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Paul Kariya a fait mentir ses détracteurs

L'attaquant de 5 pieds 10 pouces se joint aux géants du Temple de la renommée lundi

par Lisa Dillman @reallisa / Journaliste NHL.com

ANAHEIM - Au repêchage de la LNH de 1993 qui se déroulait à Québec, Paul Kariya, du haut de ses 5 pieds 10 pouces, effectuait ses premiers pas dans un univers de géants.

Chris Pronger (6 pieds 6 pouces), Chris Gratton (6 pieds 4 pouces) et Viktor Kozlov (6 pieds 4 pouces), tous sélectionnés parmi les six premiers choix du repêchage, le contemplaient de haut. Le contraste était encore plus saisissant entre Pronger, que les Whalers de Hartford avaient sélectionné avec le 2e choix, et Kariya, repêché deux choix plus tard par les Mighty Ducks d'Anaheim.

« Officiellement, je mesurais 5 pieds 11 pouces et pesais 185 livres, se rappelle Kariya. Mais en réalité, j'étais plus proche de 5 pieds 9 pouces et demi, et 153 livres. »

Il a fallu un grand acte de foi de la part des Mighty Ducks, qui venaient de se joindre à la Ligue, pour aller à contre-courant et sélectionner un joueur talentueux de petite stature. Or, le directeur général Jack Ferreira avait été si impressionné par Kariya en le voyant jouer pour l'Université du Maine qu'il avait quitté la rencontre prématurément pour cacher l'intérêt qu'il portait envers l'attaquant énergique.

Voilà un exemple de plus qui témoigne de l'avant-gardisme des Mighty Ducks et de Kariya.

Kariya, qui portait déjà une attention particulière à son entraînement et à son alimentation à une époque où ces aspects étaient souvent sous-estimés dans la LNH, a non seulement survécu, mais a brillé de mille feux dans la LNH, étant nommé à trois reprises sur la première équipe d'étoiles de la LNH, décrochant le trophée Lady Byng à deux reprises (1996 et 1997) et terminant sa carrière avec 989 points (402 buts et 587 mentions d'aide) en 989 matchs avec Anaheim, l'Avalanche du Colorado, les Predators de Nashville et les Blues de St. Louis.

Kariya, né à Vancouver, a également remporté une médaille d'or avec l'équipe canadienne aux Jeux olympiques de Salt Lake City en 2002.

Lundi, Kariya se joindra aux géants du hockey lorsqu'il sera intronisé au Temple de la renommée du hockey à Toronto, en compagnie de Dave Andreychuk, Clare Drake, Danielle Goyette, Jeremy Jacobs, Mark Recchi et Teemu Selanne.

« Je ne m'y attendais pas, a confié Kariya en parlant de son intronisation. Comme joueur, je n'ai jamais songé aux honneurs individuels et jamais je n'aurais cru mériter une telle reconnaissance. Ça ne m'a pas traversé l'esprit. C'est fantastique. »

La taille de Kariya préoccupait bon nombre d'observateurs à la veille du repêchage de 1993. Lui et son bon ami Selanne, un coéquipier avec les Mighty Ducks de 1996 à 2001, se sont amusés en abordant le sujet lors d'une entrevue commune.

« On aurait dit un petit garçon », a déclaré Selanne.

Kariya, membre de l'équipe nationale du Canada au Championnat mondial junior de 1993, se souvient d'une rencontre avec l'entraîneur Mike Keenan avant le début du tournoi.

« Je venais d'enlever mon chandail quand Keenan est entré dans le vestiaire et s'est dirigé vers moi pour me rencontrer, se souvient Kariya. Je voyais bien qu'il me jaugeait en se demandant si je serais en mesure de me frotter à des hockeyeurs professionnels. »

« Il s'était permis une remarque, notant que Wayne Gretzky n'avait pas énormément de coffre lui non plus. »

De nos jours, personne ne s'étonne des succès de joueurs de petite stature comme Johnny Gaudreau (5 pieds 9 pouces, 157 livres) des Flames de Calgary ou Cam Atkinson (5 pieds 8 pouces, 179 livres) des Blue Jackets de Columbus. Mais Kariya, au meilleur de sa forme, jouait à une époque où la taille comptait davantage et où les joueurs se faisaient malmener vertement en tentant de se rendre au filet adverse.

