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Le cœur brisé, et qui ne pourra être complètement réparé, Jean Ratelle explique avoir perdu une partie de lui-même pour toujours.

« Rod Gilbert n'était pas seulement mon meilleur ami dans le monde du hockey, a mentionné Ratelle dimanche. Il était mon meilleur ami, point. »
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Le 22 août, il y a à peine une semaine, les Rangers de New York ont annoncé le décès de Gilbert, la légende de l'équipe surnommée « M. Ranger ». Dimanche, après avoir participé à un salon d'objets de collection à Wilmington, au Massachusetts, Ratelle se trouvait sur le chemin du retour vers son domicile de Cape Cod. Lui-même une légende des Rangers, Ratelle a beaucoup pensé à son défunt ami au cours de cette route d'une centaine de kilomètres, ainsi qu'au lien indestructible qui les a unis pendant près de sept décennies.

« Cet homme était plus grand que nature », a déclaré Ratelle au sujet de Gilbert, dont il était l'aîné de neuf mois. « Il n'y a aucune chance que vous puissiez concevoir à quel point nous étions proches. Rod a réalisé tellement de grandes choses à New York, il était tellement impliqué. Il a apprécié chaque seconde qu'il a passée là-bas. Il faut dire qu'il était bon avec tout le monde. »
Leur lien s'est formé alors qu'ils étaient adolescents au milieu des années 1950 dans une école catholique de l'est de Montréal, et il s'est raffermi sur la patinoire locale où Ratelle et Gilbert ont dominé les matchs organisés et un nombre incalculable d'heures passées à disputer des matchs amicaux.
Ils ont été coéquipiers à l'Académie Roussin Academy dans le cadre d'un tournoi bantam au forum de Montréal, le premier de plusieurs matchs que les deux amis allaient disputer au domicile des Canadiens de Montréal.

Ratelle Gilbert Ley

« Je crois que nous avions perdu parce que Rod avait la grippe et n'avait pas pu jouer beaucoup, a lancé Ratelle en riant doucement. Ce fut toutefois une sensation incroyable de jouer au Forum. »
Ils ont joué ensemble pendant trois saisons dans les rangs juniors, dont les deux dernières sous les ordres du futur entraîneur des Rangers Emile Francis. Les deux jeunes hommes avaient été recommandés à l'équipe de Guelph, en Ontario, Yvon Prud'homme, un entraîneur de Junior B qui agissait à titre de dépisteur pour les Rangers à Montréal, et qui avait reconnu leur potentiel.
Les deux joueurs ont effectué leurs débuts dans la LNH avec les Rangers au cours de la saison 1960-61, et à partir de la campagne 1962-63, ils sont devenus compagnons de trio pendant l'essentiel de leurs 14 saisons suivantes sur Broadway, Ratelle pivotant un trio avec Gilbert à sa droite.
Cette association a pris fin le 7 novembre 1975, alors qu'une transaction a fait passer Ratelle ainsi que les défenseurs Brad Park et Joe Zanussi aux Bruins de Boston en retour de l'attaquant Phil Esposito et du défenseur Carol Vadnais.
L'onde de choc de cet échange s'est fait ressentir à New York, alors que les Rangers avaient soumis au ballottage une semaine plus tôt le très populaire gardien Ed Giacomin. Ratelle a d'ailleurs été réveillé par un appel dans sa chambre d'hôtel à Oakland, puisque lui et Gilbert étaient cochambreurs sur la route.

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« C'était Ron Stewart, notre entraîneur, qui me demandait de venir le voir dans sa chambre, s'est remémoré Ratelle. Il était 7 heures le matin. Rod et moi pensions que quelqu'un tentait de me jouer un tour. Je suis quand même allé à la chambre de Ron et Brad était là. Nous avons parlé au téléphone avec Emile à New York, et il nous a annoncé que nous étions échangés.
« J'étais sous le choc, mais j'étais âgé de 35 ans et les Rangers tentaient de se rajeunir. Le hockey est une business. Je suis retourné ma chambre et je l'ai annoncé à Rod, qui n'était pas très content. Nous avions été amis et coéquipiers pendant 20 ans, et nous étions d'un coup devenus adversaires. »
Ils avaient partagé l'uniforme de l'équipe de leur école, d'une équipe junior, d'équipes professionnelles des rangs mineurs à Trois-Rivières, Québec et Kitchener-Waterloo, en Ontario, de même que celui des Rangers et de leur pays, eux qui ont représenté le Canada au cours de l'historique Série du siècle en 1972 contre une équipe d'étoiles de l'Union soviétique.
Leur amitié allait toutefois facilement résister à cette séparation dans la LNH, et le lien entre eux a subsisté jusqu'à la toute fin. Gilbert a disputé ses 1065 en carrière pour New York entre 1960 et 1977. Ratelle a pris part à 1280 parties entre 1961 et 1981, 861 avec les Rangers, 419 avec les Bruins.
Ils allaient être réunis au Temple de la renommée du hockey, l'intronisation de Gilbert en 1982 précédant de trois ans celle de Ratelle simplement parce que Ratelle avait disputé trois saisons de plus à la suite de la retraite de Gilbert.

