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Le hockey en chiffres: Eller contre Shaw

Bouchard: Eller devrait jouer un rôle utile à Washington, Shaw comble un trou du côté droit chex le CH

par Olivier Bouchard @oli_bou / Chroniqueur LNH.com

Marc Bergevin a frappé fort vendredi soir, concluant deux échanges d'un seul coup. Lars Eller, qu'on sentait sans véritable rôle à Montréal depuis l'arrivée de Michel Therrien, s'en va et Andrew Shaw s'amène des Blackhawks de Chicago. Démêlons tout ça.

Eller à Washington

Les Capitals ont enfin mis la main sur un 3e centre digne de ce nom. On a dû, l'an dernier à Washington, envoyer Marcus Johansson occuper ce poste entre Jason Chimera et Tom Wilson, parce qu'on n'avait pas d'autre option viable. Or, Johansson est d'abord et avant tout un ailier et ses talents offensifs sont bien plus utiles lorsqu'il joue avec Evgeny Kuznetsov ou Nicklas Backstrom. Eller, donc, repousse ce joueur doué vers le top-6 des Capitals, qui devient encore plus explosif (!).

Eller a déçu à Montréal parce qu'on attendait de lui qu'il produise comme Tomas Plekanec à ses grandes années. Il n'a jamais franchi cette barre, mais il a su, au cours des six dernières saisons, s'établir comme un précieux concierge.

Les Canadiens ont pour ainsi dire toujours mieux su empêcher l'adversaire de menacer leur filet lorsqu'Eller était sur la glace. Le manque de contribution offensive doit quant à lui être pris avec un grain de sel : si on enlève les 777 minutes qu'Eller a jouées avec Brandon Prust depuis 2013, sa contribution offensive est aussi systématiquement positive depuis quatre ans.

Sachant cela, je suis extrêmement curieux de voir ce que fera Eller en compagnie de Tom Wilson, dont le style s'accorde à merveille à celui du Danois. Sans être un très bon joueur de possession de rondelle, Wilson n'est pas complètement dénudé de talent, pratique un style agressif et est habitué aux missions défensives. Avec un centre rapide qui a démontré sa capacité à réduire les opportunités de l'adversaire ainsi qu'à pousser la rondelle vers la zone ennemie, le résultat pourrait être extrêmement intéressant.

Eller n'avait plus sa place à Montréal pour une foule de raisons. Le directeur général des Canadiens Marc Bergevin a bien évoqué l'émergence du centre Phillip Danault, mais il y en a beaucoup d'autres. Plekanec, à qui Eller devait éventuellement succéder comme homme à tout faire, n'a jamais vraiment régressé et l'émergence de David Desharnais comme centre strictement offensif a confiné Eller au troisième trio avec des joueurs aux aptitudes offensives souvent douteuses.

Ça, c'est pour le passé. Pour l'avenir, outre Danault, la performance impressionnante de Michael McCarron l'an dernier a selon moi beaucoup joué dans la décision de l'équipe. Aussi, l'imminence du repêchage d'expansion a un impact. On aurait dû protéger Eller pour ne pas le perdre, ce qui aurait probablement obligé l'équipe à laisser Tomas Plekanec sans protection. Si ce dernier continue sur sa lancée cette saison (et il ne semble pas régresser rapidement), c'est le tchèque, plus doué offensivement et encore merveilleusement versatile, qu'on aurait risqué de perdre à Las Vegas.

Enfin, parce qu'on avait décidé de garder Desharnais au centre et parce que la mutation d'Alex Galchenyuk a cette même position devait être faite une bonne fois pour toutes, on voyait Eller confiné à l'aile gauche, un rôle qui rabote ses réels talents en zone défensive. Pire encore, outre Daniel Carr et Sven Andrighetto, Charles Hudon et Artturi Lekhonen pointent à l'aile gauche avec des profils d'attaquants offensifs. Eller, encore une fois, se trouvait à bloquer le chemin.

Un dernier commentaire sur ce que le départ d'Eller nous dit de la construction de l'alignement des Canadiens : à moins qu'on ne sorte Desharnais à son tour, les Canadiens vont amorcer la prochaine saison avec trois joueurs de centre ayant des profils clairement offensifs.

Le club s'inscrit ainsi un peu plus profondément dans une tendance lourde de la LNH : au lieu d'avoir un top-6 offensif, une troisième unité défensive et un quatrième trio de joueurs médiocres, mais agressifs, on a éliminé les quatrièmes lignes traditionnelles au profit d'unités à vocation défensive et les trois premiers trios sont appelés à jouer un rôle offensif.

Les choix de deuxième ronde de 2017 et 2018 obtenus des Capitals pourraient quant à eux servir plus tôt qu'on ne le pense. L'aplanissement de la courbe de croissance du plafond salarial ainsi que l'importance de plus en plus grande prise par les attaquants dans la mi-vingtaine nous poussent toujours un peu plus irrémédiablement vers une véritable émergence des offres hostiles comme moyen d'acquérir des joueurs.

