Pascal Vincent

Dans le cadre des textes de la série « Tête-à-tête avec… », nous nous entretenons avec des acteurs du monde du hockey afin d'en apprendre plus sur leur vie sur la glace et à l'extérieur. Cette édition met en vedette l’entraîneur-chef des Blue Jackets de Columbus Pascal Vincent.

WASHINGTON – Lorsqu’on demande à Pascal Vincent ce que représentera son premier match comme entraîneur-chef dans la LNH, ses yeux s’illuminent.

« Trente ans, mon ami. Trente ans de travail », a lancé le pilote des Blue Jackets. « Quand j’étais un enfant, mon plus grand rêve était de jouer dans la LNH. Quand j’ai compris que je n’étais pas assez bon, je me suis dit que je pourrais m’essayer comme entraîneur. »

Le rêve de Vincent se réalisera lorsque les Blue Jackets lanceront leur saison jeudi à domicile contre les Flyers de Philadelphie (19 h HE; NBCSP, BSOH).

Le Québécois de 52 ans compte relever le défi de prendre les rênes des Blue Jackets, qui ont terminé au 31e rang de la LNH (25-48-9), eux qui ont vu leurs joueurs rater un total de 563 matchs en raison des blessures, un record de concession. Vincent a reçu une promotion afin de prendre la place de Mike Babcock, qui a démissionné le 17 septembre à la suite de l’enquête de l’Association des joueurs de la LNH sur son comportement, lui qui a demandé aux joueurs de partager leurs photos personnelles sur leur cellulaire dans le vestiaire.

Vincent était un candidat pour le poste d’entraîneur-chef des Blue Jackets avant qu’ils fassent l’embauche de Babcock, le 1er juillet. Il l’était aussi lorsque l’équipe a engagé Brad Larsen en 2021. Il a dirigé pendant 11 saisons dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, avec les Screaming Eagles du Cap-Breton (1998-2008) et avec le Junior de Montréal (2008-2011), avant de faire le saut comme entraîneur adjoint avec les Jets de Winnipeg pour les cinq années suivantes (2011-16).

Mais après cinq saisons à diriger le club-école des Jets, le Moose du Manitoba (2016-21), et même gagner le titre d’entraîneur de l’année en 2017-18, Vincent a décidé de changer de camp et de se joindre aux Blue Jackets comme entraîneur associé en 2021.

« Il y a eu beaucoup de sacrifices, a-t-il souligné. À vrai dire, je ne sais pas si on peut parler de sacrifices. Ce n’est pas le bon mot. Chaque matin, je me réveille, je me rends à la patinoire, et je suis payé pour le faire. C’est un boulot plutôt incroyable, mais il y a beaucoup de voyagement et de sacrifices à faire par rapport à la famille, ainsi qu’envers les gens qui te soutiennent. Ce premier match sera un moment important dans ma vie, c’est certain, et un grand remerciement pour tous ceux qui sont derrière moi depuis ce temps. »

Dans cette entrevue avec LNH.com, Vincent a accepté de discuter de son nouveau rôle, de sa philosophie comme entraîneur-chef, d’Adam Fantilli, de Patrick Laine et plusieurs autres sujets.

Tu dois avoir vraiment hâte à ce premier match, jeudi?

« Énormément. La dernière saison a été longue pour tout le monde, et il y a eu quelques changements cet été chez les Blue Jackets. On tourne la page et nous avons hâte. Nous sommes en santé, ce qui n’était pas le cas pendant la majeure partie de la saison l’an dernier, même dès le premier match. Les gars sont arrivés en forme au camp d’entraînement. Le camp a été relevé. Nous avons fait quelques ajustements, et tout le monde a hâte. »

Les circonstances dans lesquelles tu as obtenu le poste d’entraîneur-chef n’étaient pas idéales, mais quelle sera ton approche?

« J’étais prêt. J’ai eu des entrevues tout l’été (pour d’autres postes d’entraîneurs), tout comme dans les dernières années. Pour moi, c’était une question de temps et de préparation. Je sens que j’ai fait tout ce qui était possible comme personne, comme entraîneur, pour mériter cette opportunité. J’ai travaillé vraiment fort. Tout le monde que je côtoie dans (le monde du hockey) le sait, mais parfois, c’est une question de timing. Tu ne peux pas le choisir. C’était une semaine difficile, vraiment difficile pour nous tous, mais nous sommes maintenant dans le moment présent. »

Quel a été le principal défi pour toi après avoir accepté ce poste à quatre jours du début du camp d’entraînement?

