Zach Morin Lepage

Ryan Ward s’esclaffe au bout du fil quand on lui demande de mettre en perspective la brillante saison qu’a connue Zachary Morin, l’an dernier, au niveau U15 AAA. L’entraîneur des Phantoms de Youngstown, de la USHL, a suffisamment d’expérience à tous les niveaux pour savoir ce que ça signifie.

« Chaque fois que tu vois un joueur produire comme Zach l’a fait, tu sais que tu as un joueur spécial sous la main », répond-il sans hésiter au sujet de son poulain de 6 pieds 2 pouces et 174 livres.

L’attaquant québécois, qui a emprunté la voie américaine, a conclu sa première campagne au pays de l’Oncle Sam avec une récolte de 58 buts et 130 points en 77 matchs. Son nom est ainsi apparu sur le radar de plusieurs équipes de la USHL, comme les Phantoms, avec qui il s’aligne cette saison.

Mais ce n’est pas la seule et unique raison pour laquelle on qualifie le jeune homme de 16 ans de « spécial ». À un an de son année d’admissibilité au repêchage de la LNH, où il devrait être l’un des meilleurs espoirs, le parcours de Morin est déjà tracé.

Après avoir épluché les offres d’une quinzaine d’universités, l’attaquant de puissance s’est engagé envers l’Université de Boston pour le début de la saison 2025-26. En hockey, bien sûr… mais aussi à la crosse.

Deux sports qu’il adore depuis sa jeunesse et qu’il aura l’occasion de pratiquer pour encore quelques années. Par volonté, certes, mais aussi parce qu’il a le talent nécessaire pour évoluer au plus haut niveau dans chacun d’eux – un fait plutôt rare à une époque où la surspécialisation est à la mode.

« Pour moi, c’était important d’être capable de jouer à la crosse le plus longtemps possible, raconte le natif de Lachenaie. La crosse, j’aime ça et je sais que ça m’apporte quelque chose au hockey. Ça aide au niveau de la vision du jeu, de la compréhension du jeu défensif et de la physicalité. Je vois ça comme un plus. »

Morin n’invente rien en disant ça. Nombre de joueurs de la LNH ont joué à la crosse et en ont vanté ses bénéfices sur leur jeu sur glace : l’histoire de John Tavares a été racontée plusieurs fois, et un certain Wayne Gretzky a joué jusqu’à l’âge de 15 ans avant de tirer sa révérence.

Le défenseur Maveric Lamoureux, un choix de première ronde des Coyotes de l’Arizona en 2022, a lui aussi joué à la crosse pendant longtemps. Il connaît bien Morin, qui a souvent enfilé le même uniforme que son frère Matt avec les Kodiaks de la Rive-Nord.

« C’est tellement un complément, confirme le grand arrière. C’est un sport très physique et très cardio. Ça aide à développer tes mains et ta vision du jeu. Je trouve que tu dois prendre des décisions encore plus rapidement qu’au hockey. Tu dois être très intelligent, alors ça aide quand tu retournes sur la glace.

« On ne voit pas ça souvent, ce que Zach est en train de faire. Il n’est pas juste bon, il a toujours été dominant dans les deux sports. C’est le fun de voir ça, un Québécois qui se démarque comme lui. »

image1

Du point de vue du développement, la combinaison des deux sports crée un joueur complet avec beaucoup de cordes à son arc. C’est du moins ce qu’a vite remarqué Ward quand Morin est débarqué à Youngstown pour y disputer sa première saison au niveau junior.

« Les meilleurs athlètes sont ceux qui pratiquent différents sports, a-t-il observé. C’est plus rare qu’on voie ça maintenant parce que la majorité opte pour la spécialisation. Zach est un très bon athlète et la crosse lui permet de peaufiner des détails qu’il ne travaillerait pas habituellement. C’est très important pour lui. »

Une nécessité

Si son entraîneur qualifie la crosse « de très important », on comprend en discutant avec Morin que c’était non-négociable. Il est tombé en amour avec le sport dans ses jeunes années, quand des amis de son équipe de hockey l’ont invité à l’essayer, et il n’est pas encore prêt à tirer un trait sur cette carrière parallèle.

C’est entre autres la possibilité de pratiquer les deux sports en division 1 dans la NCAA qui l’a convaincu d’opter pour la voie des collèges américains. Son horaire sera sans doute chargé, mais il s’agit d’un sacrifice qu’il est prêt à faire pour quelques années avant de, l’espère-t-il, faire le saut dans la LNH.

« La crosse commence quand le hockey se termine, précise Morin. Je sais que les horaires vont se chevaucher pendant un petit bout, et je l’ai pris en considération. Je vois la crosse comme une très bonne façon de m’entraîner pour ma game de hockey, alors pourquoi pas? »

D’ici là, il a encore deux saisons dans la USHL pour peaufiner son jeu. Il est convaincu que l’approche axée sur le développement individuel préconisée par les Phantoms lui permettra d’atteindre un autre niveau et de s’assumer complètement dans son style, qu’il compare à celui de Matthew Tkachuk.

« Zach est un jeune très puissant avec beaucoup d’habiletés, a conclu Ward. Il est un excellent patineur et il joue avec beaucoup de rythme. C’est tout un joueur. Au fur et à mesure qu’il prendra ses aises et qu’il s’adaptera à notre ligue, il fera de grands pas et il occupera un énorme rôle au sein de notre équipe. »