Celebrini_family

MILAN – La rondelle était déposée sur le point central de mise en jeu en zone neutre. Macklin Celebrini tournait lentement à sa ligne bleue, alors qu’il s’apprêtait à s’élancer à l’occasion d’un tir de pénalité aux Jeux olympiques à l’âge de 19 ans.

Ses parents, son frère et sa sœur le regardaient depuis les gradins du Santagiulia Arena avec les autres familles des membres d’Équipe Canada et les milliers d’autres spectateurs sur place, ainsi qu’un nombre incalculable de personnes à la télévision.

« Et tout d’un coup, a mentionné Rick Celebrini, son père, on a pu ressentir ce moment. »

Macklin s’est emparé de la rondelle et s’est dirigé vers le but adverse. Joueur gaucher, il a effectué une feinte sur son revers, avant de ramener le disque sur son côté fort et de battre le gardien d’Équipe France Julian Junca du côté du bouclier, en faisant en sorte que tout ça semble facile.

Le centre des Sharks de San Jose est devenu le premier joueur de la LNH à marquer sur un tir de punition aux Jeux olympiques. Calmement, il a effectué un virage à sa gauche vers la rampe et il est allé accepter les félicitations de ses coéquipiers sur le banc, en commençant avec le centre Connor McDavid.

Plus tard, après avoir ajouté un autre but et une mention d’aide dans un gain de 10-2 dimanche aux Jeux olympiques d’hiver de Milano Cortina 2026, il a ajouté : « Je n’ai pas trop réfléchi ». Il a pratiqué cette manœuvre. Il l’a exécutée, et ça a fonctionné.

« Nous étions nerveux, et nous nous trouvions sur le bout de notre siège, a indiqué Rick. Mais au cours des dernières années, il s’est placé en position de réussir des buts qui semblaient impossibles, et il les a marqués.

« Il l’a fait dans toutes sortes de situations, ce qui fait que nous ne sommes pas nécessairement inquiets au sujet de ses aptitudes au hockey – je pense qu’il les a déjà démontrées – mais plus par rapport au contexte et au moment. Il est toutefois capable de se concentrer uniquement sur le hockey.

« Nous n’y pensions pas sur le moment pendant son tir de pénalité, mais avec du recul, j’imagine que nous ne devrions plus être surpris. »

L'équipe de LNH.com revient sur la ronde préliminaire et met la table pour la suite

Robyn Celebrini, la mère de Macklin, affirme qu’elle n’est plus nerveuse quand elle regarde son fils jouer. Et que c’est la même chose quand elle regarde tous ses enfants évoluer dans leur sport. Son fils Aiden, 21 ans, est défenseur à l’Université de Boston et a été un choix de sixième ronde (171e au total) des Canucks de Vancouver au repêchage 2023. Sa fille Charlie, 16 ans, joue au tennis. Son fils R.J., 13 ans, joue aussi au hockey.

« Je les regarde, et j’aime les voir trouver les solutions en pleine action, puisque je sais que ça fait simplement partie du processus, a-t-elle expliqué. J’imagine que j’en suis là aujourd’hui. Oui, il s’agit d’un moment où la pression est élevée, mais en tant que mère, je n’y pense plus vraiment. Je crois que je suis passée à autre chose, que je suis devenue un peu plus philosophe par rapport à tout ça. »

* * * * *

Rick et Robyn ont accepté de rencontrer le LNH.com mardi afin de discuter de leur expérience en tant que parents qui regardent leur fils de 19 ans exceller aux Jeux olympiques, eux qui possèdent une histoire unique. Dans le cadre de cette rencontre, ils ont un peu levé le voile sur la manière dont Macklin s’est rendu jusque-là, et qui il est.

Ancien joueur de soccer professionnel, Rick a travaillé avec plusieurs organisations sportives à titre de physiothérapeutes, notamment avec les Canucks et les Warriors de Golden State dans la NBA, avec qui il occupe aujourd’hui le poste de directeur de la médecine sportive et de la performance.

Il a travaillé aux Jeux olympiques d’hiver à trois occasions. Il a été le physiothérapeute de l’équipe masculine de ski alpin du Canada à Lillehammer en 1994 et à Salt Lake en 2002, avant d’agir à titre de thérapeute en chef et de directeur médical aux Jeux de 2010 à Vancouver.

Lorsque Sidney Crosby a marqué le but en or pour le Canada à Vancouver, Robyn, Aiden, Maclin et Charlie se trouvaient à la maison avec les enfants. Rick se trouvait avec l’équipe médicale à l’aréna.

