraient toutes ce cadeau sans broncher. C’est ce que les Hurricanes ont obtenu en balayant les Flyers – ils n’ont d’ailleurs joué que huit matchs en 32 jours.

Or, on peut se demander si la rouille ne sera pas un problème. Est-ce que la lancée de Taylor Hall sera compromise par cette longue pause? La confiance de Frederik Andersen est-elle aussi solide qu’il y a 12 jours ou l’effet des victoires s’est-il estompé? On aura la réponse quand la rondelle tombera.

À l’inverse, chez le Tricolore, on peut se questionner sur l’état de santé de plusieurs joueurs et sur le niveau d’énergie restant dans le réservoir. Les hommes de Martin St-Louis ont joué 14 matchs en 31 jours – soit le même rythme effréné qu’en saison régulière. Les dernières prestations en dents de scie contre les Sabres laissent croire que la fatigue – physique et mentale – commence à s’installer.

LEUR ÉTAT D’ESPRIT

De retour en finale d’association pour la quatrième fois en sept ans, les Hurricanes devront affronter leurs vieux démons. Au cours de cette séquence, ils montrent une fiche de 2-12 au troisième tour et n’ont pas atteint la finale de la Coupe Stanley depuis leur dernière conquête, en 2006.

Cette disette est souvent le résultat d’un parcours plus favorable dans la section Métropolitaine, et d’un manque d’adversité – autant en saison qu’en séries. Les choses se corsent quand ils croisent le fer avec l’équipe qui sort de la section Atlantique.

Chez le Tricolore, cette présence dans le carré d’as est déjà une belle surprise. Ils n’ont rien à perdre et tout à gagner. Après avoir sorti deux puissances, ils n’ont probablement aucun complexe d’infériorité face à la meilleure équipe de l’Est, qu’ils ont d’ailleurs balayé en saison régulière.