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Jakob Pelletier et Nathan Légaré avaient abordé le sujet du bout des lèvres, sans jamais vraiment y croire.
Avec le prix payé pour faire leurs acquisitions respectives - le premier des Wildcats de Moncton pendant la saison morte, l'autre du Drakkar de Baie-Comeau à l'ouverture de la période des transactions - les chances de voir leur bon ami Samuel Poulin les rejoindre chez les Foreurs de Val-d'Or semblaient bien minces, il y a quelques jours.

« On pensait que c'était quasiment impossible d'avoir les éléments pour faire l'échange, a expliqué Légaré. Quand j'ai été échangé à Val-d'Or, on en a parlé et on se disait que ce serait débile. On se mettait à rêver un peu, mais on demeurait réalistes en même temps. On savait que ce serait difficile. »
Difficile, oui, mais pas impossible. Quelques heures avant la fermeture du marché, le directeur général des Foreurs, Pascal Daoust a sorti un lapin de son chapeau en mettant la main sur le capitaine du Phoenix de Sherbrooke, l'un des joueurs les plus convoités dans la LHJMQ.
Il réunissait du même coup les trois complices, leur permettant ainsi d'effectuer un petit voyage dans le temps. Quand ils affronteront les Olympiques de Gatineau à leur premier match tous ensemble, samedi, ce sera comme si rien n'avait changé en dix ans.
Ce sera comme à l'époque où ils terrorisaient les gardiens adverses avec le Wild, dans le AAA estival, en compagnie de plusieurs autres joueurs qui évoluent désormais aussi dans le circuit junior québécois.
« On avait peut-être huit ou neuf ans, et mon père (Patrick) avait mis sur pied une équipe, s'est souvenu Poulin. Au départ, on prenait des joueurs de la Rive-Nord. La première année, nous avons joué un tournoi à Québec et nous avons perdu en finale contre Jak. L'année suivante, mon père l'a intégré à notre équipe et Nathan s'est aussi joint à nous.
« On a fait beaucoup de tournois un peu partout. On a joué à Toronto à Ottawa et on a participé au réputé tournoi Brick. On passait nos fins de semaine ensemble à l'hôtel. Notre amitié part de là, et on est super proches depuis ce temps. »

DRAFT

Quand ils n'avaient pas de tournois à l'horaire, ils tenaient des séances d'entraînement la fin de semaine. Si ce n'était pas un casse-tête pour Poulin et Légaré, tous les deux sur la Rive-Nord de Montréal, Pelletier et ses parents devaient faire la route de Québec pour retrouver l'équipe.
Ces sacrifices auront été payants parce que les trois attaquants ont confirmé que les conquêtes s'étaient succédé à vitesse grand V pendant les quelques étés d'existence du Wild. On va les croire sur parole.
« C'était une belle opportunité pour moi de jouer avec de très bons joueurs, déjà à cet âge-là, a affirmé l'espoir des Flames de Calgary. Je partais avec mon père ou ma mère, on pratiquait le vendredi et le samedi, et on revenait après. Nos parents sont tous devenus de très bons amis et moi j'ai pu jouer avec les 'boys'. »
« Nos parents s'entendaient bien, et en même temps, c'était le 'fun' pour eux de nous voir gagner, a renchéri Légaré, un espoir des Penguins de Pittsburgh tout comme Poulin. Et quand on était couchés à l'hôtel, je ne sais pas trop ce qui se passait, mais je suis pas mal sûr qu'ils en ont profité en masse (rires). »
À voir où ils en sont maintenant - aux portes de la LNH - les jeunes en ont sans doute aussi profité. Ils se sont suivis à toutes les étapes de leur parcours, et ils ont maintenant un nouvel objectif commun avec les Foreurs. Comme dans le bon vieux temps.
Sur le même trio
Quand on connaît la petite histoire qui lie les trois jeunes hommes et qu'on a pu voir la complicité qui les unit au fil des années, ce n'est pas très surprenant d'apprendre que leur entraîneur Daniel Renaud fera le pari pas très risqué de les jumeler sur le même trio.
« On connaît les qualités de Jakob et je sais que Samuel et Nathan sont capables de s'impliquer physiquement, de se servir de leur corps en protection de rondelle et de foncer au filet, a fait valoir le pilote. Ça nous fait un bon trio. À partir de là, on va se croiser les doigts pour qu'ils puissent tous maximiser leurs forces. »
« On a déjà joué ensemble au Championnat mondial des moins de 18 ans avec Hockey Canada, a rappelé Poulin. Ça fait des années qu'on se côtoie sur la glace, et on sait comment chacun joue. Je suis pas mal sûr qu'on va être capables de se repérer assez facilement et aussi rapidement. »

HOCKEY CANADA

Malgré l'incertitude qui entoure la fin de la saison, et même la tenue des séries éliminatoires, les Foreurs ont décidé de jouer le tout pour le tout. En plus de Légaré et Poulin, ils ont aussi acquis les défenseurs Xavier Bernard, du Phoenix, et Jordan Spence, des Wildcats - un espoir des Kings de Los Angeles.
Avec le talent et la profondeur qu'ils affichent sur papier, plusieurs seraient déjà prêts à leur attribuer la Coupe du Président. Reste à voir ce que ça donnera sur la patinoire.
« Il faut faire attention, a prévenu Pelletier, le capitaine. Il faut rester humbles, on en a déjà parlé. On n'a encore rien gagné ensemble. On n'a même pas joué un match avec toute l'équipe. On a les éléments pour aller jusqu'au bout. Maintenant, il faut se mettre au travail. »
Ils ont appris à gagner avec le Wild à leurs débuts, et ils ont l'occasion de le faire avec les Foreurs, une dizaine d'années plus tard. L'occasion de boucler la boucle avec brio est trop belle pour être gaspillée.
« À travers les années, on est devenus amis, des 'chums' et on est rendus des frères, a conclu Légaré. On se connaît de A à Z. C'est un rêve de maintenant tous pouvoir pousser dans le même sens. Si on peut ajouter une photo de nous trois avec la Coupe à notre collection, ça va être exceptionnel. »
Crédit photo : Vincent Éthier/LHJMQ