« C'était un joueur dominant malgré sa taille, à une époque où les joueurs mesuraient 6 pieds 3 pouces, pesaient 225 livres et ne se priaient pas pour donner des coups d'épaule », se rappelle Steve Rucchin, qui jouait au centre de Kariya et de Selanne à Anaheim.

« Dans ce temps-là, on pouvait se permettre plus de choses en matière d'abus et de coups. Pouvez-vous vous imaginer à quel point il aurait été plus facile pour lui de couper au filet s'il jouait aujourd'hui? Disons simplement qu'il aurait récolté encore plus de points! »

« La première fois que j'ai vu jouer [Kariya], j'ai cru qu'il deviendrait un fabricant de jeux, le genre de joueur qui récolte 70 aides par saison, mais ce sont plutôt ses talents de marqueur qui ont défini sa carrière. Il avait tout un flair autour du filet », a confié Ferreira.

Ferreira, aujourd'hui conseiller principal pour les Kings de Los Angeles, avait été embauché par les Mighty Ducks quelques mois avant que Kariya ne soit repêché. Ce printemps-là, le directeur général adjoint Pierre Gauthier et lui s'étaient rendus à Worcester, au Massachusetts, pour assister à un match de l'équipe du Maine dans la NCAA et voir jouer Kariya.

« Nous avons regardé le match et après deux périodes, j'ai dit à Pierre qu'il valait mieux que l'on parte, se rappelle Ferreira. Je ne voulais pas que l'on découvre à quel point je l'aimais! »

En tant que premier joueur repêché par les Ducks, Kariya était considéré comme la tête d'affiche de l'organisation. À son année recrue, lors de la saison 1994-1995 abrégée en raison d'un lock-out, Kariya a obtenu 39 points (18 buts et 21 aides) en 47 matchs.

Au cours des 59 premiers matchs de la saison suivante, Kariya a récolté 64 points (29 buts et 35 aides). Le 7 février 1996, Ferreira diminuait le fardeau qui pesait sur les épaules de Kariya, réalisant une transaction spectaculaire en soutirant Selanne des Jets de Winnipeg.

Au cours des 29 derniers matchs de cette saison, Karyia, aux côtés de Selanne, a obtenu 44 points (21 buts et 23 aides). 

« Oublions tout ce que j'ai appris de lui sur la patinoire, en tant que joueur de hockey, a déclaré Kariya en parlant de Selanne. Mais à l'extérieur de la patinoire, il m'a permis de trouver un juste équilibre. J'étais très sérieux… en fait, j'étais bien trop sérieux. Il a exercé une influence bienfaisante sur moi, bien plus à l'extérieur du hockey que sur la patinoire. »

Leurs amis et les membres de leurs familles s'étonnent souvent de la façon dont Kariya et Selanne savent exactement ce que l'autre pense.

Dernièrement, Kariya nuançait les avantages et les désavantages d'accepter un poste de direction au sein d'une équipe de la LNH. Selanne savait exactement où il voulait en venir avant même que Kariya, grand passionné de surf, ait terminé de formuler sa réponse. 

« Le connaissant, il n'aurait plus le temps pour rien d'autre, » a résumé Selanne.

« C'est tout à fait exact, bien vu, a répliqué Kariya. Si je me lance dans quelque chose, je me dévoue corps et âme. Mais dès qu'une forte houle se dessine, je dois y aller! »

Le directeur général des Kings Rob Blake, qui avait évalué l'intérêt de Kariya pour ce genre de responsabilités, est aussi un surfeur et partage la passion de Karyia pour la mer. Il comprend aussi que Kariya ne fait rien à moitié lorsqu'il se fait une idée ou se trouve une passion.

