Shaefer Lepage

MONTRÉAL – Dès le moment où il a posé le patin dans le très exigu vestiaire des visiteurs au Centre Bell, jeudi matin, Matthew Schaefer s’est fait assaillir par une meute de médias montréalais.
 
D’entrée de jeu, un collègue a souligné au défenseur des Islanders de New York qu’il avait droit au traitement d’une véritable rockstar. Telle est la vie quand on est la découverte de l’année dans la LNH, et qu’on est le favori dans la course pour l’obtention du trophée Calder, remis à la meilleure recrue.
 
« Tout ça est super, a lancé le jeune homme de 18 ans, qui disputera son premier match dans l’amphithéâtre montréalais en soirée. C’est assez cool. C’est assurément le vestiaire le plus bondé que j’ai vu après un entraînement matinal. Je n’ai entendu que de bonnes choses à propos de cet endroit.
 
« Il s’agit d’une bonne façon de revenir de la pause olympique et de se remettre dans le bain. »

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Toujours fort loquace, le premier choix au total du dernier repêchage a répondu aux questions pendant plus de cinq minutes – et il aurait probablement pu continuer pendant de longues minutes si le responsable des communications n’avait pas limité l’entretien.
 
D’autres joueurs de son âge auraient été intimidés par le moment. Pas lui. Et il y a fort à parier que les émotions qu’il vivra en jouant dans la Mecque du hockey n’auront pas le dessus sur lui.
 
« Je ne pense pas (qu’il y a des moments trop gros pour lui), a fait valoir l’entraîneur Patrick Roy, qui connaît une chose ou deux au sujet de la métropole. On a joué au Madison Square Garden aussi, et il a très bien géré ça. Son premier match contre Toronto était important aussi et il a relevé le défi de belle façon. »
 
Schaefer avait inscrit deux buts contre l’équipe de son enfance, à Long Island, au début du mois de janvier. Comme si rien ne pouvait vraiment l’affecter mentalement, malgré l’ampleur de ce qu’il vit. Ce n’est pas un hasard s’il mène tous les défenseurs recrues avec sa récolte de 16 buts et 39 points en 58 matchs.
 
« J’ai toujours rêvé de jouer dans la LNH, alors maintenant que j’y suis parvenu, je me dis ‘’wow!’’, a-t-il raconté. C’est fou. Je vois comment les gars prennent soin de leurs corps, comment ils se comportent au quotidien, et toutes les ressources qu’on a à notre disposition.
 
« Je suis encore un kid, alors le simple fait de prendre des vols nolisés m’impressionne. Je n’y suis pas habitué. Il n’y a pas si longtemps j’allais à mes matchs dans la voiture de mes parents. Ma vie a changé. »

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La facilité déconcertante avec laquelle il a fait la transition entre le niveau junior et la meilleure ligue au monde en impressionne plus d’un. Même ses coéquipiers des Islanders ont encore de la misère à le croire.
 
« À 18 ans, j’étais encore dans le junior et je n’étais même pas proche d’être à son niveau, a expliqué l’attaquant Jean-Gabriel Pageau. Je le regarde aller chaque jour. Il est déjà l’un des meilleurs défenseurs de la Ligue à 18 ans. On est tous chanceux de pouvoir jouer avec lui. »
 
N’allez toutefois pas croire que Schaefer est devenu un homme du jour au lendemain. Certains détails restent à peaufiner, surtout dans sa vie de tous les jours.
 
« C’est un phénomène, a poursuivi Pageau. Il est très mature. Mais parfois, tu réalises qu’il n’a que 18 ans quand il se demande si son steak est assez cuit (rires). Il est exceptionnel, c’est un vrai pro. »
 
Une menace défensive
 
Tout ça mis ensemble, on comprend mieux pourquoi Roy l’utilise à toutes les sauces aux côtés du vétéran Ryan Pulock. Schaefer passe en moyenne 24:05 sur la glace à chaque match – trois minutes de plus que son compagnon à la ligne bleue.
 
Soir après soir, il s’occupe des confrontations avec les meilleurs trios adverses, et réussit malgré tout à mettre son grain de sel au chapitre offensif.
 
« Il n’est pas très protégé, a ironisé Roy, sourire en coin. Ses qualités défensives me permettent de lui faire confiance. Tout le monde voit son talent offensif, mais il est tellement bon défensivement. Son coup de patin et son bon jeu de bâton font en sorte qu’il est capable de fermer le jeu facilement. »
 
Schaefer, lui, ne semble pas voir ces responsabilités comme un immense défi. Il veut obtenir ces missions et il ne fait que jouer comme il l’a toujours fait.
 
« Je me sens mieux de match en match, a-t-il conclu. C’était plus stressant au début, mais quand tu entres dans la routine, c’est amusant. Le hockey, c’est amusant. Il faut en profiter, continuer de travailler fort et tout donner. Je garde l’esprit ouvert et j’essaie toujours d’apprendre des choses des vieux gars de l’équipe. »
 
À 18 ans et des poussières, il en a assurément encore pour quelques années à apprendre des « vieux ».