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MONTRÉAL – Les joueurs des Sabres de Buffalo ont réussi à tolérer Zachary Bolduc, de peine et de misère, pendant presque tout un match. Mais avec moins de trois minutes à écouler à ce troisième affrontement, leur réservoir de patience était à sec.

Logan Stanley et Josh Norris s’y sont même mis à deux pour mettre l’attaquant québécois hors d’état de nuire. Quand il s’est présenté au podium, quelques minutes plus tard, Bolduc affichait un large sourire et portait de larges marques rouges au cou et au visage – le résultat d’un match fort mouvementé.

Il faut croire que c’est le prix à payer pour jouer à la peste en séries éliminatoires.

« Je n’ai rien de précis qui me vient en tête, a-t-il répondu quand on lui a demandé quelle était la clé pour entrer dans la tête d’un adversaire. Ça vient comme le match se présente à toi. C’est quelque chose que je peux et que je veux apporter pour les Canadiens.

« J’essaie de jouer sur la ligne sans la dépasser. J’y prends beaucoup de fierté. »

Force est d’admettre qu’il l’a dépassée à quelques reprises dans cette convaincante victoire de 6-2 des siens au Centre Bell. Bolduc a écopé de trois pénalités de rudesse et d’une inconduite de match à la toute fin alors que les officiels voulaient éloigner les fauteurs de troubles.

Or, il faut préciser qu’il a attiré un adversaire au cachot avec lui chaque fois sauf une – quand il a été chassé pour quatre minutes après être « tombé » sur le gardien Alex Lyon après un coup de sifflet.

« Il joue de façon physique à chaque présence et c’est dérangeant, a souligné Alex Newhook. Depuis le début des séries, il vole sur la glace, il frappe des gars et il fait tout en son pouvoir pour frustrer l’autre équipe. Le style des séries convient parfaitement à son style de jeu. C’est plaisant à voir. »

Bolduc a causé toutes sortes de problèmes aux Sabres, dimanche, mais aucun plus gros que son but – celui qui a porté l’avance des siens à 3-1 en milieu de deuxième et qui s’est avéré celui de la victoire. Il s’est alors défait de la piètre couverture de Tage Thompson et d’Alex Tuch pour enfiler son deuxième des séries.

On a donc assisté, dans ce match, à la rencontre des deux identités du jeune homme de 23 ans : l’ancienne et la nouvelle. Celle du franc-tireur au tir dévastateur et celle de la peste qui joue avec la pédale au plancher.

« Les séries l’amènent à un autre niveau, a fait valoir Martin St-Louis. C’est le résultat de son style, de sa vitesse, de son jeu physique, et du fait de toujours affronter la même équipe. Il peut bâtir une histoire. C’est plus facile à faire qu’au match 53 de la saison, contre une équipe que tu n’as pas vue depuis trois mois.

« Zach a été un marqueur toute sa vie, mais on lui demande de jouer la game. Son ADN cadre bien avec les séries. Je suis certain qu’il a bien du plaisir à jouer pour les Canadiens à Montréal en séries. »

Les recherches sont terminées

À certains moments, cette saison, Bolduc a été bien plus discret qu’il ne l’est depuis le début du tournoi printanier. Il a connu de bonnes séquences offensives, d’autres moments où il se distinguait par son jeu physique, et des passages à vide marqués par de courts séjours sur la galerie de presse. 

Il n’a jamais véritablement été en mesure d’assembler toutes les pièces du casse-tête, de devenir autant cette menace offensive que le joueur d’énergie qui énerve l’adversaire. Ce n’est manifestement plus le cas.

« C’est spécial de vivre tout ça, a lancé le principal intéressé. Je me suis cherché un peu au courant de la saison, mais j’ai approché les séries comme une autre saison. Je veux jouer dans mes forces le plus possible. Si je peux être dérangeant, c’est tant mieux. »

Bolduc l’a été sans aucun doute en se retrouvant au cœur de tous les combats – dans tous les sens du mot. C’est aussi lui qui s’en est pris au colosse Beck Malenstyn quand ce dernier a oublié d’appliquer les freins en fonçant au filet, renversant violemment Jakub Dobes. Rien ne semble lui faire peur.

« Je retire beaucoup de fierté à faire ça, a-t-il ajouté. Je veux m’assurer que mes coéquipiers soient en sécurité et se sentent bien sur la glace. On se tient et on prend soin l’un de l’autre. »

Bolduc peut le faire de différentes manières. Et à ce stade-ci des séries éliminatoires, la contribution de tous les éléments de l’équipe est primordiale.

« Plus on avance, plus on va avoir besoin de tout le monde, a conclu Mike Matheson. Zach apporte beaucoup de choses en ce moment et il lève son jeu d’un cran quand ça compte le plus. Le timing est parfait. »