« Le manque de temps! » (rires)

« Nous avons tout revu et nous avons effectué quelques changements par rapport au camp et aux systèmes, mais le gros du travail avait été fait durant l’été. »

« Mike et moi, nous avions une vision similaire de la façon dont ce sport doit être joué, donc il n’y avait pas beaucoup de changements à faire. Les différences sont au niveau de la communication et du vocabulaire, mais les systèmes sont relativement similaires. »

Comment les joueurs ont-ils réagi à ce changement d’entraîneur si près du début du camp d’entraînement?

« Vous savez, ces joueurs peuvent être échangés à tout moment. Ils savent ce que c’est. Ils peuvent passer à autre chose rapidement, et si on me congédie demain, ils vont rapidement tourner la page. »

Comment décrirais-tu ton style derrière le banc?

« Je ne pense pas que j’ai un style. Avant tout, je suis moi-même, et je vais ajuster mon style selon la qualité des performances, la façon dont nous nous sommes comportés et la façon dont nous avons pratiqué. Nous devons travailler fort et faire les bonnes choses – et je ne parle pas de victoires ou de défaites ici – puisque nous allons pousser les joueurs et nous avons nos standards. Mais si ce n’est pas le cas, alors j’aurai une approche différente. La LNH a changé au fil des années, et la Ligue est plus jeune, plus rapide. Nous devons nous adapter et évoluer.

Même avant le départ de Babcock, plusieurs observateurs estimaient que les Blue Jackets pourraient faire un bond vers le haut du classement cette saison. Ces attentes tiennent-elles toujours.

« Je ne pense pas au classement. Ce qui retient mon attention, c’est ce que nous allons faire aujourd’hui, et comment nous allons être meilleurs demain. »

Mis à part la santé, dans quelles facettes du jeu l’équipe doit-elle être meilleure?

« Avec la saison que nous avons connue l’an dernier, nous devons retrouver le respect des autres équipes dans la Ligue, et c’est à nous de le faire. Pour y parvenir, nous devons retrouver notre confiance et savoir que nous pouvons faire le travail. Notre formation est très différente de ce qu’elle était. Les gars croient en eux. Nous verrons comment ça se passera. »

Quelle est ton évaluation d’Adam Fantilli, que vous avez repêché au troisième rang l’été dernier?

« Il est vraiment très bon. Tout d’abord, il n’a pas l’air d’un gars de 18 ans. C’est un meneur. Son coup de patin est solide. Parfois, quand un jeune joueur arrive dans la Ligue, il se retrouve à côté des plus vieux, des vétérans, et il est intimidé, ce qui est normal. Mais il n’est pas timide du tout, et il a faim, donc je m’attends à ce qu’il devienne un très bon joueur pendant longtemps avec nous. »

Quelle sera ton approche avec lui? Est-ce que tu vas lui donner de la liberté? Y’a-t-il des éléments que tu vas suivre de près?

« Nous avons un travail à faire, mais nous avons un excellent vestiaire. Je sais que les vétérans vont le prendre sous leur aile. Nous devons l’entourer. On doit le voir comme un diamant qu’on doit protéger. C’est un excellent joueur. Il y a des phases dans la saison de la LNH. Tout d’abord, il y a l’excitation du camp d’entraînement et le début de la saison, puis il y a une baisse en novembre et décembre. Puis les choses deviennent vraies après la pause du match des étoiles. C’est à ce moment que nous allons devoir évaluer comment il joue et s’il a frappé un mur, puisque ça pourrait se produire. »

Tu connais bien Patrik Laine, puisque vous étiez aussi ensemble dans l’organisation des Jets. Il a indiqué qu’il voulait davantage devenir un leader. Est-ce que tu trouves qu’il a progressé dans cette facette.

« Oui. Mais vous savez quoi? Toi et moi, nous ne savons pas ce que c’est d’être le deuxième choix (total du repêchage 2016) et de faire face à cette pression. En plus, selon l’endroit où tu joues, comme dans un marché canadien, ça peut être difficile. C’est un gars que les gens ne connaissent pas parce que tout ce qu’ils voient, c’est le joueur, mais pas la personne. Ça devrait être le cas. C’est un gars très humble, très généreux. C’est un excellent joueur d’équipe. Il n’est pas du tout égoïste. Il est plus mature dans son approche du jeu et d’autres éléments du jeu, mais il a toujours été ce genre de personne. »

Est-ce que Laine est en train de devenir un joueur de centre?

« Nous travaillons là-dessus, et jusqu’à présent, il a été très impressionnant.

Il veut jouer au centre. Qu’est-ce que ça dit sur lui?

« Je pense que ça le motive. Il veut aider l’équipe à gagner. C’est tout ce qu’il veut en ce moment. Je lui ai dit que ça pourrait possiblement avoir un impact sur son nombre de points à la fin de l’année, et il m’a répondu : ‘À ce stade de ma vie et de ma carrière, ça ne me dérange pas. Je veux tout simplement aider l’équipe à gagner des matchs. »