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QUÉBEC -Tout juste avant le dévoilement de la statue de bronze la représentant, Manon Rhéaume disait avoir des papillons au ventre, comme quand elle faisait tomber les barrières au hockey dans les années 1980 et 1990.

« Je ne sais pas si je suis plus nerveuse aujourd'hui que je l'ai été pour ma partie avec le Lightning de Tampa Bay ou mon premier match au tournoi pee-wee de Québec », soulignait-elle, mercredi matin. « Ce sont les deux dernières fois où j'ai eu autant de papillons au ventre. »
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En voyant l'œuvre de l'artiste Guillaume D. Cyr, l'ancienne gardienne de but a dû ressentir la même fierté que lui ont procurée les neuf arrêts effectués face aux Blues de St. Louis, il y a presque 39 ans.
« C'est extraordinaire, super beau et impressionnant, s'est-elle exclamée. Je me revois au même âge, littéralement. En passant, ma coupe de cheveux c'était la mode dans le temps! », a-t-elle lancé en s'esclaffant.
La statue, une initiative de la ville de Québec, immortalise Rhéaume et Sylvain Côté, qui a connu une belle carrière dans la LNH, à l'âge où ils ont enflammé le Tournoi International Pee-Wee de Québec entre 1978 et 1984. L'œuvre se veut en outre un hommage aux bénévoles du prestigieux tournoi qui rayonne partout dans le monde.
« Je remercie la ville et l'artiste. C'est tellement un bel honneur. Je suis très touchée », a insisté Rhéaume qui, comme Côté qui était absent mercredi, est native de la région de Québec (Lac-Beauport).
L'œuvre commémorative fait partie de l'allée Jean-Béliveau, située près du Centre Vidéotron, qui honore les athlètes ayant marqué l'histoire du hockey à Québec. On y retrouve notamment des monuments qui rendent hommage à Joe Malone, Jean Béliveau et aux frères Stastny
Pour le hockey féminin, Rhéaume a été la joueuse de toutes les premières, ou presque : première à évoluer dans la Ligue de hockey junior majeure du Québec (LHJMQ), première à jouer dans la LNH et par la suite dans les rangs professionnels.
Le 23 septembre 1992, Rhéaume a marqué l'histoire du hockey en enfilant l'uniforme du Lightning pour un match hors-concours contre les Blues. Elle a disputé une période, accordant deux buts sur neuf lancers.
L'expérience lui a ouvert toutes grandes les portes du hockey professionnel pour les saisons subséquentes. Elle a également porté les couleurs du Canada aux Jeux olympiques de Nagano en 1998 - le premier tournoi olympique en hockey féminin.
Le hockey au lieu du macramé
Établie aux États-Unis depuis plusieurs années, dans la région de Detroit où elle dirige l'équipe féminine pee-wee des Little Ceasars, elle n'oublie pas ses racines ni son français!
L'événement de mercredi lui a fait se remémorer ses débuts dans le hockey. Elle racontait d'ailleurs comment elle s'y était prise afin de convaincre son père Pierre de joindre l'équipe de garçons qu'il dirigeait.
« Je m'en souviendrai toute ma vie, a-t-elle commencé par dire. Nous étions à table pour le repas et mon père se demandait quel joueur il enverrait devant le but pour un tournoi à venir de son équipe. Je servais déjà de gardienne de pratique pour mes deux frères sur la patinoire extérieure familiale et j'ai saisi l'occasion pour lui dire : "Pourquoi pas moi?" Ma mère n'était pas très d'accord sur le coup. Elle aurait préféré que je fasse du ballet ou du patinage artistique, mais elle a fini par accepter. »
Papa Rhéaume a permis à sa fille de jouer avec les garçons. On connaît le reste de l'histoire…
« C'est vrai que je ne voulais pas qu'elle joue au hockey », a souligné sa mère Nicole. « Heureusement, Pierre a toujours été là pour s'en occuper parce que c'était le "coach". »
Manon a fait tomber les préjugés un à la fois, non sans avoir rencontré des écueils sur son chemin.
« Un jour, elle devait avoir 9 ou 10 ans, elle a encaissé un tir frappé sur un bras qui lui a fait un gros "bleu" », a raconté Pierre Rhéaume, également père de deux fils, dont Pascal qui a évolué dans la LNH. « Elle disait que ça lui faisait mal. Je lui avais répondu qu'elle pouvait choisir entre le hockey ou le macramé. Ma remarque l'avait beaucoup fâchée. Pour elle, le macramé c'était hors de question, rigolait-il. Le hockey était sa passion. »
Des « bleus » sur le corps, Rhéaume en a une multitude jusqu'à ce qu'elle gravisse les échelons.
Dans les rangs juniors, dans l'uniforme des Draveurs de Trois-Rivières, elle a été ébranlée par un tir frappé qu'elle a reçu à la tête.
« Nous pensions qu'elle en mettait un peu, dit Nicole. C'est quand elle a enlevé son casque qu'on a vu du sang. Elle n'exagérait pas. »
La frappe venait tout de même de Philippe Boucher, qui a par la suite réussi plusieurs buts dans la LNH grâce à son arme de prédilection.
Une perpétuelle inspiration
Rhéaume dit avoir mis beaucoup de temps avant de constater l'impact des barrières qu'elle a fait tomber au hockey. Maintenant âgée de 49 ans, elle se prête volontiers au jeu de faire grandir sa légende et d'être une perpétuelle source d'inspiration.
« J'ai réalisé que mon histoire avait touché et inspiré les gens plusieurs années après ma carrière. Je trouve ça satisfaisant et je veux continuer d'être une inspiration », a-t-elle affirmé.
Elle a été la pionnière, mais il reste encore beaucoup à faire.
« Le hockey féminin a beaucoup évolué au fil des années. La prochaine étape serait la création d'une ligue professionnelle, comme il en existe une au basketball, a-t-elle estimé. Ce serait bien que les filles puissent gagner leur vie en pratiquant le hockey. »
Plusieurs femmes accèdent également à des postes de direction au sein des équipes professionnelles masculines. Est-ce que Rhéaume, mère de deux garçons, pourrait être tentée par une offre qu'on pourrait lui faire?
« Peut-être un jour, a-t-elle répondu, mais pour le moment j'aime ce que je fais. J'ai la chance de redonner au sport en "coachant" de jeunes filles. C'est super important pour moi. Le hockey m'a tant donné. Il m'a enseigné de belles leçons de vie. J'ai également commencé à être analyste à la télé (RDS). Je peux parler de hockey. J'aime ça aussi. »