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Six fois champion de la Coupe Stanley avec les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto, Dick Duff fait partie de l'intrigue du film québécois Histoires d'hiver, qui raconte l'histoire d'un garçon passionné de hockey dans les années 1960.

Mais ce film, Duff ne l'a jamais même vu.
L'œuvre est inspirée du roman semi-biographique Des histoires d'hiver avec des rues, des écoles et du hockey, publié en 1987, de l'auteur Marc Robitaille, qui est aussi connu pour son écriture à la télévision et au cinéma.
Dans Histoires d'hiver, Martin Roy vit les tribulations typiques d'un enfant de 13 ans lors de son année scolaire 1966-67. Le garçon, qui demeure en région, pas trop loin de Montréal, est un fanatique des Canadiens de Montréal, en particulier de la vedette Henri Richard. Son plus grand souhait est de mettre la main sur des billets pour assister à un match au mythique Forum de Montréal et rencontrer son idole, allant même jusqu'à feindre une maladie pour convaincre l'équipe de lui faire parvenir des billets.

Duff card surprise

Martin a aussi une autre obsession, partagée par ses collègues de classe : les cartes de hockey, qu'ils se procurent dans des paquets de gomme au magasin général du coin.
La carte la plus désirée de toutes? Celle de la marque Topps de Dick Duff, puisque personne n'a réussi à mettre la main dessus. Du moins, jusqu'à ce que Véronique, la sœur du meilleur ami de Martin, trouve la carte par pur hasard. Elle est prête à l'échanger à Martin, mais en retour, elle veut recevoir quatre baisers, qui lui seront donnés au moment où elle le désirera.
Une histoire d'amour, mais aussi de douleur et du quotidien des adolescents de cette époque, le tout avec comme trame de fond les Canadiens et Dick Duff.
« Je n'ai jamais vu ce film et je ne pense même pas qu'on m'en ait parlé », a raconté Duff, vendredi dernier, à l'aube de son 87e anniversaire. « Je ne crois pas avoir une copie de cette carte. Mais je reçois tellement de choses du Canada, des États-Unis et d'Europe parce que les gens veulent mon autographe.
« J'imagine qu'ils me font parvenir ces objets parce que je respire encore! », a-t-il lancé en riant.

Dick Duff 1966.1

Duff voit même un lien entre cette quête de sa carte par les jeunes élèves québécois de 1966-67 et la finale de la Coupe Stanley de la même année, lorsque les Canadiens ont été surpris par les Maple Leafs de Toronto.
« Nous avons donné la Coupe aux Leafs lors de cette saison, a-t-il lancé en riant. Lors de l'été qui a suivi, c'était Expo 67, l'Exposition universelle, et le centenaire du Canada. Une fois que tout ça s'est retrouvé derrière nous, nous avons gagné les deux Coupes suivantes. »
Un ailier gauche, Duff a remporté la Coupe avec Toronto en 1962 et 1963, avant de faire de même à Montréal en 1965, 1966, 1968 et 1969. Il a disputé 1030 matchs dans la LNH entre 1955 et 1971, amassant 572 points avec les Maple Leafs, les Rangers de New York, les Canadiens, les Kings de Los Angeles et les Sabres de Buffalo. Il a fait son entrée au Temple de la renommée en 2006.
C'est lui qui a inscrit le but gagnant dans une victoire de 2-1 contre les Blackhawks de Chicago lors du sixième match de la finale de la Coupe Stanley de 1962, le premier de trois championnats consécutifs pour les Maple Leafs, la dernière dynastie de la concession.
De nos jours, un de ses plaisirs est d'aller se chercher un café et un beigne dans un restaurant près de chez lui et de tenter sa chance.
« Je raconte à la fille au comptoir que j'ai marqué le but gagnant de la Coupe en 1962, et je lui demande si elle sait qui a obtenu une passe. Et bien sûr, elle ne sait pas que c'était Tim Horton », sourit Duff en parlant du défenseur qui a fondé la chaîne de restaurants du même nom, dans lequel il se trouve.
« J'ai essayé quelques fois d'obtenir un café gratuit, mais ça n'a jamais fonctionné. J'imagine qu'ils se disent que parce que j'ai joué dans la LNH, j'étais si bien rémunéré que j'ai les moyens de m'en payer un. »

