table ronde

Tout au long de la saison, les membres du LNH.com participeront à des tables rondes pour répondre à diverses questions. En interagissant entre eux, nos experts donnent leur opinion sur plusieurs sujets chauds à travers la LNH.

Aujourd'hui, on leur a posé la question suivante : Pour une 16e saison de suite, Alex Ovechkin a atteint le plateau des 30 buts, ce qu'il a été en mesure de faire chaque année depuis le début de sa carrière. Dans l'histoire de la LNH, quel joueur a été en mesure de faire preuve d'une constance impressionnante selon vous?

John Ciolfi, producteur senior LNH.com

Après que les Devils du New Jersey ont remporté la Coupe Stanley pour la première fois lors de la saison abrégée de 1994-95, Martin Brodeur a amorcé une séquence que le monde du hockey ne verra plus jamais.
En 14 saisons, entre 1995-96 et 2009-10, le gardien montréalais a disputé au moins 70 parties à 12 reprises, incluant 78 matchs (!!!) en 2007-08. Autrement dit, Brodeur a participé à 85,8 pour cent des rencontres des Devils pendant cette période. Au total, Brodeur a joué 985 matchs (Chris Osgood se classe deuxième à ce chapitre pendant cette période avec 673). Le seul gardien actif dans la même stratosphère que Brodeur au chapitre des victoires, Marc-André Fleury, n'a pas encore joué autant de matchs pendant toute sa carrière de 18 saisons (920) que Brodeur en a joué seulement pendant cette période de 14 saisons.
Cette immense charge de travail ne lui a pas du tout fait mal. Il a enregistré 554 victoires avec une moyenne de buts alloués de 2,19 et un pourcentage d'arrêts de ,914 pendant cette période… en plus de signer 104 blanchissages, fracassant du même coup le record de la LNH. Oui, Brodeur n'aurait pas eu besoin de ses cinq dernières saisons dans la LNH pour signer ce record, il lui appartenait déjà.

Et je n'ai même pas encore mentionné son rendement en séries éliminatoires! Posté derrière une défensive d'élite pendant la majorité de cette période, Brodeur a disputé 143 matchs éliminatoires - plus que tout autre gardien - et il a atteint la finale de la Coupe Stanley trois fois, avec deux conquêtes de la Coupe en 2000 et 2003.
Même lors des dernières saisons de sa carrière, quand il a commencé à céder des départs à ses adjoints, il a été en mesure de prendre part à « seulement » 59 matchs en 2011-12 en saison, avant de mener les Devils à un dernier long parcours en Finale.
C'est peu surprenant que Brodeur détienne tant de records de la LNH grâce à sa longévité, mais cette longévité défie tout logique quand même. La position de gardien est l'un des postes les plus épuisants et rigoureux, tant mentalement que physiquement, dans le sport, alors c'est complètement fou que Brodeur puisse traverser une séquence si longue tout en étant au sommet de son art.

Hugues Marcil, pupitreur LNH.com

John, en soulignant avec justesse la constance de Brodeur, tu m'as fait penser à un autre gardien que l'on pourrait surnommer « M. Constance », et j'ai nommé Glenn Hall.
Entre le début de la saison 1955-56 et le 9 novembre 1962, soit une période de plus de sept ans, Hall a obtenu… 503 départs consécutifs! Non, je n'ai pas fait une faute de frappe sur mon clavier, Hall a bel et bien obtenu tous les départs de ses équipes durant cette période (Red Wings de Detroit et Blackhawks de Chicago).
Je n'ai évidemment pas vu Hall réussir cet exploit de mon vivant, mais je sais bien que le hockey était complètement différent à cette époque. Les gardiens dominants étaient surutilisés, mais jouer autant de matchs consécutifs à une position aussi exigeante sans prendre de congé ou se blesser, c'est tout de même surhumain. Quand on regarde ces chiffres avec la perspective d'aujourd'hui et la manière dont les gardiens sont utilisés dans la LNH, cette marque est presque absurde. Hall peut dormir tranquille, son record ne sera jamais battu.
Au cours de cette séquence, Hall a obtenu 73 départs de plus que son plus proche poursuivant, Jacques Plante (430), et il a pris le deuxième rang pour les victoires (213), la troisième place pour le pourcentage d'arrêts (,915, minimum 100 matchs joués), le deuxième échelon pour la moyenne de buts alloués (2,55) et la première place pour les blanchissages (46). Si ça, ce n'est pas de la constance, je ne sais pas ce que c'est. On comprend mieux pourquoi Hall a été intronisé au Temple de la renommée du hockey et pourquoi la LNH l'a désigné comme l'un des 100 meilleurs joueurs de son histoire.
Pour la petite histoire, le 7 novembre 1962, alors qu'il évoluait avec les Blackhawks, Hall a quitté un match contre les Bruins de Boston en première période en raison de problèmes au dos. Trois soirs plus tard, Denis DeJordy l'a remplacé dans un duel contre les Canadiens de Montréal, ce qui a officiellement mis fin à la séquence.

