MONTRÉAL – Corey Perry a trop d’expérience pour mettre ses lunettes roses et penser que l’accueil que lui réservera la foule du Centre Bell, vendredi, sera courtois.
Même s’il a revêtu l’uniforme des Canadiens de Montréal pendant son parcours jusqu’en finale de la Coupe Stanley, en 2021, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis. La vieille peste joue maintenant pour l’ennemi juré, le Lightning de Tampa Bay, et il n’a rien fait récemment pour aider sa cote de popularité.
Il a fait à peu près tout le contraire. C’est un peu dans sa nature.
« Si les fans te huent chaque fois que tu touches à la rondelle, ça signifie que tu fais quelque chose de bien », a lancé l’attaquant de 40 ans, à la veille du troisième match de la série face au Tricolore. « Il faut s’amuser avec ça. Ça me donne un peu plus de jus aussi.
« C’est plaisant de mettre les pieds dans un autre amphithéâtre et de voir que les partisans te ciblent. Ce n’est pas juste moi. Je suis certain que plusieurs autres gars ici ont été hués plusieurs fois. »
Avec l’allure qu’a prise cette série au dernier affrontement, la liste des joueurs qui ne seront pas hués est probablement moins longue. Pour différentes raisons, Brandon Hagel, Nikita Kucherov et Scott Sabourin risquent également d’être attendus de pied ferme dans la métropole.
Perry, lui, sait très bien ce qui l’attend. Il sait aussi pourquoi.
La dernière fois qu’il a affronté le Tricolore au Centre Bell, il y a deux semaines, il s’en est pris à Lane Hutson pendant une mêlée, invitant même le petit défenseur à jeter les gants. Au deuxième match de la série, mardi, il s’est rué sur Alexandre Carrier en jetant les gants alors que son vis-à-vis ne faisait que se protéger.
Le vétéran a aussi fait des siennes en poursuivant une discussion animée au banc des punitions. Ses gestes théâtraux à l’endroit de Josh Anderson et d’Arber Xhekaj ont roulé en boucle à la télévision.
Tout ça est improvisé. Perry le confirme lui-même : « J’imagine que c’est qui je suis et la façon dont je joue la game. Je ne passe pas mon temps à réfléchir à ce que je dois faire. Je réagis et les choses se passent. »
Le plus impressionnant, et probablement le plus frustrant pour l’adversaire, c’est que Perry semble toujours choisir le bon moment pour remuer la marmite. Il se met rarement les pieds dans les plats. S’il écope d’une punition, il attire souvent son adversaire dans le vice avec lui.
« Il est probablement le joueur avec qui j’ai joué qui a le meilleur ressenti d’un match, a vanté le capitaine du Tricolore Nick Suzuki, il y a quelques jours. Il sait quand allumer son équipe, quand essayer d’attirer une pénalité ou mettre de l’huile sur le feu. Il est dans la Ligue depuis fort longtemps, et il a un bon flair pour ça. »
Si Perry n’a pas de théorie pour expliquer cet aspect de son jeu, Jon Cooper – toujours bien en verve – n’a pas hésité bien longtemps avant d’offrir une hypothèse bien détaillée.
« C’est un don, a lancé le pilote du Lightning. Quand on dit que le timing est essentiel, lui, il l’a compris. Par exemple, iI y a des bagarreurs qui savent quand le faire, et d’autres non. C’est très difficile à expliquer. Son flair et son jugement de l’intensité d’un match sont excellents.
« Il sait quoi dire, quand le dire et comment passer de la parole aux actes. C’est de cette façon qu’il joue et c’est pourquoi il est encore dans la Ligue à 40 ans. Il représente un énorme atout pour nous. »
À l’image du Lightning
Dans un contexte où le Lightning a fait de l’intimidation et de la robustesse une grande part de son identité, cette saison, l’acquisition de Perry à la date limite des transactions s’inscrivait parfaitement dans cette philosophie.
Avec sa sagesse et son expérience, il peut guider le reste de l’équipe dans cet aspect du jeu.
« On peut voir comment il se comporte, comment il joue entre les coups de sifflet, a souligné Sabourin, lui aussi un dérangeant. Il décide quand il crée une étincelle ou quand il est mieux de se faire oublier. Il y a beaucoup de bonnes choses à apprendre de lui. »
Assis non loin de Sabourin dans le vestiaire des visiteurs, le défenseur Erik Cernak a tout de suite compris où l’on voulait en venir quand on a évoqué le nom de Perry. L’arrière du Lightning a affronté Perry en finale en 2020, face aux Stars, et en 2021, contre les Canadiens, avant d’en disputer une à ses côtés, en 2022.
Il n’a pas besoin qu’on lui fasse un dessin quand on lui parle de la capacité de Perry à déranger ses adversaires de toutes les façons possibles.
« C’est assez spectaculaire de le voir continuer de faire ça à son âge, a observé le Slovaque. Il est intelligent et il aime toujours se salir le nez. Je vous assure que c’est mieux de l’avoir ici que dans l’autre équipe. »


