Duff first goal

La caissière serait toutefois surprise d'apprendre que lors de ses trois premiers matchs dans la LNH, Duff n'a touché que 100 $ par rencontre.
Puis, lorsqu'il a fait le saut chez les professionnels pour de bon l'année suivante, en 1955-56, il a signé un contrat d'une valeur de 7000 $.
Il y a bien peu de chance que Duff soit un jour en mesure de regarder Histoires d'hiver. Même si on lui faisait parvenir une copie, il ne possède pas de lecteur DVD. Et vous ne le verrez pas se promener sur les diverses plateformes en ligne, où l'œuvre est aussi disponible en anglais. Comme bien des gens de sa génération, il fonctionne encore comme à la vieille époque.
« Je n'ai pas de courriel, et ça ne changera pas », a-t-il lancé.
Mais l'ancien attaquant désirait en entendre davantage sur le film, avec un sentiment de fierté de voir que des enfants de 1966 désiraient sa carte.
Lorsque Robitaille a écrit son livre, il s'agissait d'un virage à 180 degrés par rapport à ce qu'il avait rédigé jusqu'à ce moment, lui qui complétait sa maîtrise en éducation. Dans ce roman illustré, il s'est remis dans la peau de l'enfant qu'il était à neuf ou dix ans, un jeune un peu maladroit qui tente de s'exprimer.
L'auteur a adopté une approche honnête pour son écriture. Le père de Robitaille, Charles, a brièvement joué au hockey junior avec les As de Québec dans les années 1940, en plus de travailler pendant près d'un demi-siècle à la papetière Anglo-Canadian Pulp and Paper Company, endroit où travaillait aussi Punch Imlach, qui allait diriger les As senior avant de faire le saut dans la Ligue américaine de hockey à Springfield, puis avec les Maple Leafs en 1958.

Duff Marc 1966.67 age 9 Rideau 1983

Encouragé par son épouse, Sylvie Lemieux, Robitaille a fait parvenir son livre, qui avait été encensé par la critique, à Claude Gagnon, puisqu'il avait entendu dire que le producteur cinématographique désirait réaliser un film avec le hockey comme trame de fond.
Le roman a touché une corde sensible chez le réalisateur François Bouvier, et l'auteur a adapté l'histoire pour en produire le scénario final.
« Quand j'étais jeune, on collectionnait les cartes, et il y en avait certaines qui ne cessaient de nous échapper. Dans mon livre, je voulais utiliser le nom d'un joueur que je trouvais cool. Dick Duff, c'est le nom parfait, un nom merveilleux. »
Le film a été tourné d'octobre 1997 à janvier 1998 sur la Rive-Sud de Montréal. Une attention particulière a été portée aux détails du temps - les vêtements, les meubles, l'équipement de hockey et plusieurs autres éléments, dont une scène sur une télévision en noir et blanc où on peut voir le logo d'Expo 67 au centre de la glace du Forum lors d'un match entre les Canadiens et les Red Wings de Detroit.
Mais Robitaille a déchanté lorsqu'il a vu les premières scènes non montées du film, à un point tel qu'il « pensait devoir se sauver de la ville et disparaître pour toujours ». Mais lorsque le compositeur et chanteur Michel Rivard a ajouté la musique du film, et que les scènes ont été montées ensemble, la magie a opéré.
« Toute la mélancolie qui manquait s'est soudainement ajoutée », a expliqué Robitaille.
Le film s'est retrouvé sur les écrans à la fin du mois de février 1999, surfant sur la vague créée par l'immense succès qu'avait été le film Les Boys un an plus tôt.
Histoires d'hiver a bien fait au box-office, et le film est fréquemment diffusé à la télévision, autant en français qu'en anglais, ce qui permet d'apprécier sa jovialité près d'un quart de siècle après sa parution, mais aussi de créer de l'intérêt envers la fameuse carte no 71 de 1966-67 de Topps.
Et d'apprendre à Dick Duff qu'il est devenu une vedette de cinéma sans même le savoir.