Gilbert Ratelle Hadfield

« J'ai félicité Rod lorsqu'il a été élu au Temple, et j'espérais l'y rejoindre tôt ou tard », a noté Ratelle.
Membre de la famille des Bruins pendant 26 ans à titre de joueur, d'entraîneur adjoint et de dépisteur, le fait que Ratelle ait déménagé à Boston n'a en rien entaché son amitié avec Gilbert. Le lien entre eux a été renforcé vers la fin des années 1960 et au début des années 1970 lorsque Francis a placé Vic Hadfield à l'aile gauche de leur trio pour former la « GAG (Goal-A-Game) Line », surnommée ainsi en raison de la capacité du trio à marquer un but par rencontre.
Après sa retraite, Gilbert appelait régulièrement Ratelle pour lui demander d'effectuer des présences à titre d'ancien des Rangers, et il essuyait le plus souvent, à regret, un refus.
« Je disais à Rod, "J'aimerais le faire, mais je fais partie de la famille des Bruins maintenant", a expliqué Ratelle. Je me suis toutefois distancié des Bruins lorsque la LNH m'a demandé en 2017 quel chandail je voulais porter pour l'événement du Centenaire à Los Angeles. J'avais joué pour les Rangers pendant 14 ans, alors je leur ai dit que je devais porter ce chandail. »

Hadfield Ratelle Gilbert

Un an plus tard, le 25 février 2018, les Rangers ont retiré le numéro 19 de Ratelle au Madison Square Garden, le neuvième numéro à être honoré de la sorte par l'équipe. Il a rejoint le numéro 7 de Gilbert, qui a été le premier numéro à être retiré par les Rangers en 1979, et la « GAG Line » a été réunie neuf mois plus tard lorsque le numéro 11 de Hadfield a à son tour été hissé dans les hauteurs de l'amphithéâtre.
Gilbert a présenté Ratelle sur la glace du Garden, célébrant ainsi une amitié qui a pris racine au cours de leur jeunesse à Montréal, et les deux joueurs québécois ont échappé aux Canadiens dans la LNH.
Ratelle affirme avoir encore la chair de poule lorsqu'il se remémore cette soirée au Garden.
« C'était vraiment, vraiment fantastique, a-t-il mentionné. C'est très difficile de décrire ces émotions, surtout d'avoir été présenté par Rod. J'étais accompagné de mes amis, de gars avec qui j'ai joué pendant tellement longtemps. Je ne peux décrire ce sentiment avec des mots. »

Ratelle Gilbert action

Les deux hommes se sont parlé une dernière fois quelques jours avant la mort de Gilbert, alors que l'état de santé de ce dernier devenait de plus en plus précaire.
« Rod a été très positif jusqu'à la fin, a souligné Ratelle. Il était incroyable. On aurait parfois pu croire qu'il n'était même pas malade tellement il était positif.
« Tous ceux à qui j'ai parlé ont toujours dit que Rod était un gars super, qui signait toujours des autographes, qui acceptait toujours de poser pour des photographies, qui participait à tous les événements caritatifs, qui souriait et qui riait tout le temps. Les Rangers ont été très bons pour lui, mais il a aussi été très bon pour l'organisation. Il a été un ambassadeur incroyable pour l'équipe.
« Les partisans vont vraiment s'ennuyer de Rod parce qu'il a réalisé tellement de belles choses pour New York. De mon côté, je ne viens pas seulement de perdre un ami, je viens de perdre un frère. »

Crédit photos: Temple de la renommée du hockey; Getty Images