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Tocchet, qui a été un choix de sixième ronde des Flyers (121e au total) au repêchage 1983, allait entamer sa huitième saison avec l’équipe lorsqu’elle a fait l’acquisition de Brind’Amour, alors âgé de 21 ans, ainsi que de l’attaquant Dan Quinn dans une transaction avec les Blues de St. Louis en retour du défenseur Murray Baron et de l’attaquant Ron Sutter le 22 septembre 1991.
Brind’Amour, le neuvième choix au total du repêchage 1988, avait amassé 49 points (17 buts, 32 passes) en 78 rencontres la saison précédente, sa deuxième avec les Blues.
« Je ne sais pas pourquoi St. Louis (l’a échangé) », a admis Russ Farwell, qui a été directeur général des Flyers entre 1990 et 1994. « Je crois que Sutter cadrait davantage avec eux, c’est lui qu’ils voulaient. Nous avons donc conclu cette transaction, et ce fut un très bon échange pour nous. »
Sutter était le capitaine des Flyers, et Tocchet a rapidement été désigné comme son successeur. Philadelphie était une équipe en transition, qui tentait de se rajeunir. Tocchet, qui avait alors 27 ans et qui était déjà adjoint au capitaine depuis trois saisons, était le choix évident pour porter le « C ».
« Il était vraiment dur, il n’avait peur de rien », se souvient l’ancien attaquant des Flyers Mark Pederson. « J’avais énormément de respect pour lui. Il a été le visage des Flyers pendant longtemps, et la passion avec laquelle il portait ce chandail et exerçait son leadership, je n’avais jamais vu ça. »
Le premier point de Brind'Amour avec les Flyers a été une mention d’aide sur un but de Tocchet en première période dans un verdict nul de 2-2 contre les Penguins de Pittsburgh le 6 octobre 1991.
Brind'Amour a disputé la majorité de la saison sur un trio complété par Pederson et Kevin Dineen, et il a été le meneur de Philadelphie avec 77 points (33 buts, 44 passes) en 80 rencontres. Pederson, un joueur de soutien qui a disputé 169 parties avec quatre équipes en cinq saisons dans la LNH, a connu sa meilleure saison, et de loin, à l’aile de Brind'Amour, récoltant 40 points (15 buts, 25 passes) en 58 parties.
Déjà, Brind'Amour avait gagné une réputation en raison de son éthique de travail et de son dévouement envers sa condition physique. Ce dévouement s’est étendu à ses joueurs depuis le début de sa carrière d’entraîneur.
« Ce que je peux dire au sujet de "Roddy", c’est qu’il était impossible de travailler plus fort que lui, a soumis Tocchet. Après un match, il allait dans le gymnase. Les gars rentraient chez eux, et il soulevait des poids. Après une pratique intense, il restait sur la glace pour faire des tours de glace supplémentaires. Ça ressemble à leur équipe. Ils travaillent. Si vous voulez jouer pour lui, il faut travailler. »
Brind'Amour se souvient aussi de traits de personnalité de Tocchet à l’époque qui le prédisposaient à devenir entraîneur une fois sa carrière de joueur terminée.
« Il était un grand leader, a noté Brind'Amour. Il prenait vraiment soin des jeunes joueurs. J’étais l’un d’eux à l’époque. Je m’en souviens très bien. Il était évidemment un bon joueur et tout ça, mais c’était surtout cet aspect que je retenais. Il avait compris ce que ça voulait dire former une équipe, et c’est pourquoi il est un bon entraîneur. »
De l’incertitude suivait Tocchet tout au long de la saison 1991-92 en raison d’une dispute contractuelle et de la direction évidente que les Flyers, en pleine reconstruction, s’apprêtaient à prendre. Lorsqu’il est devenu clair que l’équipe allait rater les séries pour une troisième année de suite, Farwell a pris la difficile décision de l’échanger dans une transaction monstre avec leurs grands rivaux des Penguins le 19 février 1992.
Philadelphie a cédé Tocchet, un choix de troisième ronde en 1993, le défenseur Kjell Samuelsson et le gardien Ken Wregget et a obtenu en retour Recchi, le défenseur Brian Benning et un choix de premier tour au repêchage 1992.
