LAVAL, Québec -Lorsque Claude Vilgrain a fait son entrée dans le vestiaire d'Équipe Haïti pour la première fois lors des Championnats du monde de hockey-balle de l'ISBHF, il a été surpris de voir quelque chose qu'il n'avait jamais aperçu en 51 ans de hockey.
Vilgrain a su inspirer les joueurs de hockey-balle d'Haïti
L'unique joueur originaire d'Haïti à avoir atteint la LNH a agi comme conseiller lors des Championnats mondiaux, à Laval

par
Jackie Spiegel
Journaliste NHL.com
Celui qui a joué 89 matchs dans la LNH avec les Canucks de Vancouver, les Devils du New Jersey et les Flyers de Philadelphie, et qui agissait comme conseiller pour l'équipe haïtienne, avait devant lui un groupe de joueurs qui étaient tous noirs.
C'était un moment spécial pour l'ancien hockeyeur de 59 ans, qui était habituellement le seul joueur noir de son équipe. C'était aussi spécial pour les joueurs, puisque Vilgrain est le seul joueur né à Haïti à avoir atteint la LNH.
Après que sa famille eut déménagée au Québec, Vilgrain a découvert le hockey à l'âge de huit ans à l'aide d'un jeu de hockey sur table qu'il avait reçu comme cadeau de fête de la part d'un oncle. Il se souvient d'avoir regardé un match entre les Canadiens de Montréal et les Blackhawks de Chicago quelques mois plus tard - il croyait à l'origine que le CH sur le chandail du Tricolore voulait dire Chicago - et qu'il avait dit à ses parents vouloir pratiquer ce sport. Il avait passé l'été suivant à jouer au hockey-balle, puis il s'était inscrit au hockey sur glace une fois l'automne venu. Son destin allait le mener à la LNH.
En grandissant, Vilgrain rêvait de devenir la légende des Canadiens Guy Lafleur. Ainslie Bien-Aimé, lui, rêvait de devenir Vilgrain.
« Claude est très humble », a souligné Bien-Aimé, l'ancien capitaine et actuel directeur général d'Équipe Haïti. « Claude a joué dans la LNH. À l'extérieur de la patinoire, il a vécu beaucoup de choses [dans le hockey], donc il apporte de l'énergie et de l'expérience dans le vestiaire, mais aussi du respect parce qu'il a joué dans la LNH. »
Vilgrain possède de l'expérience lorsqu'il est temps de jouer dans de courts tournois. Il a représenté le Canada lors des Jeux olympiques de 1998 à Calgary, où il a pris la quatrième place, et il a remporté la Coupe Spengler à deux occasions avec Équipe Canada, en 1996 et en 1997.
Les Championnats se tenaient à Laval, là où le choix de sixième ronde des Red Wings de Detroit en 1982 a aussi fait sa marque. Il a joué trois saisons avec les Voisins de Laval de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, amassant 126 points en 69 matchs en 1982-83. Il avait alors été nommé sur la deuxième équipe d'étoiles du circuit, en compagnie de ses coéquipiers Mario Lemieux et Bobby Dollas.
Lors du match d'Haïti contre la Tchéquie, disputé à la Place Bell, Vilgrain dirigeait son équipe derrière le banc, les bras croisés et sans dire un mot de trop. Bien-Aimé a souligné que la présence de Vilgrain calmait les joueurs. L'adjoint du capitaine, Steven Jean-Denis, a fait de même, en plus de souligner son apport au point de vue stratégique et tactique.
« Je n'ai pas de message particulier pour eux. Ils doivent performer immédiatement », a mentionné Vilgrain au LNH.com. « Je leur ai dit que leur première présence pourrait leur coûter le tournoi. Ils doivent être disciplinés, ne pas se retrouver au banc des punitions, laisser leur orgueil à la porte du vestiaire, jouer en équipe et que chaque présence compte. »
Le tournoi ne s'est pas déroulé comme Équipe Haïti l'espérait, elle qui a terminé au dernier rang parmi les huit équipes du groupe A (première division). Elle a aussi perdu des joueurs et du personnel en raison de la COVID-19. Les attentes étaient élevées puisque l'équipe avait remporté le championnat du groupe B en 2015, avec l'ancien de la LNH Georges Laraque comme entraîneur adjoint.
« La [représentation], c'est très important », a souligné Vilgrain à propos de l'existence d'une équipe de hockey-balle haïtienne. « Lorsque nous sommes allés en Suisse [en 2015], les gens pensaient que nous étions le spectacle de la mi-temps. Les joueurs ne l'ont pas pris, et ils ont gagné le tournoi. Je regarde le logo, je regarde les drapeaux sur les bâtons, et on voit que les gars sont fiers. Ils veulent performer et être de bons représentants. »
Lorsque l'idée de fonder une équipe nationale afin d'être du tournoi de 2015, plus de 75 joueurs d'origine haïtienne se sont présentés au camp de sélection. Un moment crucial pour Bien-Aimé, qui avait représenté le Canada lors des Championnats de 2007, où il avait remporté l'or.
« Je n'ai jamais joué avec autant de Noirs », s'est souvenu Bien-Aimé.
Avec autant de participants, c'était dans la poche pour la création d'une équipe, en plus de prouver encore une fois que le hockey est un sport pour tout le monde.
De nos jours, Équipe Haïti est surtout formée de joueurs établis au Canada, mais dont les parents ou grands-parents sont nés sur l'île des Antilles. Ils ont obtenu l'approbation de la part de l'ambassade haïtienne d'utiliser le drapeau du pays. On espère que des joueurs vivant à Haïti fassent partie de l'équipe un jour. Bien-Aimé a expliqué que d'ici 2023, l'équipe organisera des écoles de hockey sur l'île, et que l'objectif est d'avoir un programme en place en 2026 afin de créer une formation.
Vilgrain réside maintenant à Calgary, où, en plus d'agir comme entraîneur de développement d'habiletés, il est concepteur de parcs et de terrains de jeu. C'était peut-être sa première présence derrière le banc de l'équipe haïtienne aux Championnats du monde de hockey-balle, mais indirectement, il a coulé les fondations qui ont permis aux joueurs actuels et futurs d'adopter la discipline.
« C'est un modèle, une inspiration, a souligné Jean-Denis. Le fait qu'il [ait atteint la LNH], ça nous donne espoir, l'espoir que nous pouvons réaliser quelque chose d'important, et que nous avons le cœur pour y arriver. Il est comme nous. Nous avons la même identité. Il a été un pionnier, et maintenant, c'est à nous de poursuivre le mouvement. »

















