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« Parfois, il faut savoir encaisser les coups. »

Tels étaient les mots de Thomas Chabot lundi matin, alors que la déception persistante liée au balayage subi en première ronde des séries éliminatoires face aux Hurricanes de la Caroline était encore fraîche dans l’esprit des Sénateurs d’Ottawa, qui ont rencontré les médias lors de la journée du grand bilan.

Le joueur qui compte le plus d’ancienneté au sein de l’équipe a peut-être encaissé ce coup le plus durement, compte tenu à la fois de son ancienneté au sein de l’organisation et de la douleur qu’il a endurée pour revêtir l’uniforme d’une équipe qui avait besoin d’aide, à peine deux semaines après s’être cassé le bras.

« Ça fait mal, et c’est normal. Ça va faire mal pendant encore de nombreuses semaines… C’est normal », a déclaré Chabot. « Ce groupe… Tout le monde y tient tellement. Voir le regard des gars après le match, alors qu’ils étaient encore dans le vestiaire, et que tout le monde restait en silence... Je sais que l’année prochaine, cette expérience nous sera fort utile. »

Chabot a indiqué que l’os qu’il s’était cassé au bras droit mettrait encore environ trois semaines à guérir, et que l’adrénaline l’avait aidé à tenir le coup pendant les séries éliminatoires.

« Je déteste le rôle de spectateur. Des plaques et des vis m’ont permis de jouer, pour être honnête. Je veux dire, je me suis blessé il y a environ trois semaines, donc c’est loin, très loin d’être guéri », a déclaré le joueur de 29 ans.

« Vous savez que je tenais à revenir au jeu. Et les médecins et les thérapeutes de l'équipe étaient sur la même longueur d'ondes, mais je suis juste content d'avoir pu jouer, pour être honnête, parce que je ne pensais même pas qu’un retour au jeu en séries était possible lorsque j’ai subi mon opération. »

« Je suis vraiment triste pour mes coéquipiers »

Tim Stützle a connu sa meilleure saison régulière sur le plan statistique depuis trois ans, terminant avec 34 buts, 83 points et un différentiel de +7 en 80 matchs. En séries éliminatoires, cependant, la malchance l’a poursuivi : deux tirs qui ont frappé les poteaux ont été ses occasions les plus proches de marquer face à Frederik Andersen.

« J’ai probablement mis un peu trop de temps à me mettre en marche lors des matchs numéro 1 et 2. Ça ne pouvait pas vraiment arriver. Il faut être prêt dès le début », a déclaré Stützle.

« Ce qui fait mal, aussi, c’est que je pense que Linus a vraiment bien joué. Il nous a donné tellement d’occasions de gagner, et on veut aussi réussir pour lui. On n’a pas marqué assez de buts, évidemment, mais c’était une série serrée, et il y a eu beaucoup de moments où ça aurait pu basculer ; si on avait gagné le match numéro 2, la série aurait été complètement différente. »

Stützle ne se sentait pas seulement mal pour Ullmark, qui a terminé les séries avec un taux d’efficacité de ,932 et une moyenne de buts alloués de 2,03, mais pour tous les joueurs de l’équipe.

« J’étais juste vraiment triste pour mes coéquipiers. Nous nous sommes battus toute l’année pour en arriver là. Je pense que globalement, nous avons encore fait de grands progrès, nous nous sommes améliorés. Si on regarde le processus, la situation dans son ensemble, je pense que nous sommes vraiment proches de devenir une très bonne équipe et d’aller très loin en séries », a déclaré Stützle.

« Quand on regarde le vestiaire, il y a des gars plus âgés. On veut gagner pour eux, et c’est pour ça que c’était si frustrant. Je suis si jeune, j’ai 24 ans, on pense toujours qu’on va se retrouver dans cette situation ou qu’on va s’améliorer et continuer à progresser chaque année. Mais oui, on veut gagner pour ces gars l’année prochaine. Et je pense qu’on avait encore un groupe vraiment spécial cette année. Je pense que Steve Staios a fait un travail formidable en faisant venir des vétérans pour expliquer aux jeunes comment ça marche et comment on gagne dans cette ligue. »

Le vétéran le plus respecté, Claude Giroux, a discuté avec les gens des médias quelques minutes après Stützle. « On se réveille le matin et on a du mal à se faire à l’idée que la saison est finie. Ça prend beaucoup de temps », a déclaré Giroux.

« Je ne penais pas que je serais ici, assis devant vous, après la première ronde. Évidemment, ce n’est un secret pour personne que nous avons eu des blessés. Cela dit, les gars qui ont été appelés en renfort sont venus et ont joué un très bon hockey pour nous. La Caroline est en séries depuis plusieurs années, et c’est une bonne équipe. Ils jouent bien en défensive, et nous avons fait beaucoup de bonnes choses, mais nous avons touché beaucoup de poteaux, eu beaucoup d’occasions, et en séries, il faut que ça rentre. »

Tout le monde se posait la même question, celle qui ne quittera pas le joueur de 38 ans jusqu’à ce qu’il signe un nouveau contrat ou qu’il annonce ses intentions concernant sa carrière de joueur. Veut-il poursuivre sa carrière dans la LNH?