« J’étais littéralement à environ 40 pieds de Sid quand il a compté », a raconté Rick.

Macklin évolue aujourd’hui avec Sid aux Jeux olympiques, et Rick et Robyn profitent de ces Jeux d’une manière différente.

Ils passent leur temps au Hockey Canada Ice Palazzo, un endroit réservé aux joueurs de hockey, aux patineurs de vitesse et aux patineurs artistiques canadiens et leur famille. Ils vont aux matchs au Santagiulia Arena en arborant leur chandail du Canada. Ils rencontrent les Sidney Crosby, les Connor McDavid et plusieurs autres joueurs.

« Nous sommes vraiment des parents, des partisans et des spectateurs qui tentent de s’imprégner de tout ça, a imagé Rick. Nous avons rencontré la plupart des parents, et comme nous nous y attendions, ce sont de formidables personnes. Ce fut plaisant d’apprendre à les connaître dans différentes situations et de discuter de leur vie. Ils ont été accueillants et encourageants, alors ce fut vraiment super. »

Macklin évolue à l’aile droite du premier trio du Canada, en compagnie de McDavid au centre et de Tom Wilson ou Nathan MacKinnon à gauche.

Lorsqu’il patine aux côtés de McDavid et MacKinnon, Macklin est celui des trois qui a amassé le moins de points dans la LNH cette saison, même s’il se trouve au quatrième rang du circuit avec une récolte de 81 points (28 buts, 53 passes) en 55 matchs. McDavid est le meneur de la ligue avec 96 points (34 buts, 62 passes) en 58 rencontres avec les Oilers d’Edmonton. MacKinnon le suit avec 93 points (40 buts, 53 passes) pour l’Avalanche du Colorado.

Macklin a inscrit le premier but du tournoi pour le Canada.

Après la ronde préliminaire, au cours de laquelle toutes les équipes ont disputé trois parties, il avait récolté six points (quatre buts, deux passes), ce qui lui confère une égalité avec Crosby (deux buts, quatre passes) et avec l’attaquant de la Slovaquie Juraj Slafkovsky (trois buts, trois passes) au deuxième rang de la compétition. McDavid est le meneur avec neuf points (deux buts, sept passes).

Macklin a établi le record pour le plus de buts par un joueur de moins de 20 ans aux Jeux olympiques auxquels prenaient part les joueurs de la LNH. Il a amélioré la marque du défenseur Olli Maatta, auteur de trois filets avec la Finlande à Sotchi en 2014. Celebrini a également égalé le record de points pour un joueur de moins de 20 ans, qui appartenait à l’attaquant Evgeni Malkin, qui avait obtenu six points (deux buts, quatre passes) en sept matchs avec la Russie à Turin en 2006.

Il pourrait ajouter à ce total au cours de la portion à élimination directe du tournoi. Les Canadiens ont conservé une fiche de 3-0-0-0 en ronde préliminaire, ce qui leur a valu un laissez-passer jusqu’en quart de finale et le premier rang du classement général. Ils affronteront le gagnant du duel entre la Tchéquie et le Danemark, présenté mardi, dans leur match de quart de finale de mercredi (10 h 40 HE; Peacock, USA, CBC Gem).

« Il est l’un des meilleurs joueurs au monde, sans égard à son âge, a affirmé MacKinnon. Il est l’un des cinq ou sept meilleurs joueurs au monde, sans aucun doute. »

MacKinnon a ajouté qu’il ne pouvait pas s’imaginer à 19 ans dans un environnement olympique.

« J’étais un idiot, a lancé MacKinnon. Non. Non. Pas assez bon. Pas assez mature. Pas assez quoi que ce soit. »

Celebrini_vsTeamFrance

Macklin est à la fois assez bon et assez mature.

« C’est incroyable de voir quelqu’un de 19 ans être aussi investi sur la glace comme en dehors, a poursuivi MacKinnon. Je crois que tout le monde peut apprendre de lui, même s’il n’a que 19 ans. Aucun de nous n’est parfait, et nous pouvons toujours apprendre de nouvelles choses, et je vais assurément tenter d’apprendre de lui et de tous ceux qui sont ici. »

Certains des traits de Macklin peuvent être expliqués par son expérience. D’autres sont toutefois tout simplement spéciaux.

Lorsqu’il était jeune, Macklin a appris de son père, et a aussi souvent été en contact avec des athlètes d’élite, grâce au métier de son père. Il a quitté la maison à 14 ans pour aller jouer à Shattuck-St. Mary's, à Faribault, au Minnesota.