Les choix de deuxième ronde sont un élément quasi incontournable des mécanismes de compensation lorsque ces offres sont acceptées. Or, une équipe ne peut céder que ses propres choix. Je ne saurais dire si c'est son plan, mais en acquérant ainsi ceux de Washington pour deux ans, Bergevin sort un gros joueur du marché et, surtout, se donne la possibilité d'y être actif sans se retrouver muet en deuxième ronde des prochains repêchages. À suivre, donc.

Au sujet d'Andrew Shaw

Si Bergevin s'est donné de la marge de manœuvre pour les prochains repêchages, il a plutôt choisi de restreindre sa marge de manœuvre pour le présent repêchage, cédant deux choix de deuxième ronde pour l'attaquant Andrew Shaw, des Blackhawks de Chicago.

On comprend ce qui attire les Canadiens dans le cas de Shaw. Joueur agressif, qu'on a souvent vu jouer avec Jonathan Toews, il a remporté la Coupe Stanley à deux reprises et est encore jeune (il aura 25 ans en juillet).

Shaw doit être mis sous contrat. Il est évident qu'on doit attendre de voir quel type d'entente il signera avec Montréal, mais on ne doit pas, selon moi, s'attendre à ce qu'il fasse sauter la banque. Certes, le fait qu'il soit éligible à l'autonomie complète dans deux ans fait qu'on ne pourra diluer la valeur totale de l'entente en achetant un grand nombre de saisons d'autonomie restreinte, mais en même temps, Shaw n'est vraiment pas un joueur qui, sur le plan offensif, se situe dans la même fourchette de performances que Brendan Gallagher, à qui on l'a beaucoup comparé ces derniers temps.

Les « tirs tentés » dans le tableau ci-dessus excluent les tirs bloqués. En gros, les meilleurs attaquants de la LNH en tentent 18 et plus par heure jouée, un bon attaquant de « top-6 » en génère au moins une douzaine à l'heure.

Shaw n'a pas vraiment joué avec Toews avant la saison dernière. Au cours des saisons précédentes, on le voit surtout jouer avec Viktor Stalberg, puis Bryan Bickell, parfois Brandon Saad ou encore Patrick Sharp. Mais l'entraîneur des Blackhawks Joel Quenneville brasse ses trios et, si Shaw joue beaucoup en avantage numérique dès sa première saison dans la LNH, on ne le retrouve pas nécessairement dans le top-6 de Chicago avant l'an dernier. On l'utilise plutôt comme attaquant de 3e trio avec Stalberg ou encore Markus Kruger.

La question qui tue, dans le cas de Shaw, c'est de savoir quel impact il a eu sur Jonathan Toews, et vice versa, parce qu'il est clair qu'à Montréal, on va lui demander de jouer un rôle prépondérant, probablement celui d'ailier attitré à Tomas Plekanec.

C'est pourquoi le graphique suivant me fascine. Toews et Shaw ont l'an dernier eu un impact similaire l'un sur l'autre. Les deux ont contribué à améliorer sensiblement le débit offensif de l'autre, mais dans les deux cas, une réunion signifiait un écrasement majeur sur le plan défensif.

Toews est, on le sait, un pur leveur de fonte. L'an dernier, on lui impose une surdose de confrontations avec les meilleurs éléments adverses, rôle qui est le sien depuis de nombreuses années. Shaw, on l'a vu, joue plutôt habituellement avec des attaquants qui ont un rôle défensif majeur, mais qui ne jouent pas contre les meilleurs éléments adverses. Il semble que lorsqu'on a demandé à celui-ci de « graduer », soit de prendre une responsabilité supplémentaire sur le plan défensif, il n'a pas su monter la marche. En effet, lorsqu'il travaille avec Jonathan Toews, c'est aussi plus souvent avec Duncan Keith, contre les meilleurs éléments adverses.

Les « minutes dures » dans le graphique ci-dessus sont ces moments où au moins quatre des joueurs adverses sur la glace sont parmi les six attaquants ou les trois défenseurs les plus utilisés. C'est approximatif, mais ça donne une idée du contexte dans lequel on a demandé à Shaw d'évoluer.

Shaw, par sa production et par son déploiement, n'est donc pas un véritable ailier de top-6. C'est un attaquant de troisième trio avec un flair offensif limité, mais réel, qui peut rendre service sur les meilleures unités d'attaque lorsque le besoin s'en fait sentir. Un bien meilleur option, bref, que Paul Byron et un joueur qui, sur le plan défensif, est probablement plus fiable que ne l'étaient des attaquants comme Dale Weise ou Tomas Fleischmann.

On comprend mieux ce qui amène Shaw à Montréal. Je ne pense pas qu'Andrew Shaw a jusqu'ici démontré être un joueur supérieur à Lars Eller, tant sur le plan offensif que défensif. Mais parce qu'il est un ailier droit naturel, il donne aux Canadiens une option complémentaire à la foule de jeunes attaquants gauchers qui cognent à la porte du grand club. Reste à voir combien d'argent et d'années on lui donnera. Bergevin doit prendre garde de ne pas se montrer trop généreux; le leadership est important, mais c'est aujourd'hui en concentrant ses ressources sur l'acquisition de talents offensifs que les clubs se démarquent.

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