« Tout le monde veut jouer dans la LNH, non? Mais tu sais, comme je l’ai dit, c’est trop tôt pour moi de répondre à cette question. J’ai besoin de me reposer un peu et de laisser retomber la poussière. Je suis encore un peu tendu à cause de la série. Parfois, il faut prendre du recul et se donner une chance de se détendre un peu pour voir ce qui va se passer ensuite. J’ai envie de passer du temps avec mes enfants. J’ai besoin de réfléchir. Je ne suis pas prêt à entreprendre cette réflexion. Je vais prendre quelques semaines et voir ce qui va se passer ensuite. »

Giroux a déclaré en français que s’il continuait à jouer, il préférerait rester à Ottawa avec sa jeune famille. Il a également fait l’éloge de l’ambiance qui règne dans le vestiaire des Sénateurs .

« J’adore passer du temps avec les gars, ils rendent les journées à l’aréna très agréables. Ils me font vraiment rester jeune, et je me sens vraiment chanceux d’être avec eux. »

« Je pense que beaucoup d’équipes souhaitent adopter cette culture » 

Un autre des sept joueurs encore en activité issus du repêchage de la LNH de 2006 passera également le printemps à réfléchir à son avenir. James Reimer, embauché en fin de saison, s’est entretenu avec la direction de l’équipe avant de rencontrer les médias, mais il affirme qu’il prendra le temps de réfléchir à ce qui est le mieux pour lui et sa famille.

« J’ai vraiment apprécié mon séjour ici, les gars étaient super, la ville était super, les fans étaient super. Je veux dire, l’énergie qui régnait dans l’aréna, soir après soir était vraiment exceptionnelle, et encore une fois, je suis extrêmement reconnaissant de cette opportunité », a déclaré Reimer.

« Et évidemment, je n’ai plus 23 ans, donc je dois juste prendre un peu de temps pour réfléchir à ce qui est le mieux pour moi. Et puis ma famille, que j’aime évidemment beaucoup, m’a apporté un soutien incroyable. Donc, je dois juste m’assurer que nous prenons la meilleure décision pour tout le monde. »

Reimer s’est avéré être un remplaçant efficace en fin de saison, présentant un taux d’efficacité de ,886 et une moyenne de buts alloués de 2,42 en 14 apparitions. Il a déclaré qu’il se sentait toujours capable de connaître du succès dans la LNH.

« Je plaisante toujours en disant que je jouerais jusqu’à 50 ans s’ils me laissaient faire. Mais non, en fin de compte, j’ai envie de partir selon mes propres conditions et peut-être d’avoir un peu le contrôle là-dessus. Et si ça ne se fait pas, ce n’est pas grave », a déclaré Reimer.

« Comme je l’ai dit dans quelques entrevues durant la saison, dès le début, j’étais satisfait à la fin de l’année dernière. J’ai le sentiment d’avoir eu une belle carrière, et je suis heureux de la façon dont les choses se sont déroulées, de la manière dont j’ai joué et de l’évolution que j’ai connue tout au long de ma carrière. Je suis donc très satisfait de ma carrière dans la LNH, mais évidemment, j’adore ce sport et tout ce qui va avec, alors on verra bien. »

Une chose qui ne faisait aucun doute pour Reimer, c’était à quel point il se sentait à sa place dans le vestiaire des Sénateurs.

« Je suis vraiment impressionné par cette équipe, par la façon dont les joueurs se présentaient à l’aréna chaque jour avec la volonté de travailler, de bien travailler et de travailler intelligemment. Il y avait un plan en place chaque jour, et je trouvais que les gars, le groupe de leaders, étaient formidables, et que la culture ici, c’est simplement de bien faire les choses, de les faire correctement et de s’y donner à fond. Je pense que beaucoup d’équipes veulent avoir cette culture et s’efforcent de la mettre en place », a déclaré Reimer.

« C’est l’un des points forts de ce groupe : ils possèdent déjà cette culture, et c’est la base du succès dans cette ligue. »

« C'était la première fois de toute la saison où je me suis vraiment senti moi-même à nouveau »

À propos d'Ullmark, le gardien de 32 ans a déclaré que c'était un sentiment « surréaliste » de jouer aussi bien en séries éliminatoires tout en subissant l’élimination en quatre parties

« C'était la première fois où je me suis vraiment senti moi-même à nouveau, où j'ai pu faire ce que j'aime par-dessus tout, sans que cela me semble être une corvée. Je ne me sentais pas épuisé, c'était motivant et inspirant », a déclaré Ullmark.

