CAN practice

Les joueurs de la LNH participeront aux Jeux olympiques d'hiver de Milano Cortina 2026, et c'est la première fois qu'ils se retrouvent sur la scène olympique en 12 ans. Afin d'offrir un aperçu privilégié de l'expérience des Jeux olympiques, LNH.com a fait appel à plusieurs anciens joueurs, entraîneurs et dirigeants pour recueillir leurs impressions. Aujourd'hui, le gardien Martin Brodeur, double médaillé d'or avec le Canada.

À ce stade, tous les joueurs participant au tournoi de hockey masculin aux Jeux olympiques d'hiver de Milano Cortina 2026 auront eu quelques jours pour s'acclimater à l'expérience olympique, même s'ils n'ont pas encore joué un match.

C'est une expérience qu'ils devraient savourer autant sur la patinoire qu'à l'extérieur.

J'ai eu le privilège de représenter le Canada aux Jeux à quatre reprises (1998, 2002, 2006, 2010), remportant la médaille d'or à Salt Lake City en 2002 et à Vancouver en 2010. Et j'ai profité de chacun de ces moments précieux, surtout ceux vécus dans le village olympique.

Voici pourquoi cet endroit est si spécial.

Comme joueur de la LNH, tu prends des vols nolisés pour aller jouer tes matchs à l'étranger et tu dors dans des hôtels luxueux. On peut dire que tu es traité aux petits oignons.

Les Jeux olympiques sont différents, et l'un des plus beaux aspects, c'est que tu habites dans le village des athlètes. Tu as l'occasion d'être entouré de tous ces athlètes spectaculaires qui ont fait tellement des sacrifices afin d'en arriver à ce moment.

Chaque fois que je parle avec un joueur qui ira aux Olympiques, je lui dis toujours de prendre le temps de faire la connaissance des autres athlètes.

Ils te connaissent tous parce que tu es un joueur de la LNH, alors ils prendront rarement l'initiative de venir te dire bonjour. Ils sont respectueux et ne veulent pas te déranger, alors tu dois aller te présenter en premier. En le faisant, tu mets les autres à l'aise. Et écoute leurs histoires, parce que tu seras étonné par le parcours qu'ils ont dû suivre pour atteindre les Olympiques.

Pour moi, c'est ce que j'aime le plus du village. Tu vois tes compatriotes réaliser leur rêve.

Nous réalisons tous notre rêve, c'est vrai, mais c'est un parcours tellement différent pour eux. Pour nous, c'est presque comme un bonus de jouer aux Olympiques. Nous jouons dans la LNH, et c'est ce que nous voulons faire.

Mais quand tu arrives aux Olympiques, tu vois un skieur ou un patineur de vitesse, et tu comprends que cette personne a travaillé pendant quatre ans simplement pour se qualifier. Et en l'espace d'un moment, cette personne pourrait trébucher dans les cinq premiers pieds de la course, et son rêve olympique pourrait s'écrouler en même temps. C'est un environnement tellement fou. C'est spécial d'en faire partie, qu'ils gagnent ou qu'ils perdent.

Peu importe ce que tu vas faire, tu dois te concentrer sur le hockey. Mais quoi que tu fasses, ces athlètes vont retourner chez eux et se souviendront de leurs échanges avec toi pour le reste de leur vie, peu importe leur performance dans leur propre discipline.

Et ça crée des souvenirs inoubliables.

Voici un exemple.

En 1998, j'ai été nommé l'un des gardiens d'Équipe Canada avec Patrick Roy et Curtis Joseph pour les Jeux de Nagano, au Japon. Patrick était évidemment le gardien no 1, mais j'étais simplement honoré d'avoir été sélectionné sur l'équipe à un événement regroupant des joueurs de la LNH aux Jeux olympiques pour la première fois. Comme gardien, mon père Denis avait aidé le Canada à remporter la médaille de bronze aux Jeux d'hiver de 1956 à Cortina d'Ampezzo, en Italie, alors toute l'expérience olympique me tenait à cœur.

Patrick a brillé. Bien que nous n'ayons pas décroché l'or, nous n'avons accordé que neuf buts en six matchs. Et bien que je n'aie pas joué la moindre minute, j'ai profité pleinement de toute l'ambiance des Jeux.

Un jour, je me suis approché d'un skieur de fond qui n'avait pas très bien fait durant son épreuve.

« Je ne peux pas croire que tu aies terminé dernier », lui ai-je dit.

Il m'a regardé en répliquant : « Écoute, Marty, au moins, j'ai participé aux Olympiques. »

J'ai éclaté de rire parce qu'il avait raison. Il s'est mesuré aux meilleurs du monde, peu importe le résultat. Et c'est l'essence même des Jeux olympiques.

J'ai finalement passé beaucoup de temps avec lui et j'ai appris ce qu'il devait faire simplement pour atteindre les Jeux. La plupart de ces athlètes n'ont pas l'argent pour inviter leur famille aux Jeux. Moi, j'étais sur place avec mes frères, mon épouse et mes enfants, et ils étaient tous à l'hôtel. De l'autre côté, certains de ces athlètes ont dépensé tout leur argent pour être là et participer à leur épreuve. Certains n'ont plus rien pour inviter leur famille, et si oui, ils n'ont qu'une somme minime.

Comme hockeyeurs, c'est important de s'en souvenir et d'apprécier tout ce qu'ils ont vécu. C'est important de comprendre les sacrifices que d'autres ont dû faire pour arriver ici.

Après tout, c'est exactement ça, l'esprit olympique.