Kelly McCrimmon VGK Cup 052726

LAS VEGAS – Sans pitié. Méchants. Les « mauvais garçons » de la LNH.

Kelly McCrimmon les a tous entendus, ces surnoms désignant son équipe. Mais selon lui, aucun d’entre eux n’a du sens.

« En fait, on les ignore complètement », a commenté le directeur général des Golden Knights de Vegas dans une entrevue avec LNH.com mercredi, moins de 24 heures après l’accession de l’équipe à la finale de la Coupe Stanley pour une troisième fois en neuf ans.

« On ne changera pas l’opinion des gens, et on ne perdra pas de temps à s’en soucier. […] On est dédiés à gagner et à traiter les gens dans notre organisation de la bonne manière. On n’a pas à s’excuser ou se soucier des autres. »

Présentement, le seul souci des Golden Knights est de remporter la Coupe Stanley. L’équipe a franchi une autre étape vers l’atteinte de son objectif en balayant l’Avalanche du Colorado en finale de l’Ouest, remportant l’ultime match de la série au compte de 2-1 mardi au T-Mobile Arena.

Même si elle a développé une tradition gagnante au fil des années, l’organisation doit essuyer son lot de critiques depuis son arrivée dans la LNH en 2017. Les prétextes sont multiples : un divorce avec un favori de la foule en Marc-André Fleury en 2021, le congédiement de l’entraîneur Bruce Cassidy avec huit matchs à jouer à la saison cette année, la décision d’interdire les autres équipes de parler avec Cassidy avant la fin des présentes séries, la mise sous contrat controversée du gardien Carter Hart, le refus de se conformer aux règles médiatiques de la LNH après le sixième match de leur récent affrontement de deuxième tour contre les Ducks d’Anaheim… 

Pendant des décennies, les Raiders d’Oakland – ou de Los Angeles de 1982 à 1994 – étaient vus comme les hors-la-loi de la NFL. Aujourd’hui, la concession opère à Las Vegas, et les Golden Knights sont vus en quelque sorte comme leur équivalent dans la LNH.

« C’est certainement l’une des trames narratives. On croirait que les gens n’osent pas nous attribuer du mérite pour notre très bon travail », a dit McCrimmon.

« Initialement, il y avait une trame narrative comme quoi on avait profité de règles trop favorables lors du repêchage d’expansion. Ensuite, comme quoi on trichait en utilisant la (liste des blessés à long terme) pour bâtir notre équipe. Qui sait quelles seront les prochaines raisons? 

« De notre côté, on reste dédiés à accomplir notre travail. Il faut prendre plusieurs bonnes décisions. Des décisions difficiles, mais surtout audacieuses. Et on en a prises. 

« L’organisation est parmi les meilleures de la Ligue nationale de hockey. Les joueurs sont heureux que la direction vise le championnat. C’est ce qu’ils visent aussi. Ils veulent gagner.

« Personne dans ce vestiaire ne dirait qu’on est ‘sans pitié’. Il s’agit uniquement de bruit extérieur. »

Les Golden Knights ne sont qu’à quatre victoires de remporter un deuxième championnat dans leur histoire. L’entraîneur-chef de l’Avalanche, Jared Bednar, a évoqué mardi qu’ils venaient de faire face à un véritable « rouleau compresseur ».

Dans le cadre de notre entretien avec McCrimmon, nous lui avons posé les sept questions suivantes :

D’abord, à quel point avez-vous été surpris de voir votre équipe balayer l’Avalanche, la meilleure équipe de la LNH en saison régulière (121 points)?

« Je ne croyais pas que quiconque allait être capable de balayer l’Avalanche considérant la saison qu’elle a connue, et considérant tout le respect qu’on porte envers cette équipe et l’organisation. C’était inattendu. Cela dit, on peut regarder le balayage et dire que cette série n’était pas serrée, mais ce ne fut pas du tout le cas. Les deux équipes étaient nez à nez. »

Il y a deux mois, avant le changement d’entraîneur, voyiez-vous cette équipe accéder à la finale de la Coupe Stanley?

« On a toujours eu une bonne idée de ce à quoi ressemble une équipe aspirante à la Coupe Stanley. On était très à l’aise avec notre formation et les ajouts qu’on a faits en cours de saison. Certains facteurs doivent pencher à ton avantage. Après les Jeux olympiques, on a eu beaucoup de difficulté à amasser des victoires. On a atteint un plateau, et on ne voulait pas que cette saison devienne une occasion ratée. Au moment de remplacer Bruce (Cassidy) par John (Tortorella), j’ai mis au clair qu’on n’aurait pas changé d’entraîneur si nos attentes n’étaient pas aussi élevées. Mais dans le cas présent, on croyait avoir une formation aspirante sous la main. C’est pourquoi j’ai pris cette décision. »

Pourquoi avoir posé ce geste si tardivement dans la saison?

