NASLUND

MONTRÉAL – Mats Näslund garde peu de souvenirs précis de sa saison de 100 points (110), la dernière dans l’histoire des Canadiens en 1985-1986.

De chez lui à Malmö en Suède, Näslund s’est replongé dans le passé le temps d’une entrevue téléphonique avec LNH.com. Le sujet était assez simple: la quête des 100 points de Nick Suzuki, qui pourrait suivre ses traces 40 ans plus tard.

« Oui, je sais que je reste le dernier joueur de 100 points chez le CH, lance-t-il en riant au bout du fil. Je n’ai pas besoin d’avoir une bonne mémoire, les partisans me le rappellent chaque fois que je reviens à Montréal. »

Näslund n’a plus remis les pieds à Montréal depuis environ deux ans. À sa prochaine visite, le « Petit Viking » risque d’entendre un discours différent.

Avec 91 points (26 buts, 65 aides) en 73 matchs, Suzuki se dirige vers une saison 102 points. Le capitaine du Tricolore aura besoin d’amasser neuf points dans les neuf derniers matchs de l’année pour obtenir le chiffre magique des 100 points.

L’homme de 66 ans aimerait-il voir cette disette de 40 ans se terminer?

« Hum… Oui et non, répond-t-il. J’ai un côté compétiteur où je me dis que je voudrais garder cette marque pour encore quelques années. Mais ça fait longtemps. Ça ne me dérange pas. Suzuki est un bon joueur et les Canadiens ont une bonne équipe. Le CH mérite d'avoir un autre joueur avec 100 points. »

« Je ne regarde pas trop de matchs des Canadiens à la télévision, mais j’ai suivi les Jeux olympiques, a-t-il poursuivi. Suzuki est un attaquant intelligent, un joueur complet. À Montréal, il n’est pas juste un moteur offensif, il est aussi le centre qui joue contre les meilleurs trios des équipes adverses. Il porte le « C » de capitaine avec fierté, il veut gagner. Il est le type de joueur que ses coéquipiers souhaitent suivre. »

Näslund avait atteint le plateau des 100 points le 13 mars 1986 au 70e match de la saison qui en comptait à cette époque 80. Ce soir-là, il avait marqué un but et récolté une passe dans un revers de 3-2 contre les Bruins à Boston.

Petr Svoboda avait déjoué le gardien Pat Riggin pour lui permettre de devenir un membre du club des 100 points. Näslund avait inscrit son 40e but de l’année lors de cette rencontre au vieux Garden de Boston.

« Bien honnêtement, je ne m’en souviens pas, de cette soirée où j’ai obtenu mon 100e point, a-t-il dit. C’était une autre époque. Il n’y avait pas de réseaux sociaux. Il n’y avait pas une trop grande concentration sur les 100 points, nous parlions plus de l’équipe. Il y avait un grand esprit d’équipe.

« Pour moi, la saison 1985-1986 est celle de la conquête de la Coupe Stanley. Je repense bien plus aux séries et au défilé sur la rue Sainte-Catherine qu’à ma saison de plus de 100 points. Je jouais avec Bobby Smith et Kjell Dahlin et en séries. J’avais participé à plusieurs rencontres avec Claude Lemieux à la place de Kjell au sein de mon trio. »

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Mats Naslund soulève la Coupe Stanley en 1986

Après une courte pause pour réfléchir, Näslund a identifié un autre souvenir précis de sa quatrième saison dans l’uniforme du CH.

« C’est anecdotique, mais j’avais reçu un chèque de 2000 $ tout juste après Noël de la part de la LNH. Ils offraient des bonis aux meilleurs pointeurs de la ligue à cette période de l’année. Wayne Gretzky était au sommet et je partageais le deuxième rang avec Mario Lemieux. De mémoire, Wayne avait hérité de 5000 $ ! Les salaires n’étaient pas aussi élevés à cette époque. Ce chèque m’avait permis d’offrir de plus beaux cadeaux! »

Au 26 décembre 1985, Näslund se retrouvait bel et bien au deuxième rang des meilleurs marqueurs de la LNH. Il avait 58 points (25 buts, 33 passes) en 33 matchs, alors que Lemieux en avait 58 en 35 matchs. Gretzky avait déjà une bonne avance au sommet avec 91 points en 35 matchs.

« Wayne a fini avec plus de 200 points, a précisé l’ancien numéro 26. Il était dans un autre monde. »

Gretzky avait connu une saison de 215 points (52 buts, 163 passes), un record qui tient toujours 40 ans plus tard. Et qui devrait encore tenir pour 40 autres années.

Avec 110 points, Näslund avait glissé au 8e rang de la LNH. Lemieux, quant à lui, avait suivi le phénomène des Oilers d’Edmonton avec une production de 141 points.

Depuis 40 ans, aucun joueur du CH n’a trouvé une place parmi les dix meilleurs pointeurs à la fin d’une saison.

« Cette statistique me surprend encore plus que de voir que je suis le dernier joueur avec 100 points », a-t-il souligné.

La santé et un bon avantage numérique

Dans la grande histoire du CH, seuls quatre joueurs ont déjà récolté 100 points ou plus : Guy Lafleux (six fois), Peter Mahovlich (deux fois), Steve Shutt (1 fois) et Näslund (1 fois).

« C’est un petit groupe quand tu penses à toute l’histoire de cette organisation, mais Jean (Béliveau) et Maurice (Richard) ne jouaient pas assez de matchs pour se rendre à 100 points, a-t-il précisé. J’aurais pensé que Jacques Lemaire ferait partie de ce club des 100 puisqu’il était l’un des meilleurs attaquants de la dynastie des années 70. »

Lemaire a frôlé à trois reprises ce chiffre symbolique avec des saisons de 92 points (1974-1975), 95 points (1972-1973) et 97 points (1977-1978).

Aux dires de Näslund, il y a deux clés essentielles pour ouvrir la porte à une récolte de 100 points.

« Tu dois jouer pratiquement tous les matchs et tu as besoin de miser sur un bon avantage numérique. J’avais cette chance. J’avais les 80 matchs et j’avais engraissé mes statistiques en supériorité numérique. »

Sur 110 points, il en avait réussi 50 en avantage numérique. Sur 91 points, Suzuki a récolté 40 points en avantage numérique. Et le numéro 14 n’a toujours pas visité l’infirmerie, participant encore une fois à tous les matchs de son équipe.

Avant de raccrocher la ligne, Näslund a offert une dernière remarque quand on lui a dit qu’il était l’idole de jeunesse de Martin St-Louis.

« C’est le signe que tu deviens vieux quand tu étais le joueur préféré d’un coach et non d’un joueur! »