Nicolas Ducharme, journaliste LNH.com

Si nous sommes pour parler d'Ovechkin, alors il faut souligner le travail de celui qui détient le record du nombre de saisons consécutives de 30 buts avec 17, Mike Gartner.
En termes de constance, c'est un modèle, comme le démontrent ses 708 buts en 1432 matchs dans la LNH, ce qui le place au huitième rang de l'histoire pour les filets et au 30e échelon pour les matchs disputés.
Gartner est rarement mentionné lorsqu'on parle des meilleurs joueurs de l'histoire de la Ligue, mais il devrait pourtant l'être. Il a connu des saisons de 30 buts ou plus lors de ses 16 premières campagnes dans la LNH, une séquence qui n'a pas été stoppée par un manque de production, mais tout simplement parce que le conflit de travail de 1994 a réduit la durée du calendrier de la saison 1994-95 à 48 matchs, rendant la tâche d'atteindre le cap des 30 filets impossible.

Même si sa carrière tirait à sa fin à la suite de cette saison 1994-95, lui qui avait dépassé la mi-trentaine, Gartner a rajouté deux récoltes de 30 buts à son palmarès avant de ralentir et de ne marquer que 12 fois en 60 matchs lors de son dernier tour de piste, en 1997-98.
La constance de Gartner impressionne encore plus quand on sait qu'il a évolué avec cinq équipes dans la LNH, et devait donc apprendre à évoluer avec de nouveaux coéquipiers à chaque déménagement. C'est différent d'Ovechkin, autour de qui l'équipe des Capitals est bâtie depuis une quinzaine d'années.

Sébastien Deschambault, directeur de la rédaction, LNH.com

Marquer 30 buts c'est bien, mais 50 buts, c'est mieux!
Je suis tout à fait d'accord avec toi Nic, les séquences de Gartner et Ovechkin sont franchement impressionnantes. Mais que dire de celle de Mike Bossy, qui a amorcé sa carrière avec neuf saisons consécutives d'au moins 50 buts! Il a même atteint le plateau des 60 buts à cinq reprises au cours de cette période.
Les blessures l'ont non seulement empêché d'ajouter une dixième saison à sa séquence - il a inscrit 38 buts en 63 matchs en 1986-87 - mais elles nous ont aussi privés beaucoup trop vite de l'un des meilleurs marqueurs de l'histoire de la LNH. Le Québécois a en effet annoncé sa retraite en 1988 à l'âge de 30 ans après avoir tenté de retrouver la forme en faisant l'impasse sur la saison 1987-88.
À quel point les blessures nous ont-elles privés de l'un des plus grands marqueurs de l'histoire? Il suffit de souligner que Bossy détient conjointement avec Wayne Gretzky le record du plus grand nombre de saisons de 50 buts et plus avec neuf. Il a aussi maintenu la plus haute moyenne de buts par match (0,76) et la troisième plus haute moyenne de points par match (1,50) de l'histoire de la ligue parmi les joueurs ayant disputé au moins 150 parties
Inscrire 30 buts pendant 16 ou 17 saisons, c'est bien… mais il n'est pas utopique de croire que Bossy aurait pu réussir autant de saisons de suite de 50 buts si son corps ne l'avait pas trahi.