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Zachary Lauzon a dompté l'adversité

L'espoir des Penguins poursuit un long processus de réadaptation après avoir pensé que sa carrière était en péril

par Guillaume Lepage @GLepageLNH / Journaliste LNH.com

Juin 2017. Zachary Lauzon est tout sourire au podium devant les journalistes des médias et de ceux de Pittsburgh.

Le défenseur des Huskies de Rouyn-Noranda savait qu'il allait être repêché ce jour-là, mais il ne s'attendait pas à ce que les Penguins fassent de lui leur premier choix de cet encan dès le milieu de deuxième ronde (no 51).

Il raconte à quel point c'est spécial de porter le même chandail et de faire partie de la même organisation que les Sidney Crosby, Evgeni Malkin et Kristopher Letang - tous des joueurs qu'il a idolâtrés en grandissant. Il est impatient de les rencontrer et de partager la glace avec eux.

Ce qu'il ne sait pas encore à ce moment, c'est que la commotion cérébrale qu'il a subie au mois d'avril précédent viendra retarder son développement et même mettre sa carrière en péril.

Récit d'un long processus de guérison toujours en cours.

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2017-18. Lauzon croit qu'il a assez patienté et que sa réadaptation est terminée. Il n'a pu sauter sur la patinoire à son tout premier camp d'entraînement avec les Penguins et a passé son tour tout au long du calendrier préparatoire des Huskies.

Le match d'ouverture local de la saison est le bon moment pour revenir au jeu. Après tout, il doit aider ses coéquipiers et commencer à prouver aux Penguins qu'ils ont fait le bon choix.

« Je me mettais moi-même beaucoup de pression avec le fait que j'étais repêché et je voulais vraiment jouer au hockey, s'est-il souvenu au bout du fil avec LNH.com. Dès que je commençais à me sentir mieux, j'y retournais. Je revenais au jeu trop vite et ça finissait toujours par me rattraper. »

Ce sera l'histoire de sa saison. Après avoir joué son troisième match le 27 septembre, il doit prendre une pause jusqu'au 8 novembre. Il dispute huit autres rencontres avant de devoir s'absenter du 26 novembre au 14 février. Il revient alors pour les 14 derniers matchs du calendrier régulier et dispute les cinq premiers matchs des séries. 

Mais c'en est trop. Il ne peut chausser les patins pour les deux derniers matchs de la série de première ronde et les Huskies sont éliminés en sept matchs par le Phoenix.

« Ce qui m'a vraiment fait le plus mal dans tout ça, c'est que je suis un grand compétiteur et ça me frustrait de ne pas pouvoir jouer, alors je revenais prématurément, a analysé le jeune homme. Je me sentais impuissant et je ne pouvais pas aider mon équipe. J'étais frustré, je n'étais pas à une bonne place mentalement dans cette période de ma vie. »

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Le déclic. Lauzon ne faisait évidemment pas exprès pour nuire à sa santé. Il a consulté différents spécialistes tout au long de sa réadaptation et il a souvent obtenu des diagnostics contradictoires sur ce qui l'empêchait de revenir au sommet de sa forme une fois pour toutes.

Son désir de prouver sa valeur aux Penguins et de signer son premier contrat professionnel pesait aussi lourd sur ses épaules. Tout ça pendant que le moral en prenait un coup.

« Il y a une passe où t'es un peu dans le néant, où tu ne sais pas trop ce qui se passe, a confié l'éloquent défenseur de 20 ans. Je revenais toujours à la case départ et je n'avais plus de plaisir. Je me levais, j'allais à l'aréna, j'étais nerveux et j'avais hâte que les entraînements finissent. J'étais sur les nerfs et je ne dormais pas beaucoup.

« Je n'allais quasiment plus à l'école, je ne faisais que jouer au hockey. À un moment donné, ç'a m'a sauté aux yeux. Il fallait que je m'occupe de ma santé si je voulais jouer le plus longtemps possible et avoir une belle qualité de vie après ma carrière. Le déclic s'est fait à la fin de la saison passée. »

Il décide alors de prendre une pause de quelques mois pour tenter de prendre du mieux et de réfléchir à son avenir. À ce moment, l'idée que sa carrière puisse être terminée lui passe par la tête.

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Le pas de recul. Quand on a un frère qui a été repêché par les Bruins de Boston (Jérémy) et un autre qui s'aligne avec les Foreurs de Val-d'Or (Émile), il peut être difficile de se tenir loin du hockey - même pendant l'été, une saison désormais incontournable pour la préparation physique à la nouvelle campagne.

Le cadet de la famille Lauzon a tout de même été capable de décrocher et ça lui a fait le plus grand bien.

