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NEW YORK -Henrik Lundqvist était assis à une des tables du restaurant d'hôtel, en tenue décontractée, à siroter une boisson gazeuse.

L'ancien gardien de but des Rangers de New York était visiblement détendu en ce mercredi matin à Manhattan. Il était à l'aise et libre de tout stress un mois et demi après avoir entrepris un nouveau chapitre dans sa vie:

La retraite.

« Je me sens bien, a dit Lundqvist. C'est un très bon début jusqu'ici avec ce retour à New York et les enfants qui sont de retour à l'école. Je suis plutôt occupé. Je joue un peu au tennis, je bouge. Je ne peux pas pousser à 100 pour cent, ça va prendre un peu de temps encore avant que je puisse y arriver, mais dans l'ensemble je me sens plutôt bien dans ma situation actuelle. Ç'a été difficile de prendre la décision de m'arrêter, mais en même temps, je savais que c'était la bonne chose à faire. »

Lundqvist a annoncé qu'il prenait sa retraite de la LNH le 20 août dernier. Il en est arrivé à cette décision après avoir longuement cherché à revenir au jeu et après avoir subi une chirurgie à coeur ouvert au début du mois de janvier.

Une maladie du coeur a empêché Lundqvist de jouer pour les Capitals de Washington la saison dernière, après qu'il eut signé un contrat d'un an d'un montant de 1,5 million $ avec eux le 9 octobre 2020, lui qui avait disputé chacune de ses 15 saisons précédentes dans la LNH avec les Rangers. Il était joueur autonome sans compensation parce que la formation new-yorkaise avait racheté la dernière année de son entente d'une durée de sept saisons.

« Après mon opération, je voulais revenir, c'était ce que j'avais en tête, c'était mon but, a indiqué Lundqvist. Puis, j'ai eu de gros ennuis en mars quand j'ai eu de l'inflammation et ça s'est avéré presque plus compliqué que l'opération, mais j'étais quand même convaincu que j'allais revenir. Mais ensuite, cet été, j'ai commencé à réaliser que ça allait prendre du temps avant que ce soit à 100 pour cent et que continuer d'essayer comportait beaucoup de risques et une bonne part d'inconnu. Si je ne peux pas pousser la machine à près de 100 pour cent alors que je ne me sens pas bien à 100 pour cent… J'ai réalisé que la meilleure décision à prendre, c'était de m'arrêter. Et je suis serein depuis. »

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En plus d'expliquer pourquoi il a pris sa retraite, Lundqvist, qui est sixième dans l'histoire de la LNH pour les victoires (459) et a remporté le trophée Vézina remis au meilleur gardien dans la LNH à l'issue de la saison 2011-12, a parlé de ce qu'il prévoit faire de sa vie après le hockey, de l'hommage que les Rangers lui rendront en retirant son numéro 30 et de bien plus encore dans le cadre d'un entretien avec LNH.com:
Pourquoi la décision de prendre ta retraite t'a-t-elle permis d'être serein?

« C'est la vie. Ce sont des choses qui arrivent. C'est la même chose avec l'opération. Il y a des choses qui arrivent et tu dois simplement être reconnaissant pour les choses que tu as et que tu vis. Ce n'est pas comme si j'avais 30 ans. J'ai 39 ans. Oui, si j'avais eu la chance de jouer une ou deux autres saisons, je l'aurais fait, c'est certain. J'adore encore le hockey. J'adore aller à l'aréna. L'automne dernier, j'ai été sur la glace tous les jours, j'allais sur la patinoire accompagné de deux personnes pour effectuer des tirs parce que j'aimais ça, je voulais revenir et je me sentais vraiment bien. Je me sentais mieux que dans les années précédentes, à vrai dire, alors j'étais optimiste. Mais parfois, il y a des choses qui arrivent et tu dois simplement gérer ça. Tu as beau planifier, les circonstances changent. Il y avait juste trop de risque à continuer d'essayer et à tenter le coup. Il y a aussi comment je me sentais, je ne me sentais pas bien en mars, en avril, cette douleur… Je ne voulais pas revivre ça. »

Décris la douleur.

« J'étais sur la glace tous les jours et je me sentais très bien, et puis un jour j'ai ressenti une douleur énorme à la poitrine. C'était un coup de malchance que ce soit arrivé, mais c'est arrivé. Je suis passé d'une situation où je m'entraînais tous les jours à une autre où je n'ai pu rien faire pendant trois mois. »

Avais-tu l'impression de faire un infarctus?

