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Choix de première ronde des Nordiques de Québec au repêchage 1993 de la LNH, Jocelyn Thibault a disputé 586 matchs au cours de sa carrière de 15 saisons dans la LNH. Il a porté l'uniforme des Nordiques, de l'Avalanche du Colorado, des Canadiens de Montréal, des Blackhawks de Chicago, des Penguins de Pittsburgh et des Sabres de Buffalo, signant 238 victoires. Il a été entraîneur des gardiens de l'Avalanche pendant deux saisons. Il occupe en ce moment le poste de directeur général de Hockey Québec, poste qu’il quittera en juin, en plus d’être actionnaire du Phoenix de Sherbrooke dans la LHJMQ. Il a accepté de collaborer avec l'équipe de LNH.com pour traiter des dossiers chauds devant les 32 filets de la Ligue.

La date limite des transactions approche à grands pas, et s’il est assez rare que les gardiens soient au centre de l’attention pour cette occasion, il semble tout de même y avoir un certain appétit de la part de plusieurs équipes afin de bouger devant le filet cette année.

Voici un survol des différentes situations qui retiennent mon attention à moins d’une semaine de l’échéance.

Rares gardiens numéro un sur le marché

On ne voit pas souvent des gardiens numéro un être échangés à la date limite des transactions, et il y a une excellente raison pour expliquer cela : si, à ce point-ci de la saison, votre gardien numéro un n’a pas livré la marchandise, il y a de fortes chances que votre équipe ne se trouve pas en position de participer aux séries éliminatoires.

J’ai beau fouiller dans ma mémoire, je ne me souviens pas d’une transaction impliquant un gardien numéro un qui a rapporté des dividendes à l’équipe qui en a obtenu un. Que ce soit Ryan Miller avec les Blues de St. Louis en 2014, ou d’autres cerbères comme Craig Anderson, Jaroslav Halak ou Brian Elliott, ces transactions ont toujours semblé être des coups d’épée dans l’eau.

C’est pourquoi il est intrigant de voir les noms de Jacob Markstrom des Flames de Calgary et Juuse Saros des Predators de Nashville alimenter les rumeurs. Ils ont toutefois chacun l’attrait d’avoir une entente valide pour au moins une autre saison, contrairement aux nombreux joueurs sur le marché qui écoulent la dernière année de leur contrat. Il y a aussi de jeunes espoirs prometteurs qui poussent derrière eux, et qui ne demandent qu’à obtenir leur chance, c’est-à-dire Dustin Wolf à Calgary et Yaroslav Askarov à Nashville.

Ajouter un tel gardien à une équipe qui aspire aux grands honneurs est habituellement compliqué, puisqu’il faut que cette équipe ait un réel besoin devant le filet, une relève pas encore tout à fait prête et de l’espace sous le plafond salarial pour absorber plusieurs années de contrat.

Ce qui explique l’engouement autour de ces rumeurs, c’est qu’il y a bel et bien une équipe qui réunit toutes ces conditions cette saison : les Devils du New Jersey. Vitek Vanecek est présentement blessé, et même lorsqu’il était en santé, il n’a pas tout à fait livré la marchandise jusqu’ici. Akira Schmid, qui avait surpris le monde du hockey en séries éliminatoires la saison dernière, n’a pu répéter ses exploits. L’instabilité devant le filet explique probablement en grande partie, avec la panoplie de blessures qui ont frappé l’équipe, pourquoi les Devils se battent pour une place en séries alors que plusieurs observateurs les voyaient comme une puissance dans l’Association de l’Est.

Reste maintenant à voir si les Flames et les Predators vont juger que la meilleure gestion de leurs actifs passe par un échange impliquant leur gardien numéro un. Il faut que les dirigeants se demandent si leur équipe a de réelles chances de faire un bout de chemin en séries si elle parvient à se qualifier, ou si prendre un pas de recul afin de mieux préparer l’avenir représente une meilleure solution. Ça prend une dose de lucidité pour le faire, mais l’argent ainsi économisé pourrait servir à améliorer l’équipe plus rapidement à d’autres positions.

Avec une seule équipe qui semble sur les rangs pour obtenir ce type de gardien, je serais très surpris si les Flames ou les Predators obtenaient la lune pour leur gardien.

Menottés par le plafond salarial

Parmi les équipes qui semblent assurées d’une place en séries, il y en a deux qui se retrouvent dans une situation similaire, c’est-à-dire un peu d’incertitude devant le filet, mais très peu de marge de manœuvre pour y remédier : les Maple Leafs de Toronto et les Oilers d’Edmonton.

Chez les Maple Leafs, on mise sur trois gardiens qui ont, à tour de rôle, fait du bon travail en Ilya Samsonov, Joseph Woll et Martin Jones. Jones a surpris et connu de bons départs. Woll m’a épaté en séries l’an dernier et représente, à mes yeux, un excellent jeune gardien. Samsonov a connu une saison plus difficile, mais il a montré par le passé qu’il pouvait élever son jeu d’un cran quand ça comptait.