« Et pour être honnête, c'était aussi bizarre, parce qu'on s'est battu si dur toute la saison, en essayant de trouver notre rythme et de trouver le moyen d'être performants. Et maintenant qu'on y arrive au sommet de notre forme, on perd quand même. C'était donc un sentiment un peu surréaliste, mais les séries éliminatoires, c'est dur, c'est difficile. Il faut mériter toute la chance qu’on peut avoir. »

Deux acquisitions tardives ont aidé Ullmark à retrouver sa forme à son retour d’un congé de cinq semaines, le 31 janvier. La première était Reimer, qui a été mis sous contrat par les Sénateurs le 12 janvier.

« Je l’ai remercié après les séries de m’avoir aidé à me retrouver, dans de nombreux domaines », a déclaré Ullmark à propos de Reimer. « C’est un gars qui évolue dans cette ligue depuis de nombreuses années, il y a une raison à cela, ce n’est pas juste un coup de chance. 

Le second était Maciej Szwoch, le mentor d’Ullmark et ancien entraîneur des gardiens de but suédois. Il a assisté à de nombreux entraînements et matchs au cours de la seconde moitié de la saison.

« Il y avait une raison pour laquelle il était là. Et cela a évolué avec le temps. Au début, pour moi, c’était surtout pour avoir un soutien supplémentaire, et nous avons eu beaucoup de conversations, beaucoup de discussions pour essayer de trouver la raison pour laquelle je joue au hockey, en gros », a déclaré Ullmark.

« Nous avons parlé d’héritage, de choses du quotidien, de qui je veux être sur la glace et en dehors. Nous avons tout disséqué, tout, quand le moment semblait opportun, et puis les choses ont commencé à se mettre en place. La motivation a commencé à revenir. J’ai commencé à trouver une raison, ou des raisons, de continuer à jouer au hockey, pour ainsi dire. »

Tout au long de cette saison marquée par des hauts et des bas, des distractions et des détracteurs sur les réseaux sociaux, Ullmark s’est identifié à une pancarte d’un fan qu’il a vue dans la seconde moitié de la saison, une pancarte qui représentait l’une de ces raisons de continuer à jouer au hockey.

« Il n’y avait peut-être que quelques personnes avec cette pancarte, mais elles peuvent s’en vanter autant qu’elles veulent, parce que je l’ai vraiment vue, et elle m’a beaucoup touché sur le moment, et elles ont commencé à l’apporter, je ne sais pas quand. Mais je crois qu’il y était écrit que le seul bruit qui compte, ce sont les acclamations des fans », a déclaré Ullmark.

« Je le voyais de temps en temps, lors des matchs à domicile, et ça m’a marqué, parce que oui, c’est la seule chose qui compte : nos fans qui nous acclament, qui crient lors des matchs à domicile, ou même à l’extérieur, mais surtout nos supporters qui nous encouragent dans notre aréna. C’est ça qui compte. Nous jouons les uns pour les autres, mais nous jouons aussi pour la ville d’Ottawa, nous jouons pour le logo, et pour tous ceux qui aspirent à devenir des Sénateurs d’Ottawa à l’avenir. Et donc, je veux remercier celui qui a dessiné cette pancarte. C’était très spécial, du moins pour moi. »

Les fans ont particulièrement soutenu Ullmark pendant les séries éliminatoires, allant même jusqu’à scander son nom alors que les Sénateurs saluaient la foule après avoir été balayés. Ce fut sans doute l’une des rares fois où le nom d’un gardien de la LNH a été scandé de manière positive après avoir échoué à remporter un match de séries éliminatoires.

« J’ai l’impression qu’il a dominé. Aucun gardien n’a été à la hauteur de sa performance en séries éliminatoires », a affirmé James Reimer.

« Évidemment, Andersen était bon, mais je trouvais que Linus était dominant. Vous savez, c’était l’un de ces cas où les gars obtenaient des notes maximales et où il ne s’en souciait pas vraiment, parce qu’il avait simplement l’impression de savoir où allait la rondelle avant même que le joueur ne tire, et que même s’il ne la voyait pas, elle allait quand même le toucher.

« J’ai été vraiment impressionné par la façon dont il a continué à jouer à ce niveau, même si nous ne gagnions pas. Je pense que c’est difficile, parfois, en tant que gardien, quand on a l’impression de bien jouer, mais qu’on n’arrive pas à remporter de victoires, et que la pression monte, et qu’on a l’impression qu’il faut en faire plus, pour finalement en faire moins à cause de la pression et tout ça. Et je me suis dit qu’il était resté dans le coup tout au long, jusqu’à la fin… C’est choquant que ça se soit soldé par un balayage vu le niveau qu’il avait. »