« On avait passé 65 jours au premier rang du classement de notre section, puis on a chuté au deuxième rang, puis au troisième rang, et soudainement, il y avait une réelle possibilité qu’on rate les séries. On a vu plus tard à quel point les Kings ont fini la saison en force, tout comme les Predators. Peut-être n’aurait-on pas participé aux séries. À l’époque, c’est ce qu’on se disait, et c’est pourquoi on a apporté le changement à ce moment précis. Mais ça n’enlève rien au respect que j’ai pour Bruce. Il a aidé notre équipe à remporter la Coupe. On sait ce qu’il a fait pour cette concession. Mais c’était le temps de faire un changement. »

Pourquoi John Tortorella?

« Honnêtement, on voulait une embauche à la Rick Bowness, qui a eu un impact immédiat sur les Blue Jackets de Columbus lorsqu’ils l’ont embauché l’automne dernier. On se doutait que l’enthousiasme et la passion de John allaient être bien accueillis au sein de l’équipe. Il est bien dans sa peau, et on savait qu’il allait arriver et s’établir rapidement, s’ajuster rapidement. On croyait que son arrivée allait nous donner un certain élan. Voilà ce qui a influencé notre décision. John était emballé de prendre le poste, et il a accompli du bon travail jusqu’à maintenant. »

Trois finales de la Coupe Stanley en neuf saisons d’existence… Comment percevez-vous cet accomplissement?

« Il y a encore du travail à faire, mais c’est un bel accomplissement. En 2018, on avait battu une très bonne mouture des Jets de Winnipeg pour accéder à la finale de la Coupe Stanley. George McPhee, le DG de l’époque, n’avait pas vécu de finale depuis 20 ans. Le chiffre avait résonné dans mon esprit, à quel point il est difficile de se rendre jusqu’en finale. Et voilà qu’on a réussi à y accéder trois fois : à l’an 1, à l’an 6 et à l’an 9. Ce n’est pas comme si une seule cuvée de joueurs nous avait menés à trois finales d’affilée, ou à trois finales en quatre ans. On a participé à la finale avec trois formations passablement différentes. Ça témoigne du bon travail de nos dépisteurs, de notre état d’esprit et de nos décisions lorsque vient le temps de bâtir une formation. Et la finale de cette année est bien sûr un bel accomplissement considérant qu’on vient d’éliminer une équipe comme l’Avalanche. »

L’organisation a la réputation de multiplier les décisions audacieuses et de souvent attirer le joueur le plus convoité du moment, d’Alex Pietrangelo à Mark Stone en passant par Jack Eichel, Noah Hanifin, Tomas Hertl, Mitch Marner et compagnie. Comment justifiez-vous une telle philosophie?

« Les gens pensent qu’on s’intéresse à chaque joueur sur le marché, mais ce n’est pas le cas. Oui, on est agressifs, mais on cible nos intérêts selon ce qu’on considère être nécessaire pour construire une formation aspirante. On a vu l’impact qu’avait un défenseur comme Victor Hedman à Tampa Bay, donc on a ciblé Alex Pietrangelo. On avait besoin d’un centre no 1, donc on a identifié Eichel. On a travaillé sur cet échange pendant des mois avec les Sabres de Buffalo. Les gens pensent que tout le monde veut jouer et vivre à Las Vegas, mais Jack Eichel n’avait aucune clause de non-échange et il restait cinq années à son contrat. Il aurait pu être échangé n’importe où. On a payé le gros prix pour l’avoir. Je déteste échanger des joueurs, mais encore une fois, il y a une différence entre une bonne équipe, une équipe de séries, une équipe compétitive et une équipe aspirante. Il faut trouver des joueurs qui peuvent faire la différence et qui s’intégreront bien à ta formation. C’est la clé. »

Plusieurs joueurs qui ont remporté la Coupe Stanley en 2023 évoluent toujours avec l’équipe, en l’occurrence Eichel, Stone, William Karlsson, Braydon McNabb, Shea Theodore, Brett Howden, Adin Hill, Ivan Barbashev, Keegan Kolesar, Ben Hutton et Reilly Smith. À quel point cette expérience d’avoir remporté la Coupe Stanley peut-elle les aider pour la prochaine finale?

« On a remarqué l’impact que ç’a eu lors des trois premières séries, et on s’attend à ce que c’en ait un en finale aussi. Tu vis plusieurs situations différentes en quatre tours éliminatoires. Et je souligne un autre point : lorsque vous avez une équipe avec plusieurs vétérans qui ont déjà gagné, il y a beaucoup d’enthousiasme et d’énergie provenant des plus jeunes joueurs qui vivront leur première finale. Mardi, j’ai beaucoup aimé voir la réaction de ceux qui vivaient une victoire en finale d’association pour la première fois, comme Rasmus Andersson, Noah Hanifin, Nic Dowd, Cole Smith, Mitch Marner, Colton Sissons, Carter Hart… Tout le monde est emballé de participer à la finale, mais c’était très plaisant de voir ces joueurs vivre ce moment pour une première fois. »

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