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Les Panthers sont-ils en train de déraper?

Bouchard : La Floride avait été plutôt chanceuse l'an dernier, mais ce n'est plus le cas cette saison

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Un entraîneur populaire, congédié en début de saison, dans des circonstances nébuleuses. La mise à la porte de Gerard Gallant par les Panthers de la Floride en a surpris plus d'un et l'équipe, depuis, ne sait plus gagner. Au moment d'écrire ces lignes, le remplaçant de Gallant, Tom Rowe, a une fiche pathétique de deux victoires contre six défaites.

Les Panthers ont, depuis quelque temps, pris un virage résolu vers l'intégration de l'analyse statistique à leurs décisions hockey et nombre d'observateurs ont attribué aux tenants de ce virage la responsabilité du congédiement de Gallant, qui serait la victime d'une guerre de pouvoir entre l'ancienne et la nouvelle garde.

Tom Rowe n'est pas exactement une bleusaille. Âgé de 60 ans, il a dirigé des équipes dans la LAH, la KHL et œuvré comme entraîneur adjoint en Caroline. Même s'il était passé à l'administration du club, on n'envoie pas un geek quelconque demander à Jaromir Jagr « d'augmenter son Corsi ».

Mais le fait est qu'on a évoqué, pour expliquer le départ de Gallant, des divergences de vues. Si l'entraîneur et le DG ne sont pas sur la même longueur d'onde… Et on doit bien le dire, lorsqu'on regarde les figures imposées de l'analyse statistique du hockey, on voit que certains indicateurs laissaient planer des doutes sur la capacité de l'équipe à continuer à progresser.

Tout ça est, comme c'est souvent le cas, une histoire de pourcentages et de gardiens. Parlons-en.

Les gardiens, les tireurs, les pourcentages

Les performances des gardiens sont terriblement importantes. Depuis 2007-08 (les données suivantes sont tirées du site Hockey Reference), on sait que le pire pourcentage d'arrêts, sur huit ans et des poussières, appartient aux Maple Leafs de Toronto et au Lightning de Tampa Bay, ces deux formations ayant affiché un taux de ,902. Le meilleur pourcentage d'arrêts appartient sur la même période aux Bruins de Boston (,921).

Les Capitals de Washington sont, sur la même période, l'équipe ayant le meilleur taux de réussite global : 9,7 pour cent des tirs obtenus par les Capitals ont été des buts. Et les Panthers de la Floride ont été la pire équipe au cours de la même période, avec taux de conversion de 8,3 pour cent.

Si on présente les performances des tireurs des Capitals et des Panthers selon le point de vue des gardiens les ayant affrontés, le portrait devient encore plus clair : les gardiens adverses ont eu un pourcentage d'arrêts de ,903 contre les Capitals et de ,917 contre les Panthers. Bref, la marge entre les meilleurs et les pires tireurs (,014) est plus restreinte que celle entre les meilleurs et les pires gardiens (,018).

Traduisons ce total en buts. Une équipe moyenne, au cours de cette période, obtient et accorde 30 tirs au but par match. Sur une saison complète, la différence entre le meilleur et le pire taux de conversion est de 34 buts, celle entre le meilleur et le pire pourcentage d'arrêts de 46 buts. Lorsque les gardiens d'une équipe décrochent, du bon ou du mauvais côté, des moyennes de la ligue, l'impact est donc massif.

L'effet des bons gardiens

Si une équipe obtient et accorde un nombre moyen de tirs, des performances hors de l'ordinaire de la part de ses gardiens peuvent donner à cette équipe l'impression d'être plus dominante qu'elle ne l'est vraiment.

C'est un piège. Un bon gardien fait la différence en saison régulière, mais arrivée en séries, il ne suffira plus à la tâche. S'il a devant lui une équipe moyenne, le fait qu'il n'affronte plus de mauvaises équipes et le fait que ces équipes n'utilisent que leur gardien numéro 1 vient effriter l'avantage qu'il donne à sa formation.

