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LAS VEGAS – Le 7 juin 2004, John Tortorella se trouvait au centre de la glace de l’amphithéâtre qui porte désormais le nom de Benchmark International Arena à Tampa et soulevait la Coupe Stanley au-dessus de sa tête.

Tortorella, alors entraîneur du Lightning de Tampa Bay, venait de voir son équipe vaincre les Flames de Calgary 2-1 dans le match no 7 de la finale de la Coupe Stanley. Il ressentait l’euphorie de finalement avoir la chance de se battre pour le Saint-Graal du hockey, et il se disait alors qu’il aurait la chance de revivre ce sentiment dans un avenir rapproché.

Il avait tort.

Ce ne fut pas un avenir rapproché du tout.

Mais plutôt une attente de 22 ans.

Tortorella, qui dirige maintenant les Golden Knights de Vegas, a vu son équipe obtenir son billet pour la finale de la Coupe Stanley 2026 en complétant le balayage de l’Avalanche du Colorado grâce à un gain de 2-1 dans le match no 4 de la finale de l’Association de l’Ouest devant une foule déchaînée au T-Mobile Arena mardi.

Grâce à cette victoire, Tortorella va de nouveau diriger une équipe en finale de la Coupe Stanley pour la première fois depuis cette soirée mémorable à Tampa.

Pour être plus précis, il s’agit d’un délai de 8023 jours depuis son dernier match en finale. Mais il aura de nouveau cette chance.

C’est ce type d’émotions qui l’ont submergé alors qu’il se tenait calmement derrière le banc, savourant le moment alors que ses joueurs des Golden Knights célébraient devant lui.

« On y pense toujours, a admis le pilote de 67 ans après la rencontre. C’est tout ce que nous voulons en tant que joueurs et entraîneurs. C’est pour cette raison que nous demeurons dans ce domaine, pour avoir la chance de nous battre pour avancer et tout rafler. »

Il obtient maintenant cette chance à nouveau, plus de deux décennies après avoir obtenu sa première occasion.

« Je considère les trois premières rondes comme les séries éliminatoires, a-t-il expliqué. La dernière ronde, c’est là que nous jouons pour la Coupe Stanley. Nous avons maintenant la chance de jouer pour la Coupe Stanley.

« Je suis fier de mes joueurs. »

Entre ses deux participations à la finale de la Coupe Stanley, le parcours de Tortorella a été tour à tour fructueux, sulfureux, grandiloquent, pertinent, éducatif, irritant, mais surtout jamais ennuyant.

Il est devenu le premier entraîneur né aux États-Unis à atteindre le plateau des 500 victoires en saison régulière, un total qui atteint maintenant 777. Il a remporté le trophée Jack-Adams à deux reprises à titre de meilleur entraîneur de la LNH : en 2003-04 avec le Lightning, puis en 2016-17 avec les Blue Jackets de Columbus.

Après avoir été congédié par le Lightning au terme de la saison 2007-08, il a dirigé les Rangers de New York (2008 à 2013), les Canucks de Vancouver (2013-2014), les Blue Jackets (2014 à 2021) et les Flyers de Philadelphie (2022 à 2025). Il a mené ces équipes à huit participations aux séries, mais n’a jamais atteint la finale. 

Jusqu’à aujourd’hui.

Dans des circonstances pour le moins invraisemblables.

Le 29 mars, Tortorella a été nommé entraîneur-chef en remplacement de Bruce Cassidy, ce qui a fait sourciller bien des gens dans le monde du hockey. 

Un changement d’entraîneur aussi tard dans la saison? Comment est-ce que le bouillant Tortorella allait être perçu par une équipe de vétérans comme les Golden Knights, dont l’inconstance était devenue frustrante et qui ne jouait absolument pas à son plein potentiel?

Deux mois plus tard, nous avons ces réponses.

Parce que Tortorella a mené les Golden Knights à la finale, où ils vont affronter les gagnants de la finale de l’Association de l’Est, les Hurricanes de la Caroline ou les Canadiens de Montréal, et parce que l’équipe aura la chance de soulever la Coupe Stanley pour une deuxième fois en quatre saisons.

C’est le genre de chose qui ne s’invente pas.

Et alors qu’il était assis au podium pour sa conférence de presse d’après-match, au cours de laquelle nous avons eu droit à la version songée de Torts – plutôt qu’à sa version incisive – il a remercié le propriétaire des Golden Knights Bill Foley, le président des opérations hockey George McPhee et le directeur général Kelly McCrimmon de lui avoir donné la chance de remporter la Coupe Stanley une autre fois.

« Après avoir passé les dernières semaines avec cette équipe, je peux vous dire qu’il s’agit d’un très bon groupe, a-t-il affirmé. Je suis très heureux d’obtenir cette chance à leurs côtés. »

COL@VGK: Stone épate la galerie en échappée

Une chose que Tortorella a rapidement remarquée lorsqu’il s’est joint aux Golden Knights, c’est que cette équipe était différente des équipes plus jeunes qu’il avait dirigées par le passé. Il s’agissait d’un groupe de vétérans mené par le capitaine Mark Stone et l’attaquant Jack Eichel, deux joueurs alpha qui ont remporté la Coupe avec les Golden Knights en 2023 et qui comprennent ce qu’il faut faire pour la gagner à nouveau.

Selon Tortorella, ils forment une équipe à qui on ne dit pas quoi faire, mais qu’on doit plutôt écouter.

C’est donc ce qu’il a fait, demandant l’avis de ses joueurs au sujet de ses idées pour connaître du succès, plutôt que de leur imposer.

« Je pense que c’est ainsi qu’il a communiqué avec nous sur une base quotidienne, a reconnu Eichel. C’est son message, sa manière d’agir. Ça nous semblait assurément être un effort de groupe. 

« Il venait constamment nous voir pour obtenir notre avis. »

Ensemble, joueurs et entraîneurs se sont mis d’accord : la recette du succès pour le match no 4, alors qu’ils avaient la chance d’éliminer la puissante Avalanche, était de la forcer à abandonner.

Et c’est exactement ce qu’ils ont fait.

Certes, les deux vedettes du Colorado, l’attaquant Nathan MacKinnon (bas du corps) et le défenseur Cale Makar (haut du corps), étaient mal en point. Ça n’efface pas le fait que Vegas a étouffé l’Avalanche défensivement, au point où elle n’a accordé qu’un tir au but pendant une séquence de 25 minutes.

En fin de compte, l’Avalanche, qui a mené la LNH pour les buts marqués en saison régulière avec 298, a marqué seulement sept fois en quatre parties contre Vegas.

Et comme l’entraîneur de l’Avalanche Jared Bednar l’a si bien reconnu lorsqu’il décrivait les Golden Knights : « Nous avons frappé un mur ».

Un mur dirigé par John Tortorella.

Évidemment, même avec toutes les bonnes sensations entourant son équipe, Tortorella n’a pu s’empêcher de quitter sa conférence de presse sans laisser parler sa version plus opiniâtre.

« Lâchez les baskets de "Bedsie", a-t-il lancé aux journalistes », puisqu’il savait très bien que Bednar allait faire l’objet de critiques après le balayage subi par son équipe contre Vegas.

C’était du Torts tout craché.

Nous allons maintenant voir si la version 2004 de Torts – du moins en ce qui concerne le succès qu’il a remporté – va se montrer le bout du nez en finale de la Coupe Stanley. 

Qu’il gagne ou qu’il perde, ça ne risque pas d’être ennuyant.

Du moins, lui ne le sera pas.

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