Bientôt au mois de juin, une équipe des États-Unis va boire du champagne dans la Coupe Stanley. Au nord de la frontière, un pays tout entier va se contenter de Canada Dry.
Ça fait maintenant 30 ans qu'une équipe canadienne n'a pas remporté la Coupe Stanley.
« Je suis surpris », a affirmé Guy Carbonneau, trois fois champion de la Coupe Stanley et capitaine de l'édition championne des Canadiens de Montréal en 1993, la dernière équipe canadienne à avoir soulevé le précieux trophée. « Si nous avions seulement une ou deux équipes au Canada, je considérerais que c'est normal. Mais nous avons sept équipes. »
Tous les espoirs que cette séquence prenne fin cette saison se sont estompés dimanche, quand les Oilers d'Edmonton ont été éliminés en six matchs par les Golden Knights de Vegas.
Plus tôt durant les séries, les deux autres équipes canadiennes ont subi l'élimination en cinq rencontres : les Jets de Winnipeg en première ronde contre Vegas et les Maple Leafs de Toronto au deuxième tour face aux Panthers de la Floride.
« Certaines équipes canadiennes ont été très bonnes au fil des années », a ajouté Carbonneau.
« Regardez Edmonton en ce moment. Je trouve que Winnipeg a eu une très bonne équipe, mais ils n'ont jamais franchi la finale d'association. Même chose pour Toronto dans les dernières années. Les Canadiens aussi il y a quelques années, même s'ils n'avaient pas la meilleure formation. »
Avant le championnat des Canadiens en 1993, la plus longue période sans champions canadiens avait été de six ans - entre la conquête de la Coupe Stanley des Canadiens en 1935 et celle des Maple Leafs en 1942.
L'équipe canadienne étant passée le plus près d'un championnat depuis 1993 est les Canucks de Vancouver en 2011. Ils s'étaient inclinés en sept parties en finale contre les Bruins. Les Canadiens ont été éliminés en cinq matchs en finale contre le Lightning de Tampa Bay en 2021.
Une équipe canadienne a été éliminée en finale lors de trois saisons consécutives. En 2004, les Flames ont perdu en sept rencontres face au Lightning; en 2006, les Oilers se sont inclinés en sept contre les Hurricanes de la Caroline; en 2007, les Sénateurs d'Ottawa ont baissé pavillon en cinq contre les Ducks d'Anaheim.
Il y a ensuite eu la saison 2015-16, quand aucune équipe canadienne n'a participé au tournoi printanier, une première depuis 1969-70.
Carbonneau a gagné la Coupe Stanley avec les Canadiens en 1986 et 1993, puis en 1999 avec les Stars de Dallas. Il a remporté le trophée Selke à titre de meilleur attaquant défensif à trois reprises (1988, 1989, 1992).
« Après une minute dans le match, c'était 1-1 », a-t-il dit au sujet du match no 6 entre les Oilers et les Golden Knights. « Il s'agissait du match le plus important de la saison des Oilers, et ils ont accordé un but après 24 secondes de jeu. Et ça n'a pas arrêté. Vegas aurait pu marquer quatre autres buts dans les cinq premières minutes. Comment ça peut se produire?
« C'est drôle. J'aimerais que Toronto et Edmonton soient encore en vie, mais je ne suis pas surpris qu'ils soient éliminés. Ces deux équipes n'ont pas d'identité. Une journée, ils sont la meilleure équipe de la LNH et le lendemain, ils peuvent être la pire. Aurais-je été surpris qu'ils jouent encore aujourd'hui? Non. Il y a des joueurs extraordinaires au sein des deux équipes, ils en ont suffisamment pour aller loin. Mais je me demande s'ils sont prêts à faire les bonnes choses. »
Le moment marquant de la carrière de Carbonneau a eu lieu en finale contre les Kings de Los Angeles en 1993.
Le joueur de centre Wayne Gretzky avait récolté quatre points (deux buts, deux passes) lors du match no 1, une victoire de 4-1 des Kings dans laquelle La Merveille s'était moquée de ses couvreurs chez le Tricolore.
« Laisse-moi m'occuper de Gretzky », avait lancé Carbonneau à l'entraîneur Jacques Demers avant le match no 2, un souhait qu'avait exaucé le pilote lorsque possible.
Lors des quatre parties suivantes, Gretzky avait obtenu trois points (un but, deux aides).
« Quand Jacques a accepté, je suis convaincu qu'il est allé voir [l'attaquant des Canadiens] Kirk [Muller], a raconté Carbonneau. Si Kirk avait refusé, je ne sais pas ce qui se serait produit. Mais Kirk a dit : "Pas de problème, si c'est ce qui est le mieux pour l'équipe." Et nous avons commencé à gagner. »
Il se souvient clairement du moment où Demers est entré dans le vestiaire des Canadiens avant le début de la saison 1992-93, la première de Demers derrière le banc après le départ de Pat Burns à Toronto.
« Lors de cette première journée, Jacques nous a dit que nous allions gagner la Coupe Stanley, s'est remémoré Carbonneau. Personne n'a ri, mais tout le monde s'est dit : "Mais pour qui il se prend, lui? C'est la première fois qu'il entre dans le vestiaire et il nous demande immédiatement de gagner la Coupe Stanley?" »
Le directeur général Serge Savard avait amélioré la formation avant et pendant la saison avec les acquisitions des attaquants Vincent Damphousse, Brian Bellows et Gary Leeman, et du défenseur Rob Ramage.
Les Canadiens ont vogué jusqu'à leur 24e conquête de la Coupe Stanley grâce au brio du gardien Patrick Roy et à une contribution de tous les joueurs de la formation. Ils ont maintenu une fiche de 16-4 en séries, avec un improbable total de 10 gains consécutifs en prolongation.
Trente ans après la plus récente conquête de la Coupe Stanley par une équipe canadienne, Carbonneau réfléchit à cette léthargie qui se prolonge d'une autre année.
« Les gens me disent que ça fait 30 ans et ça me fait rire, a-t-il dit. Je n'aurais jamais pensé qu'après notre victoire en 1993, nous parlerions aujourd'hui du fait qu'aucune équipe au pays n'a gagné depuis. »