« Nous sentions que nous avions besoin de procéder à ce changement, parce qu’il était fâché contre nous en raison de son contrat, a expliqué Farwell. Il était toutefois très motivé. "Tocc" pensait qu’il était un joueur de premier trio et, de bien des façons, c’est ce qu’il était. Il marquait et il jouait avec détermination et courage. »
La même chose pourrait être dite au sujet de Brind'Amour, qui a continué à connaître du succès avec les Flyers après le départ de Tocchet. Farwell a alors conclu une autre transaction majeure au repêchage 1992 pour faire l’acquisition d’Eric Lindros, ce qui a accéléré grandement la reconstruction de Philadelphie.
En 1995, les Flyers étaient de retour en séries. En 1997, ils ont atteint la finale de la Coupe Stanley pour la première fois depuis 1987, alors que Brind'Amour a marqué deux buts, dont le but gagnant, dans la victoire de 4-2 qui éliminait les Rangers de New York dans le match no 5 de la finale de l’Est.
Les Flyers ont toutefois été balayés par les Red Wings de Detroit en finale, et leur quête de la bonne combinaison pour mettre la main sur leur premier titre de la Coupe Stanley depuis 1975 a finalement poussé l’équipe à échanger Brind'Amour aux Hurricanes le 23 janvier 2000.
Philadelphie a cédé Brind'Amour, le gardien Jean-Marc Pelletier et un choix de deuxième ronde en 2000 à la Caroline en retour du centre Keith Primeau et d’un choix de cinquième tour en 2000. Il a terminé son passage avec les Flyers avec 601 points (235 buts, 366 passes). Lindros est le seul joueur à avoir amassé plus de points (643) au cours du passage de Brind'Amour à Philadelphie.
« J’ai eu la chance d’arriver au moment où je suis arrivé, a déclaré Brind'Amour. Nous étions une équipe jeune à l’époque, et j’ai aimé chaque minute de mon passage dans cette ville. Les partisans, l’environnement, les mentors qui étaient en place. »
Moins de deux mois après l’échange de Brind'Amour – le 8 mars 2000 – Tocchet est revenu avec les Flyers dans le cadre d’une transaction avec les Coyotes de Phoenix en retour de l’attaquant Mikael Renberg. Il allait s’agir du dernier arrêt de sa carrière de 18 saisons avant sa retraite en 2002.
Tocchet a amassé 11 points (cinq buts, six passes) en 18 matchs des séries en 2000 pour aider Philadelphie à atteindre la finale de l’Est, avant de perdre en sept parties contre les Devils du New Jersey. Il est ensuite devenu un précieux mentor pour les jeunes joueurs alors que les Flyers ont amorcé un nouveau cycle de rajeunissement de leur formation.
« Tocc, je n’aurais pu demander quelqu’un de mieux pour m’aider à ma première année, a louangé Williams. Il m’emmenait partout avec lui. Il a payé pour la majorité de mes repas à ma saison recrue. Lorsque l’été est arrivé et que nous avons été éliminés, il m’a demandé si je voulais aller en Californie avec lui pour m’entraîner.
« Il m’a tout appris sur ce que ça prenait être un professionnel, et il m’a montré comment être un joueur de la LNH. Il a été fantastique. »
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Tocchet et Brind'Amour ont depuis chacun de leur côté connu une carrière fructueuse comme entraîneurs. Brind'Amour a remporté le trophée Jack-Adams en 2021 avec la Caroline. Tocchet l’a imité en 2023-24 avec les Canucks de Vancouver.
Comme ce fut le cas lorsque leurs chemins se sont croisés comme coéquipiers, Brind'Amour et Tocchet se retrouvent à des moments différents de leur carrière derrière le banc. Pour Brind'Amour et les Hurricanes, la présente saison doit se terminer avec une conquête de la Coupe Stanley pour ne pas être considérée comme un échec après avoir atteint la finale d’association à trois reprises (2019, 2022, 2024) sous ses ordres, sans être en mesure d’aller plus loin.
La Coupe Stanley est également l’objectif de Tocchet et des Flyers. Mais avec une première qualification en séries depuis 2020 et une victoire au premier tour contre les Penguins, la première saison de l’entraîneur avec cette jeune équipe (moyenne d’âge de 27 ans) est déjà considérée comme un succès.
Tocchet a fait ses débuts dans le métier d’entraîneur à titre d’adjoint avec l’Avalanche du Colorado (2003-2004) et les Coyotes de l’Arizona (2005-06) avant d’obtenir sa première chance comme entraîneur-chef avec le Lightning de Tampa Bay (2008 à 2010). Il est retourné avec les Penguins comme adjoint (2014 à 2017) et a aidé l’équipe à remporter la Coupe Stanley en 2016 et 2017, avant d’obtenir une autre chance comme entraîneur-chef avec les Coyotes (2017 à 2020).