« Ça m'a fait réaliser non seulement que la santé c'est important, mais aussi que je n'étais pas prêt à accrocher mes patins, a-t-il raconté. J'ai encore une chance d'avoir une carrière professionnelle, mais le mot d'ordre en ce moment, c'est de prendre soin de moi et je ne reculerai pas là-dessus.

« Je regarde seulement la situation sous un autre angle. Je vois vraiment ça comme un investissement (pour mon avenir) maintenant et je suis moins frustré par rapport à tout ça. »

Même si c'est loin d'être le parcours typiquement emprunté par un espoir de premier plan comme lui, autant son agence, les Huskies que les Penguins lui ont démontré leur soutien à travers cette épreuve.

« Tout le monde a compris ma situation, a-t-il fait valoir. Ils ont compris que j'avais besoin d'une pause cet été. Personne ne m'a achalé pour me forcer à retourner à l'entraînement pour être prêt quand la saison allait recommencer. Juste le fait de me sentir soutenu par tous les gens qui m'entouraient, ça m'a fait du bien. »

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Le diagnostic. Vers la fin du mois de juillet, le téléphone de Lauzon sonne. Son agent l'informe qu'il a rendez-vous avec le Dr Ted Carrick au centre Plasticity Brain d'Orlando, en Floride.

Ted Carrick, c'est le chiropraticien qui a travaillé sur plusieurs cas d'athlètes aux prises avec des symptômes de commotion cérébrale, dont Sidney Crosby. Pas un « deux de pique » pour reprendre les mots du jeune Québécois.

Lauzon passe cinq jours là-bas et subit des traitements à raison d'environ trois heures par jour. On l'informe alors que c'est un problème cervical subi lors de l'impact qui a causé sa commotion en 2017 qui fait en sorte que le problème perdure. Carrick lui a donc bâti un programme de réadaptation qu'il adapte au fil des conversations qu'il a avec Lauzon chaque mois.

« Ça fait une grosse différence d'avoir confiance envers le diagnostic et les médecins, a-t-il affirmé. Avant, je ne savais pas trop quoi faire, si je devais me reposer, m'entraîner ou retourner au jeu. J'ai fait les exercices et les traitements qu'ils m'ont proposé de faire et j'ai progressé plus dans les deux derniers mois qu'en une année complète.

« C'est motivant de savoir que mes symptômes ne sont pas au niveau de mon cerveau, mais que c'est un problème mécanique du cou qui se corrige. Ça peut prendre du temps, mais ça se corrige. Je m'investis à cent pour cent dans ma guérison et toutes mes décisions sont orientées en fonction de ça. »

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Le retour. Pendant sa réflexion, le Val-d'Orien en était venu à la conclusion qu'il ne jouerait pas de la saison 2018-19, lui qui aurait initialement dû entamer sa carrière chez les professionnels dans la Ligue américaine en septembre dernier.

Dimanche, il a plutôt mis sa poche de hockey dans le coffre de sa voiture et s'est dirigé vers Rouyn-Noranda rejoindre sa meute. Il prévoit s'entraîner pendant quatre semaines sans contact afin de reprendre la forme et voir où il en est rendu dans son processus de guérison.

« Juste d'être à Rouyn et de recommencer à m'entraîner avec l'équipe, c'était inimaginable si on recule de trois mois, a-t-il évoqué. Je suis vraiment fier de tout ce que j'ai accompli. En ce moment, je garde une bonne attitude et je suis heureux. Peu importe ce qui va arriver, je vais être fier du processus et je vais pouvoir dire que je suis allé jusqu'au bout.

« C'est sûr qu'il y a une barrière psychologique à traverser. J'ai vécu du stress et de l'anxiété. Mais au fond de moi, je sais que je n'ai pas terminé de jouer au hockey. Je ne suis vraiment pas prêt à arrêter et je sais que j'ai encore beaucoup d'années de hockey à offrir. »

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Le rêve. À travers tout ça, Lauzon n'a jamais perdu son rêve de vue. Après lui avoir touché en enfilant le chandail des Penguins au repêchage, il a semblé plus loin que jamais dans la dernière année.

Il a toutefois pu reconnecter avec celui-ci, il y a quelques jours à peine, quand toute la famille s'est rendue à Boston pour assister aux débuts de Jérémy dans l'uniforme des Bruins. Le simple fait de voir son frère évoluer sur la patinoire du TD Garden a rallumé le brasier en lui.

« C'était un moment spécial que je ne suis pas près d'oublier, a-t-il dit. C'est sûr que ça m'a donné une petite tape dans le dos et que ça m'a motivé encore plus à effectuer un retour au jeu. C'est le rêve de tout le monde de jouer dans la LNH. »

La route pour y parvenir peut simplement être parsemée de quelques détours.

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