« Nous surfons tous, mais aucun de nous ne connaît les planches, a ajouté Blake. On s'achète une planche et on saute dessus. Mais lui, il s'y connaît en ailerons et s'intéresse à l'épaisseur et au poids des planches. Il est aussi passionné de surf que de hockey. »

Kariya a connu deux saisons de 100 points et une saison de 50 buts. Étant donné qu'il a réalisé ces exploits à une époque où le jeu était plus hermétique, Blake se demande ce que Kariya aurait pu accomplir s'il jouait aujourd'hui.

« C'était sans aucun doute l'un des meilleurs joueurs de la LNH, a dit Blake. Il était impossible à contenir à l'époque et ce serait encore vrai aujourd'hui. »

Cette nomination au Temple de la renommée a permis à Kariya de faire le point sur sa carrière et sur son entourage. Des membres de la famille de son défunt agent Don Baizley seront à Toronto. Tout comme Rucchin.

« C'est la moindre des choses après tout ce que je lui ai fait subir, a confié Kariya en parlant de son ancien centre. Sur la patinoire, je l'ai si souvent poussé à l'épuisement que j'ai probablement écourté sa carrière de cinq saisons. »

Rucchin ne s'est pas défendu, mais, lorsqu'il s'agit de sarcasme, il n'a rien à envier à ses anciens compagnons de trio.

« Moi aussi, j'aurais volontiers marqué des buts sur des jeux préparés de l'arrière du filet ou des tirs déviés, a ajouté Rucchin. Disons qu'ils ne sont pas intronisés au Temple de la renommée du trophée Selke. »

Kariya a joué son dernier match en carrière avec les Mighty Ducks lors du match no 7 de la Finale de la Coupe Stanley 2003, une défaite de 3-0 subie aux mains des Devils du New Jersey. Rucchin était toujours là, mais Selanne avait quitté l'équipe, échangé aux Sharks de San Jose le 5 mars 2001.

À la saison 2003-2004, les chemins de Kariya et Selanne se sont croisés à nouveau avec l'Avalanche, qui avait bon espoir d'aller loin en séries. L'équipe pouvait également compter sur les futurs membres du Temple de la renommée Joe Sakic, Peter Forsberg et Blake, mais la saison de l'Avalanche a été minée par les blessures. 

« Je crois que nous n'avons joué tous ensemble que pour un match, s'est remémoré Blake. Nous avons affronté Chicago et remporté le match inaugural 5-0, puis Paul s'est blessé au poignet et Teemu a subi une blessure au genou. Bref, nous n'avons jamais pu jouer ensemble à cause de blessures.

« Il aimait se fondre dans le groupe de joueurs, a poursuivi Blake. À Anaheim, sans le vouloir nécessairement, sa présence devait être intimidante. Mais au Colorado, dans une équipe qui comptait sur plusieurs bons joueurs, c'était un coéquipier comme les autres. »

Kariya a ensuite joué deux saisons avec les Predators et a terminé sa carrière avec les Blues. Il n'est jamais passé aussi près de remporter la Coupe Stanley qu'avec les Mighty Ducks en 2003.

Lors du match no 6 de cette finale, Karyia a encaissé une mise en échec retentissante du défenseur des Devils Scott Stevens qui l'a assommé. Karyia est toutefois revenu au jeu pour marquer le but gagnant et a participé au match no 7.

Ce n'était que l'une des nombreuses mises en échec solides que Kariya a encaissées au cours de sa carrière qui a pris fin en 2009-2010. La saison suivante, Karyia a pris une pause pour se remettre de symptômes liés aux commotions cérébrales avant de prendre sa retraite à 36 ans.

« Comme bien d'autres choses, il faut savoir prendre le temps et le recul nécessaire. Cela fait maintenant sept ans que je suis à la retraite - lorsque je repense à ma carrière, je ne pense jamais aux mises en échec, a résumé Kariya, qui fêtera son 43e anniversaire le 16 octobre. Ça ne me traverse jamais l'esprit. Quand j'y pense, je me rappelle les beaux moments que j'ai passés sur la patinoire. »

À son avis, son expérience est semblable à celle de bien d'autres, dont la carrière est aussi faite de hauts et de bas.

« Si d'un coup de baguette magique je pouvais tout recommencer et tout revivre, aussi bien les bons moments que les moins bons, je le ferais sans hésitation. »

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