Hors de question pour eux de mettre la main sur un gardien de la trempe – et du salaire – de Markstrom et Saros. Est-ce que les autres gardiens sur le marché vont vraiment représenter une amélioration par rapport aux gardiens qui sont déjà là? J’en doute fort. Les Maple Leafs se trouvent dans une position atypique avec tout l’argent qui est dépensé sur leurs attaquants, alors la solution passe selon moi par l’acquisition de défenseurs qui pourraient enlever de la pression sur leurs gardiens. Toronto vient de faire l’acquisition d’Ilya Lyubushkin, ce qui cadre parfaitement avec ce que je tente d’illustrer, et je ne serais pas surpris de voir Brad Treliving bouger à nouveau pour améliorer sa brigade défensive.

Reste que si je suis Treliving, je suis nerveux de ma situation devant le filet à l’approche des séries.

La même chose peut être avancée pour les Oilers, mais je dois dire que j’aime beaucoup Stuart Skinner. Je reconnais toutefois qu’il n’a pas livré la marchandise en séries l’an dernier, et il ne faudrait vraiment pas qu’il lui arrive quelque chose, parce que ne sont pas Calvin Pickard, son adjoint actuel, ou Jack Campbell, qui est dans les mineures et qui semble avoir perdu ses repères, qui pourraient mener l’équipe à la terre promise.

Dans la situation actuelle, advenant une finale entre les Maple Leafs et les Oilers, je donnerais l’avantage aux Oilers, parce que je pense que Skinner est le meilleur gardien parmi tous ceux qui évoluent dans les deux organisations. Les Maple Leafs auraient toutefois plus d’options si les choses devaient mal aller.

TOR@EDM: Skinner vole Holmberg avec la mitaine

L’importance d’un bon adjoint… ou deux!

Les transactions impliquant des gardiens que l’on voit le plus souvent à la date limite, ce sont celles qui font passer un bon adjoint à une équipe de premier plan.

Il y a deux équipes qui pourraient à mon avis bénéficier d’un tel adjoint, et il s’agit de l’Avalanche du Colorado et des Canucks de Vancouver.

Alexandar Georgiev chez l’Avalanche et Thatcher Demko chez les Canucks sont deux des gardiens les plus occupés depuis le début de la saison dans la LNH. Avec les longues campagnes, l’usure liée à la position de gardien et le voyagement, encore plus dans l’Association de l’Ouest, un gardien surutilisé en saison ne pourra être au sommet de son art une fois en séries. Cela aura une grande incidence sur les chances de gagner de son équipe.

Il existe des exceptions, comme la force de la nature qu’est Andrei Vasilevskiy, mais les équipes qui connaissent du succès en séries sont souvent celles qui sont parvenues à répartir la charge de travail en saison. Et dans le hockey d’aujourd’hui, ce n’est pas un luxe d’avoir trois, voire même quatre gardiens qui peuvent livrer la marchandise. Pas besoin de remonter très loin dans le passé pour trouver un bon exemple, puisque Adin Hill était le quatrième gardien des Golden Knights de Vegas au début de la dernière saison, et c’est lui qui a mené son équipe aux grands honneurs. Ce n’était pas le plan initial, mais cette profondeur a permis à Vegas de ne pas être pris au dépourvu.

Idéalement, une équipe comme l’Avalanche mettrait la main sur un bon vétéran qui connaît son rôle. Un gardien capable de donner plusieurs soirées de congé à Georgiev pour qu’il reprenne son souffle avant le marathon que représentent les séries éliminatoires. Je sais que les partisans des Canadiens de Montréal ont hâte de voir ce qui va arriver à Jake Allen, mais il est exactement le genre de gardien qui serait parfait dans cette situation.

On fait souvent appel à un vétéran, parce que la dernière chose qu’une équipe souhaite en ajoutant un joueur à la date limite, c’est nuire à la dynamique qui existe dans le vestiaire. Un jeune gardien avec de l’ambition pourrait souhaiter obtenir sa chance, ce qui pourrait nuire au gardien numéro un plus que l’aider. De plus, un gardien qui a vu neiger risque d’être moins désarçonné s’il doit être envoyé dans la mêlée en séries.

Ça ne veut pas dire qu’il faut, à tout prix, faire l’acquisition de joueurs qui ne diront pas un mot dans le vestiaire à l'approche de la date limite. Si une équipe juge qu’elle a besoin de plus de caractère, il y a moyen d’aller chercher un joueur qui peut amener de l’émotion dans le vestiaire. J’aime employer l’analogie de la sauce à spaghetti pour illustrer la chimie qui existe dans une équipe. Si ta sauce à spaghetti est un peu fade, tu peux l’améliorer en ajoutant des épices. L’important, c’est toutefois de l’améliorer, et non de la rendre trop épicée au goût de ceux qui vont la manger.

Reste à voir quels directeurs généraux vont trouver les meilleurs ingrédients pour améliorer leur sauce d’ici la date limite.

*Propos recueillis par Sébastien Deschambault, directeur de la rédaction LNH.com