« Non, c'était juste une douleur qui n'arrêtait pas. J'avais l'impression d'avoir quelque chose dans la poitrine qui se rendait jusque dans le dos. Je me sentais mal. J'ai eu ça à quelques reprises. Mais ensuite, j'ai commencé à me sentir beaucoup mieux et ça s'en va dans la bonne direction en ce moment. C'est important pour la vie de tous les jours. C'était un facteur important dans ma prise de décision. En tant qu'athlète, ç'a été difficile. En tant qu'être humain, je savais que c'était la bonne chose à faire. Maintenant, j'essaie de planifier de nouvelles choses, de commencer un nouveau chapitre dans ma vie, de faire de nouvelles choses. Oui, je suis serein. »

Veux-tu rester impliqué dans le hockey?

« J'adore encore le hockey. Je pense que je vais m'impliquer, mais ça reste à voir de quelle façon parce que je veux faire d'autres choses aussi. Il y a d'autres choses auxquelles je m'intéresse aussi. »

Comme quoi?

« Dans le monde des affaires. Je crois avoir un côté créatif que je veux explorer un peu. J'ai quelques projets en cours en Suède, des investissements et différentes occasions. Mais ici aussi, avec toutes les personnes que j'ai rencontrées au fil des années, il y a pas mal d'opportunités. Il s'agit non seulement de déterminer ce que je veux faire, mais aussi jusqu'à quel point je veux être actif parce que maintenant, je suis plus libre que je l'étais quand je jouais, je peux planifier des choses et voyager quand c'est nécessaire. Je pouvais le faire l'été, mais pas l'automne, l'hiver ou le printemps. J'ai été très présent ces 14 derniers mois parce que j'ai été à la maison tout au long de l'année dernière. Je m'entraînais et j'essayais de revenir au jeu, alors c'était un peu différent parce que j'avais ça en tête, mais maintenant c'est sûr que c'est fini. »

Ton numéro 30 va être retiré au Madison Square Garden. Es-tu en mesure de décrire ce que tu ressens à l'idée et ce que ça représente pour toi?

« Je ne sais pas, c'est difficile à expliquer, mais je peux dire ceci: en raison de tout ce qui est arrivé avec la COVID et du fait que je n'ai pas eu l'occasion de remercier tout le monde et de faire mes adieux en quelque sorte, ce sera l'occasion de le faire. J'ai très hâte de faire savoir à quel point j'ai apprécié tout ce que j'ai vécu durant toutes ces années. Ma famille et mes amis proches seront là, j'ai encore beaucoup de difficulté à le réaliser, mais c'est certain que c'est une grande sensation. Évidemment, au cours de la dernière année, surtout après tout ce que j'ai vécu, j'ai beaucoup réfléchi et médité là-dessus, et je suis tellement reconnaissant pour tout ce que j'ai vécu ici à New York avec les Rangers, tant au niveau de l'organisation que de la ville et des partisans. J'ai apprécié tout ça pendant que je jouais, mais parfois, quand tu prends du recul et que tu regardes tout ça, où tu en es dans ta vie et ce que tu vis, tu as peut-être un plus grand sourire quand tu repenses à tous les moments, aux souvenirs, aux amitiés. Je ne pensais jamais pouvoir ressentir autant de loyauté à l'endroit d'une autre équipe. Durant ma jeunesse (en Suède), j'étais un partisan de Frolunda et ensuite je suis venu ici, et la loyauté que je ressens à l'endroit de cette organisation et l'amour que j'ai pour cette organisation, je ne l'ai pas vu venir. C'est une sensation formidable, vraiment. »

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Ce sentiment de loyauté, cet amour pour les Rangers a-t-il faibli à un moment ou l'autre durant ton séjour ici? As-tu ressenti de l'amertume par moments à l'égard des Rangers?

« Non. J'avais un certain... Je ne dirais pas un plan, mais évidemment je voulais que les choses se terminent d'une certaine façon, et quand ç'a commencé à aller dans une autre direction, ç'a été difficile mentalement. Les choses changent tellement vite. Mais ensuite, j'ai vraiment commencé à penser à ce que je ressentais et puis il y a eu la COVID, alors j'ai eu la chance de digérer tout ça. Où en sommes-nous? Où est-ce que ça s'en va? Je ne pouvais faire autrement que de ressentir de la gratitude et ça m'a vraiment rendu heureux. Alors quand il y a eu les événements du mois d'août, quand nous avons pris des chemins différents, j'avais déjà fait tout le travail de réflexion. J'étais serein, super reconnaissant et heureux. J'ai vraiment pu savourer le moment quand ça s'est terminé. J'étais si serein mentalement que ç'a été une belle semaine pour moi. »

À quand remonte ta dernière présence sur la patinoire?

« Le 16 août. Quatre jours avant ma retraite. Ma dernière séance sur patins, je savais que c'était ma dernière parce que ma décision était prise. C'était plutôt une question d'avoir la confirmation que ça n'allait pas fonctionner, de la façon dont je voyais les choses et des effets que ça aurait de continuer à pousser à fond. »