J'ai expliqué le détail du phénomène dans un autre article, en prenant pour exemple les Canadiens de Montréal et Carey Price .

Ce piège guettait les Panthers après leur saison 2015-16. L'an dernier, leurs gardiens ont affiché un pourcentage d'arrêts de ,917, le cinquième plus élevé de la LNH. Roberto Luongo a obtenu un taux de ,922 et Al Montoya de ,919. Les taux en carrière de ces deux gardiens sont respectivement de ,919 et ,909. Et, sachant que Luongo aura 39 ans en avril prochain, on ne peut s'attendre à ce que ses performances aillent en augmentant.

Mais il y a plus. Les Panthers ont, depuis 2007-08, le pire taux de conversion de la ligue. L'an dernier, l'équipe a obtenu le cinquième taux de conversion, soit 9,8 pour cent de ses tirs convertis en buts.

Gerard Gallant a donc, l'an dernier, bénéficié doublement des pourcentages. Son équipe a converti ses tirs en buts à un rythme largement supérieur à la moyenne et ses gardiens ont connu des performances supérieures à leurs moyennes en carrière.

Tout ça est fort agréable à vivre, mais on ne peut présumer que les choses vont continuer dans la même direction. C'est ici que les données relatives aux tirs obtenus et accordés entrent en ligne de compte. Si l'équipe domine aux tirs dans toutes les situations, on peut présumer que cette formation est en mesure de bâtir sur ses succès passés même si la chance la quitte. Mais si elle est dominée aux tirs, alors une simple blessure à un gardien peut faire déraper l'affaire.

Et c'est là le problème, pour les Panthers. Le site corsica.hockey (dont je tire les données citées dans la suite de cet article) nous indique que l'an dernier, l'équipe est 21e de la LNH pour la part des tirs obtenus à 5-contre-5 (48 pour cent des tirs), 25e pour les tirs obtenus à 5-contre-4 et cinquième pour les tirs concédés à 4-contre-5. Bref, outre le jeu en désavantage numérique, il y avait beaucoup de travail à faire.

L'administration du club n'était pas dupe. D'où les changements importants apportés à l'alignement cet été. Et il y a eu un impact, quoique mitigé. Après 30 matchs joués, les Panthers sont premiers pour le nombre de tirs concédés à 4-contre-5, 12e pour les tirs obtenus à 5-contre-4 et, surtout, troisièmes pour la part des tirs obtenus à 5-contre-5.

Sur ce dernier point, le départ de Gerard Gallant ne semble pas avoir démoralisé l'équipe outre mesure. En fait, il a été salutaire : les Panthers ont obtenu 51 pour cent des tirs avant le congédiement de l'entraîneur, 54 pour cent depuis.

Le problème se situe bien entendu du côté des pourcentages. Sous Gallant, l'équipe convertit (toute situation confondue) 8,3 pour cent de ses tirs en buts, alors que les gardiens obtiennent un pourcentage d'arrêts de ,914. Rien de catastrophique, mais une baisse significative par rapport aux taux affichés l'an dernier.

Sous Tom Rowe, c'est encore pire : 5,3 pour cent des tirs sont des buts et les gardiens ont un pourcentage d'arrêts de ,897!

Tout ça va revenir à la normale et Rowe va graduellement apporter les changements qu'il ne considérait pas possibles avec Gallant dans les parages.

De plus, les blessés commencent à revenir. Nick Bjugstad ne sera jamais une supervedette, mais c'est un rouage important de l'offensive floridienne, et il semble enfin en santé. Jonathan Huberdeau, qui n'a toujours pas joué cette saison, recommence à patiner ces jours-ci.

Bref, des jours meilleurs attendent cette formation qui semble ces jours-ci avoir pour principal problème qu'elle rend à la chance ce qu'elle lui a pris l'an dernier. Le balancier va revenir éventuellement et Rowe, bien en selle même s'il est contesté dans les médias, va soudainement voir sa cote monter en flèche. Ainsi va la vie dans la LNH.

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