« Il est rapidement devenu très clair que s’il voulait atteindre ses objectifs, ce serait à lui de prendre les moyens, et qu’il allait devoir prendre ses responsabilités et grandir très rapidement, a énoncé Robyn. Je crois que ça a assurément façonné celui qu’il est devenu. »

À 16 ans, il jouait avec Chicago dans la United States Hockey League. À 17 ans, il évoluait à l’Université de Boston. À 18 ans, il est devenu le premier choix au total du repêchage 2024, a porté les couleurs de San Jose et habitait avec le membre du Temple de la renommée du hockey Joe Thornton, qui a remporté l’or avec le Canada en 2010. Il a rejoint Crosby, MacKinnon et d’autres joueurs de la LNH pour représenter le Canada au Championnat du monde 2025.

Il a marqué un but à chacun de ses premiers matchs dans la USHL, la NCAA, la LNH et aux Jeux olympiques.

Celebrini_Junca

« Il est le produit de plusieurs expériences différentes, comme c’est le cas pour tout le monde, et certaines des personnes avec qui il a interagi ont pu l’aider en cours de route, a dit Rick. Cependant, je crois aussi qu’il y a une partie de tout ça qui est innée en lui.

« C’est une combinaison de ce que la nature lui a donné et de ce qu’il a pu travailler. Je ne pense pas que ce soit seulement les environnements auxquels il a été exposé et les expériences qu’il a vécues. C’est aussi qui il est. Une partie de ce qui lui a permis de connaître du succès jusqu’ici repose sur sa concentration et sa capacité à ne pas se laisser atteindre par le bruit ambiant, à demeurer concentré sur la tâche à accomplir. »

* * * * *

Après le match de dimanche, le NHL Network a demandé au défenseur du Canada Cale Makar ce qu’il avait appris au sujet de Macklin Celebrini.

« Simplement à quel point il est un bon jeune, a répondu Makar. C’est fantastique de voir ce qu’il est déjà capable d’accomplir à 19 ans dans ce tournoi. Quand je repense à moi au même âge, je ne pense pas que j’étais même près de pouvoir faire ce qu’il fait. C’est assez spectaculaire de voir à quel point son jeu évolue chaque jour ici, surtout avec ses compagnons de trio et avec la manière qu’ils travaillent ensemble. »

Pour un parent, c’est la première partie de cette réponse qui résonne le plus.

« Tout au long de ce parcours un peu fou des dernières années, je pense que ce dont nous sommes véritablement le plus fiers, c’est la manière dont il accomplit tout ça, et pas seulement ce qu’il accomplit. La manière dont il parvient à demeurer humble, terre-à-terre et concentré sur les bonnes choses, sans se laisser distraire par tous le bruit extérieur, a expliqué Rick. Encore une fois, je ne suis pas certain de savoir d’où il tire tout ça, mais… »

Rick s’est tourné vers Robyn avec un sourire.

Lorsque Macklin a rencontré sa famille pour le souper à Milan lundi, ils n’ont pas parlé de hockey.

« Je trouve que c’est très, très important, a soumis Rick. Macklin est tellement bouillant. Que ce soit sur la glace ou à l’entraînement, il est tellement concentré et intense.

« Certaines personnes peuvent se servir de ça et connaître du succès sur la glace comme en dehors, parce que c’est simplement dans leur nature. Il y a d’autres joueurs ou athlètes qui ont besoin d’être joyeux en tout temps, et de ressentir de la joie quand ils jouent.

« Je crois que Macklin a besoin des deux, et il doit avoir un équilibre afin de contre-balancer l’intensité qu’il déploie sur la glace. En tant que famille, nous nous assurons de le faire rire et de profiter de la présence de tout le monde, mais nous tentons aussi de ne pas parler de hockey, pour lui donner un répit. »

Aiden n’a pu se rendre à Milan en raison de sa saison de hockey universitaire, mais Rick, Robyn, Charlie et R.J. ont pu passer du temps en famille.

« Nous menons une vie tellement occupée, et nous allons tous dans des directions différentes la plupart du temps, alors c’est bien pour nous d’être ici, a souligné Robyn. Aiden nous manque. Nous aurions souhaité qu’Aiden soit ici. J’ai quand même vraiment aimé ce moment passé ensemble. »

La famille sera de nouveau réunie à l’aréna mercredi, afin de voir ce que Macklin accomplira.