Manon Rhéaume ajoute une autre première à sa liste de réalisations.
L'ancienne gardienne, qui est la première et la seule femme à avoir joué dans un match préparatoire de la LNH, a été nommée directrice générale de la nouvelle équipe de la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) à Detroit, l'une des quatre équipes d'expansion que la LPHF a dévoilées en mai.
En 1992, Rhéaume a signé un contrat avec le Lightning de Tampa Bay et marqué l'histoire en jouant un match préparatoire face aux Blues de St. Louis. Elle a joué un deuxième match préparatoire pour le Lightning avant la saison 1993-94. La native de Beauport avait également été la première femme à évoluer dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec (aujourd'hui la Ligue de hockey junior Maritimes-Québec) quand elle a joué pour les Draveurs de Trois-Rivières.
Rhéaume a mené le Canada à la médaille d'argent aux Jeux olympiques de Nagano en 1998. C'était la première fois que le hockey féminin était pratiqué aux Jeux d'hiver. Au cours des quatre dernières saisons, elle a travaillé comme conseillère aux opérations hockey et aux espoirs chez les Kings de Los Angeles.
Rhéaume s'est entretenue avec LNH.com afin de discuter de sa carrière remarquable et de son nouveau rôle dans la LPHF.
Trouves-tu que c’est un heureux concours de circonstances que tu travailles maintenant pour une équipe professionnelle de hockey féminin?
« Je dirais presque que je boucle la boucle. Je repense à mon enfance, quand je grandissais, je ne voyais jamais une femme qui jouait au hockey. En fait, je ne jouais pas moi non plus à la patinoire parce que les filles ne jouaient pas, donc je jouais simplement contre mon frère chez moi. Mon père construisait une patinoire extérieure chaque hiver, et on me faisait enfiler l'équipement de gardienne pour décocher des tirs contre moi. Mais quand mon frère jouait à l'aréna, je n'étais qu'une spectatrice.
« Un jour, mon père avait besoin d'un gardien parce qu'aucun des garçons ne voulait être le gardien dans un tournoi. Je lui ai dit : "Pourquoi pas moi?" Je me rappelle qu'à mon premier match, il a placé le casque sur ma tête avant même que je n'arrive à la patinoire parce qu'il ne voulait pas que les autres parents soient contrariés de voir une fille jouer avec des gars. Pendant l'entraînement, ils étaient tous ravis de voir un gardien. Et après, il était trop tard pour s'en plaindre parce qu'ils avaient été tellement contents d'avoir un gardien. C'est plus ou moins de cette façon que j'ai commencé. De penser maintenant que je vais être une DG dans une ligue professionnelle de hockey féminin quand cela n'était pas le moindrement possible pendant mon enfance, c'est tout à fait incroyable. »
À ce jour, tu es la seule femme à avoir joué un match dans la LNH. Cette expérience semble-t-elle irréelle et en avance sur son temps?
« Bien sûr. Quand je jouais contre les garçons pendant mon enfance, l'idée que je puisse jouer dans la LNH n'était pas même un rêve parce que je ne voyais aucune femme jouer dans la LNH. Mon idole dans la LNH était Daniel Bouchard, le gardien des Nordiques de Québec, et j'étais une partisane des Nordiques, mais je ne pensais jamais que j'allais obtenir cette chance. Je jouais au hockey simplement parce que j'aimais ça. Chaque année, je voulais jouer au plus haut niveau, et comme tous les garçons, j'assistais au camp d'entraînement AA pour tenter de percer la formation et continuer à gravir les échelons, mais je ne pensais jamais que cela pourrait être une possibilité pour moi. »
Y a-t-il un moment de cette expérience qui t'a particulièrement marquée?
« Je me rappellerai toujours la première fois que j'ai sauté sur la glace au camp d'entraînement parce que je savais que cette première impression allait être tellement importante. Nous avons commencé tout de suite. Au lieu de faire un entraînement, ils ont divisé le groupe en équipes pour faire un mini-tournoi. Nous avons joué contre chaque équipe, donc trois matchs au total. Chaque match n'était que de deux périodes, et chaque gardien jouait une période complète. Donc, la première fois que j'ai sauté sur la glace au camp d'entraînement, c'était pour un match, pas une séance d'entraînement. Lors de la première période, l'autre gardien était devant le filet, et nous avions une avance de 2-1. Ensuite, je suis allée devant le filet en deuxième période et nous l'avons emporté par la marque de 5-1. Je n'ai alloué aucun but sur 14 lancers. J'étais la seule gardienne dans ce match à n'avoir cédé aucun but.
« Je me souviendrai toujours d'être retournée à mon vestiaire - parce que j'avais mon propre vestiaire - mais c'était plutôt une sorte de loge d'artiste avec le grand miroir entouré de lumières. Je me rappelle avoir retiré mon casque, m'être regardée dans le miroir et m'être demandé : "Qu'est-ce qui vient de se passer?" C'était comme s'il y avait une force à l'intérieur de moi qui jouait. Je savais que c'était important parce que juste après ce match, Phil Esposito a cogné à ma porte pour me dire que je devais me préparer pour une conférence de presse.
« Je suis allée à la conférence de presse, et c'est là où quelqu'un lui a demandé : "Allons-nous la voir dans un match préparatoire?" Mon anglais n'était pas très bon à l'époque, mais j'ai entendu la question, et [Esposito] a répondu quelque chose comme : "On ne sait jamais, avec la manière dont elle a joué aujourd'hui, si les entraîneurs veulent la mettre devant le filet, elle pourrait jouer un match." Même à l'approche du camp, je ne croyais jamais que ce serait possible. »





















