Bellemare chaumont

MILAN – Un enfant dans le village des athlètes. Alexandre Texier a utilisé cette image pour décrire son coéquipier et capitaine au sein de l’équipe de France, Pierre-Édouard Bellemare.

Sur son passeport, Bellemare a 1985 comme année de date de naissance. À 40 ans, il est le doyen parmi les hockeyeurs pour les Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026. Il n’a donc techniquement rien d’un gamin.

Mais s’il se comporte comme un enfant, c’est puisqu’il vit son rêve d’enfance. Après 700 matchs dans la LNH, après 12 participations au Championnat du monde, Bellemare découvre pour une première fois la réalité des Jeux olympiques.

« C’est assez lourd dans le cœur, a dit Bellemare dans la zone mixte de la glace secondaire au Santagiulia Arena après un entraînement optionnel de la France lundi matin à Milan. J’y rêvais depuis tellement longtemps. J’avais sept ans quand j’ai regardé la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Albertville (1992). J’avais suivi le match de hockey de la France à la télévision. Je voyais du hockey à la télévision pour une première fois. J’étais à genou devant la télévision avec mon frère pour regarder la rencontre. Je me disais que ce serait incroyable d’y être.

« Les JO ont toujours eu une grande place dans ma famille, a-t-il poursuivi. Ma sœur (Rose-Éliandre) a représenté la France à Pékin (2008) en gymnastique. Quand je suis devenu un joueur professionnel, j’ai encore plus respecté les athlètes amateurs. Ils font des sacrifices pour défendre les couleurs de leur pays. J’ai un respect immense. Pour moi, c’est un honneur de voir les anneaux olympiques flotter sur mon maillot de la France. Je trouve ça magnifique et énorme. »

Bellemare a choisi de s’accrocher pour finalement atteindre son objectif. Après dix saisons dans la LNH où il a joué pour les Flyers, les Golden Knights, l’Avalanche, le Lightning et le Kraken, l’ailier a prolongé sa carrière en Europe au cours des deux dernières années avec le HC Ajoie au sein de la National Ligue en Suisse.

« Pierre-Édouard incarne la persévérance, a affirmé Texier. Il est arrivé sur le tard dans la LNH et il a trouvé des façons de connaître une longue carrière. Je suis tellement heureux pour lui pour sa fin de carrière. Il lui manquait les Jeux olympiques. Il a déjà fait deux finales de la Coupe Stanley et une tonne de présences au Championnat du monde.

« Pour lui, c’est comme une médaille d’or cette participation aux Jeux, a poursuivi l’ailier des Canadiens de Montréal. Mais il est compétiteur. Nous ne venons pas ici juste comme des figurants. Si tu n’as pas d’ambitions, tu ne peux pas jouer pour ton pays et tu mérites de rester chez toi. »

La France a obtenu sa qualification pour les JO de Milan en raison de l’exclusion de la Russie. À l’été 2024, les Français avaient perdu 5-2 contre les Lettons dans le dernier match pour déterminer le vainqueur du groupe E. Les gagnants des trois groupes dans un tournoi regroupant 12 pays (4 pays par groupe) obtenaient leur billet pour Milan.

Pour Bellemare, cette défaite lors du tournoi de qualifications avait un air de déjà-vu. Depuis les Jeux olympiques de 2002 à Salt Lake City, la France n’avait jamais réussi à décrocher une place dans le tableau principal des JO.

« Techniquement, il y a eu six occasions loupées, a rappelé Bellemare. Six fois, nous avons manqué notre qualification.

« Nous sommes passés de 16 nations à 12 pays pour les JO, a-t-il poursuivi. La France ne fait pas partie du top-12. Pour te qualifier, tu dois pratiquement faire un cambriolage en portant une cagoule. Mais tu ne sais jamais ce qui peut survenir lors des qualifications. À l’été 2024, nous avons perdu notre dernier match contre la Lettonie. Je croyais que mon rêve s’envolait encore. Mais une porte s’est ouverte avec l’absence de la Russie du tournoi olympique. »

Quand on lui demande de placer les Jeux olympiques sur sa liste de ses plus grandes réalisations, Bellemare n’a pas hésité une seule seconde avant de répondre.

« Les JO sont l’accomplissement d’une vie, a-t-il répliqué. Je ne m’attendais pas à y être. Je n’avais jamais rêvé de la LNH. Pour moi, la LNH représentait le résultat d’un travail assidu. Mais je rêvais depuis l’âge de sept ans de venir aux Jeux olympiques. Je réalise mon rêve à 40 ans. Je suis comme mes enfants à Noël. Quand on me demande ce que je pense de la glace ou de la patinoire ici à Milan, je suis la mauvaise personne pour y répondre. Je trouve les conditions géniales!

« J’ai vécu de beaux moments au hockey. Mais ma présence à Milan pour les Jeux olympiques balaye tout, absolument tout. Je place les JO au sommet. Je sais que financièrement la LNH m’a offert une immense sécurité pour ma famille. Mais dans mon cœur, il n’y a rien qui bat les Jeux olympiques et le maillot de la France. »

En 2030, la France sait déjà qu’elle participera au tournoi olympique au hockey en raison de son statut de pays hôte.

« Non, je n’y serai pas, a rapidement répliqué Bellemare. Je dis non par respect pour ma famille. Je ne peux pas m’accrocher pour quatre années de plus. J’ai déménagé trop souvent. J’ai vécu une vie magnifique dans la LNH, mais ça venait avec des sacrifices familiaux. Quand j’ai choisi de jouer en Suisse, je pensais aux JO, mais je désirais aussi trouver une stabilité pour ma femme et mes enfants.

« Mon garçon a huit ans et ma fille a six ans. Mes enfants ont jeté trop de choses. Ils ont trop souvent fait le tri dans leurs jouets. À Ajoie, je peux rester un papa. Je reconduis mes enfants tous les matins pour l’école et je peux faire des courses. J’allège l’emploi du temps de ma femme. En Suisse, le plus long voyagement est de trois heures. Ce n'est pas la LNH. Mais je ne resterai pas quatre autres années. À un moment, il faut savoir quand arrêter. »

CHI@SEA: Bellemare récupère un retour pour faire 2-0

Aux yeux de Cristobal Huet, l’entraîneur des gardiens de la France, Bellemare fait déjà partie des légendes du hockey au sein de l’Hexagone.

« Il symbolise énormément de choses pour le hockey français, a mentionné Huet. Il a vécu bien des étapes avec l’ancien groupe, l’autre génération. Il est toujours aussi attaché à l’équipe de France. Il est un grand meneur et un modèle pour la prochaine génération chez nous. »

Avec 700 matchs d’expérience dans la LNH, Bellemare trône au sommet parmi les joueurs originaires de la France. Il vient au deuxième rang pour les points (138). Antoine Roussel, qui a joué 607 rencontres, domine cette catégorie avec 197 points.