Slafkovsky Gaborik badge Chaumont

MILAN – Jusqu’au repêchage de 2022, Marian Gaborik détenait encore une marque de son pays natal, la Slovaquie. Il était le choix le plus hâtif parmi les joueurs slovaques. Le Wild du Minnesota l’avait repêché au troisième rang en l’an 2000.

Juraj Slafkovsky, le premier de classe à cet encan de 2022, et Simon Nemec, deuxième choix au total, lui ont ravi ce titre lors du repêchage qui se déroulait au Centre Bell. Slafkovsky avait revêtu l’uniforme des Canadiens de Montréal, alors que Nemec a endossé celui des Devils du New Jersey.

Près de quatre ans après ce repêchage, Gaborik, Slafkovsky et Nemec se retrouvent tous les trois aux Jeux de Milano Cortina, mais dans des rôles différents. Gaborik a troqué son bâton et ses patins pour un micro de télévision tandis que Slafkovsky et Nemec défendent les couleurs de la Slovaquie.

Croisé dans la zone réservée aux médias à l’aréna de Santagiulia avant un match entre la Suisse et la Tchéquie dimanche, Gaborik a longuement parlé de l’impact de Slafkovsky au sein de son équipe.

« Juraj est plus mature comme joueur, a noté Gaborik. On le voit réaliser de grandes choses ici sur la glace lors des Jeux olympiques. Il n’avait pas cette confiance l’an dernier ou à ses autres saisons à Montréal. Il y a quatre ans à Pékin, il avait été dominant pour la Slovaquie avec sept buts, mais il n’avait pas un jeu aussi complet. Aujourd’hui, il travaille en équipe, il contrôle la rondelle, il joue bien défensivement et il patine avec vigueur pour rentrer au banc. Il garde aussi son calme quand il se fait frapper, il ne réplique pas. J’aime vraiment sa façon de se comporter. »

Gaborik a repris son souffle pour une fraction de seconde avant de poursuivre sa réponse.

« Au premier match contre la Finlande, il a donné le ton à son tournoi en marquant le premier but de la rencontre, a rappelé celui qui a gagné la Coupe Stanley avec les Kings de Los Angeles en 2014. Il a démontré toute son intelligence sur cette séquence. Il est resté patient avec la rondelle pour contourner le gardien et marquer un but facile. Il y a quelques années, il aurait décoché un tir immédiatement. Mais comme je le dis, c’est un signe de sa maturité comme joueur. »

En trois matchs depuis le début des JO, Slafkovsky a marqué trois buts et récolté trois passes pour un total de six points. En comptant sa récolte de sept buts en sept rencontres à son baptême des JO en Chine, où il avait hérité du titre de joueur le plus utile du tournoi en plus d’aider son pays à obtenir la médaille de bronze, le numéro 20 de la Slovaquie totalise maintenant 10 buts et 13 points en seulement 8 matchs olympiques.

Dans un groupe B relevé avec la présence de la Finlande et de la Suède, la Slovaquie a réalisé l’exploit de se hisser au sommet pour obtenir un laissez-passer pour les quarts de finale. Les trois pays ont terminé à égalité avec six points, mais la Slovaquie a l’avantage du bris d’égalité.

Gaborik, qui a joué un peu plus de 1000 matchs dans la LNH avec le Wild, les Rangers, les Blue Jackets, les Kings et les Sénateurs, a décrit cet accomplissement comme un grand jour pour son pays.

« Ces Jeux olympiques sont incroyables pour la Slovaquie, a noté l’homme de 44 ans. Je regarde de l’extérieur. J’aime la camaraderie au sein de l’équipe slovaque. (Samuel) Hlavaj joue du gros hockey comme gardien, Juraj transporte l’attaque et des défenseurs comme (Erik) Cernak et (Martin) Ferhervary sont solides. Il y a aussi le capitaine (Tomas) Tatar et le jeune (Simon) Nemec. C’est une surprise de voir la Slovaquie au sommet du groupe B. Ils ont toutefois mérité leur place pour les quarts de finale. Le travail est loin d’être terminé. Ils devront maintenir le rythme. »

De Lemaire à St-Louis

Aujourd’hui analyste sur les ondes de la télévision slovaque (STVR Sport) pour les JO de Milan, Gaborik garde encore un œil sur les activités de la LNH. Il suit logiquement la progression de Slafkovsky avec le CH.

À sa quatrième année à Montréal, Slafkovsky a atteint un autre niveau cette saison avec 45 points (21 buts, 24 passes) en 57 matchs.

« Je pense réellement qu’il a un potentiel illimité (sky is the limit), a répliqué Gaborik. Il faut juste rester patient avec Juraj. Il y aura toujours des gens impatients. Les partisans font trop souvent l’erreur de croire qu’un jeune de 18 ans dominera immédiatement dans la LNH. Ça ne se fait pas en cliquant des doigts. La route est longue. Avec Juraj, nous voyons une formidable croissance. Il reste encore un jeune attaquant à 21 ans. Il continuera de s’améliorer. Je me répète, mais il n’y a pas de limites pour lui. »

« J’ai parlé un peu avec Juraj depuis le début des Jeux olympiques, a-t-il continué. J’échangeais parfois des textos avec lui dans le passé, mais je ne l’avais jamais encore rencontré en personne avant Milan. Je lui ai donné mon opinion sur certains trucs. Je constate rapidement qu’il cherche à s’améliorer et qu’il écoute les conseils. Je pense qu’il est un bon élève. Les Canadiens de Montréal sont heureux de compter sur lui. »

À l’image de Slafkovsky, Gaborik a aussi fait ses premiers pas dans la LNH à 18 ans. Il passait de l’équipe de sa ville natale de Trencin dans l’Extraliga slovaque au Wild du Minnesota de la LNH.

« Pour Juraj, le choc devait être encore plus grand puisqu’il se retrouvait à Montréal, dans le plus grand marché de hockey au monde. Ce n’est jamais facile pour un jeune joueur dans une ville où le hockey est une religion. Il s’adapte bien à cette réalité. Il y a eu des hauts et des bas pour lui, mais ça fait partie de la croissance d’un jeune. Je sais qu’il se plaçait de la pression. Il veut réussir, il veut devenir un joueur dominant et aider son équipe. »

À Montréal, Slafkovsky apprend son métier sous les ordres de Martin St-Louis. À son époque, Gaborik faisait la même chose avec Jacques Lemaire.

« Juraj n’a pas toujours une grande corde à Montréal, mais c’est correct, a-t-il souligné en riant. Quand il commet des erreurs, il doit être tenu responsable. C’est une bonne chose. J’ai expérimenté ça avec Jacques Lemaire. Un entraîneur est là pour diriger un joueur. »

Gaborik a prononcé le nom de Jacques Lemaire dans une sonorité francophone parfaite.

« Je lui parlais souvent, j’ai fini par apprendre comment bien dire son nom, a-t-il rigolé. Il voulait m’enseigner à jouer sans la rondelle. C’est pour ça qu’il me jasait autant! »