Willie and Russians

Willie O'Ree se souvient d'avoir été l'objet de curieuses réactions de la part de certains joueurs des Nighthawks de New Haven quand il est entré dans leur vestiaire pour la première fois en 1972.

« Il y avait trois ou quatre joueurs avec qui j'avais joué ou que j'avais affrontés », s'est remémoré O'Ree au sujet de la défunte équipe de la Ligue américaine de hockey (LAH). « Le reste de l'équipe n'était que des jeunes. Je marchais dans le vestiaire et je pouvais les entendre se demander : "Mais qui est ce vieux-là?" »
Ils l'ont rapidement découvert.
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À 37 ans, O'Ree a été le cinquième meilleur pointeur de New Haven avec 45 points (21 buts, 24 passes) en 50 matchs. Il a inscrit un but et quatre points de moins que Garry Howatt (22 buts, 49 points en 65 rencontres) ainsi que neuf buts et 23 points de plus que Bobby Nystrom (12 buts, 22 points en 60 parties), deux recrues qui allaient devenir des piliers des Islanders de New York lors de leurs quatre conquêtes de la Coupe Stanley entre 1979 et 1983.
« Il était un excellent joueur, a dit Nystrom. Il était très bon avec la rondelle et il était un marchand de vitesse. Il était bâti pour être rapide. Il aurait pu courir le 100 verges. »

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Quand les Bruins de Boston vont retirer le numéro 22 d'O'Ree avant leur match contre les Hurricanes de la Caroline mardi (20 h HE; TVAS, SNE, SNO, NESN, BSSO, ESPN+, NHL LIVE), les partisans vont l'acclamer parce qu'il est devenu le premier joueur noir dans la LNH lorsqu'il a fait ses débuts contre les Canadiens de Montréal, le 18 janvier 1958 au Forum de Montréal.
Ou encore, ils souligneront le travail d'O'Ree comme ambassadeur pour la diversité de la LNH. Ce rôle lui a permis d'inspirer plus de 12 000 enfants à apprendre le hockey dans le cadre de l'initiative Le hockey est pour tout le monde. Ça l'a éventuellement conduit au Temple de la renommée du hockey en 2018, dans la catégorie des bâtisseurs.
Mais peu de gens réalisent à quel point O'Ree était un bon joueur de hockey. Sa carrière dans la LNH a été brève : 45 matchs répartis sur deux saisons avec les Bruins (deux rencontres en 1957-58 et 43 en 1960-61) au cours desquelles il a récolté 14 points (quatre buts, 10 aides).
Mais O'Ree a connu une longue et prolifique carrière dans les rangs mineurs, malgré qu'il soit aveugle de l'œil droit, le résultat d'une blessure subie lorsqu'il évoluait dans les rangs juniors, le 22 novembre 1955.
O'Ree a cumulé 639 points (328 buts, 311 passes) en 785 matchs avec les Blades de Los Angeles et les Gulls de San Diego, dans la Western Hockey League (WHL), entre 1961 et 1974.
Il a été le meneur de la WHL avec 38 buts en 1964-65, l'une de ses cinq saisons de 30 buts dans cette ligue (1964-65, 1965-66, 1966-67, 1968-69, 1973-74).
« Il pouvait marquer en périphérie et près du filet », a affirmé le gardien Jack McCartan, un coéquipier d'O'Ree à Los Angeles et à San Diego, et un membre de la première équipe des États-Unis à avoir remporté une médaille d'or aux Jeux olympiques, en 1960. « Avec sa vitesse, il arrivait à se rendre à des endroits que d'autres joueurs ne pouvaient pas atteindre. »

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La vitesse d'O'Ree est la première chose que Nystrom, Howatt et le gardien Glenn « Chico » Resch ont remarquée quand il a rejoint New Haven en vertu d'un prêt par San Diego en 1972.
Il a accepté non sans hésiter d'échanger le soleil de San Diego et les vols lors des séjours à l'étranger dans la WHL pour le froid de New Haven et les longs trajets en autobus de la LAH. C'est en bonne partie parce qu'il n'obtenait pas beaucoup de temps de jeu avec les Gulls au début de cette saison-là et parce que l'entraîneur de New Haven, Parker MacDonald, avait mentionné à O'Ree que de jeunes joueurs prometteurs avaient besoin de la présence d'un vétéran.
« J'étais très nerveux et j'avais peu de confiance, et Willie était un mentor », a raconté Resch, qui a gagné la Coupe Stanley avec les Islanders en 1980 et qui a joué 571 matchs dans la LNH avec New York, les Rockies du Colorado, les Devils du New Jersey et les Flyers de Philadelphie.
« Quand il sautait sur la glace, c'était comme s'il dansait sur patins, a mentionné Resch. Je peux encore voir Willie descendre le long de l'aile gauche à l'entraînement. Il pouvait changer de direction tellement rapidement. Quand il coupait à gauche - comme Wayne Gretzky le faisait aussi - le défenseur continuait à reculer, et ça créait de l'espace pour Willie. »
Nystrom a ajouté que le coup de patin d'O'Ree lui rappelait celui de l'ailier droit des Canadiens Yvan Cournoyer, un membre du Temple de la renommée du hockey dont la vitesse lui a valu le surnom « Roadrunner » et l'a aidé à inscrire 863 points (428 buts, 435 mentions d'aide) en 968 matchs.
« Il était très rapide et excellait en possession de rondelle », a affirmé Nystrom, qui a cumulé 513 points (235 buts, 278 passes) en 900 rencontres avec les Islanders de 1972 à 1986. « Quand il s'emparait de la rondelle, il volait sur la glace. »

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Nystrom a ajouté qu'O'Ree lui rappelait également son coéquipier des Islanders Butch Goring, qui a agi comme vétéran au centre après avoir été acquis dans un échange avec les Kings de Los Angeles le 10 mars 1980. Goring a remporté le trophée Conn-Smythe à titre de joueur le plus utile à son équipe lors des séries éliminatoires de la Coupe Stanley de 1981.
« Il y avait beaucoup de jeunes au sein de cette équipe de New Haven - moi-même, Garry Howatt et Chico Resch, s'est remémoré Nystrom. William était le vieux routier qui nous calmait. Il nous parlait de la même façon que Butch Goring l'a fait en s'amenant à New York. Il nous calmait au banc si nous étions frustrés. Il nous disait que tout allait finir par fonctionner. »
Resch a indiqué que les actions d'O'Ree sur la glace avaient plus d'impact que ses mots sur les joueurs de New Haven.
« Willie a inscrit 21 buts, il connaissait du succès », a dit Resch, maintenant analyste pour les matchs des Devils. « Les joueurs voyaient sa détermination et le fait qu'il ne se laissait pas intimider. Si tu succombais à cette intimidation, tu n'allais pas tenir le coup.
« Avec son attitude, Willie démontrait que l'entraînement était plus que simplement une occasion de faire augmenter son rythme cardiaque. C'est ce que tout le monde admirait chez Willie. Il montrait comment être un véritable professionnel et comment garder sa place dans le hockey. »
Photos: John Musco