Tocchet est ensuite passé des Coyotes aux Canucks (2023 à 2025), mais a quitté Vancouver après la dernière saison, ce qui lui a ouvert la porte pour un retour avec les Flyers cette saison.
« J’ai toujours pensé que Tocc allait exceller comme entraîneur, a assuré Williams. Il possède une grande personnalité, une grande aura, une grande compréhension du sport, une mentalité de leader. C’est la même chose pour Roddy, mais Roddy m’a surpris un peu plus parce qu’il n’était pas toujours le joueur le plus vocal dans le vestiaire.
« Il bénéficiait évidemment du respect de tous quand il parlait, mais il ne le faisait pas trop souvent, alors c’est pour ça que je ne pensais pas qu’il se dirigerait immédiatement dans une carrière d’entraîneur, mais c’est ce qu’il a fait. »
Après avoir pris sa retraite comme joueur en 2010, Brind'Amour a travaillé brièvement dans le département de développement des joueurs des Hurricanes avant de rejoindre leur personnel d’entraîneur comme adjoint en 2011. Il a passé sept saisons dans ce poste avant d’être promu entraîneur-chef en 2018. Il héritait alors d’une équipe qui avait raté les séries éliminatoires au cours de neuf saisons de suite.
La Caroline ne les a jamais ratées depuis.
« Il était un joueur tellement déterminé, et il dirige de la même façon », a dit Farwell, aujourd’hui vice-président aux opérations hockey pour les Thunderbirds de Seattle, dans la Ligue de hockey de l’Ouest. « Ce qu’il a fait après sa carrière de joueur est exactement ce que nous avons vu chez lui quand nous l’avons rencontré pour la première fois. »
Contrairement à Williams, Farwell n’est pas du tout surpris que Brind’Amour soit devenu entraîneur, en raison de son côté compétitif. Inversement, il n’aurait jamais pensé à l’époque que Tocchet deviendrait lui aussi entraîneur.
« Mais maintenant que je les vois évoluer depuis, je comprends pourquoi, a affirmé Farwell. Il a démontré depuis qu’il est totalement investi dans le hockey. Beaucoup de joueurs vedettes ne sont pas prêts à investir tout le temps nécessaire pour être entraîneurs, mais il l’a fait et il fait du bon travail. »
L’ailier des Hurricanes Taylor Hall, qui a joué sous les ordres de Tocchet avec les Coyotes en 2019-20, a indiqué que la seule similitude dans le style de Tocchet et de Brind’Amour est leur attention aux détails. Mais pour le reste, « je dirais qu’ils sont assez différents.
« Ils sont d’anciens joueurs qui ont connu une carrière extraordinaire, mais comme entraîneur, je pense que Tocc est un peu plus intense, a souligné Hall. Rod peut sembler intense, mais il est un peu différent. Je dirais que Rod est plus calme qu’il en a l’air. »
Même s’ils sont différents dans leur approche, Tocchet et Brind’Amour arrivent facilement à vendre leur philosophie à leurs joueurs afin de connaître du succès, particulièrement en séries éliminatoires. Williams est d’avis que c’est dû à leur curriculum vitae comme joueurs de premier plan dans la LNH.
Tocchet a terminé sa carrière dans la LNH avec 952 points (440 buts, 512 passes) en 1144 matchs. Brind’Amour, qui a gagné le trophée Selke à titre de meilleur attaquant défensif de la Ligue en 2006 et 2007, a cumulé 1184 points (452 buts, 732 aides) en 1484 rencontres.
Tocchet jetait les gants plus souvent, comme en témoignent ses 1815 minutes de pénalité avec les Flyers, un record. Brind’Amour, qui a cumulé 1100 minutes de pénalité, dont 563 avec les Flyers, ne redoutait pas le jeu viril lui non plus.
« Ils sont similaires dans ce à quoi ils s’attendent de leurs joueurs, a dit Williams. Ils s’attendent à ce qu’ils donnent tout ce qu’ils ont chaque fois qu’ils sont sur la glace. Ils imposent aussi le respect et ils ont une certaine aura. Personne ne peut dire qu’ils ne l’ont jamais fait ou que ce n’est pas de cette façon qu’ils jouaient. »